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Apparition prophétiqueJUSTE UN DETAIL : LE FESTIN DE BALTHAZAR DE REMBRANDT
Nous sommes six siècles avant J.-C. Balthazar, roi de Babylone, a organisé un festin pour les nobles de sa cour, en présence de ses femmes et de ses concubines. Tout en jouissant du luxe de la table, ils louent les idoles : "Dieux d'or, d'argent, de bronze, de fer, de bois et de pierre." La précieuse vaisselle qu'ils utilisent a été volée par Nabuchodonosor II, le père de Balthazar, dans le temple de Jérusalem : en buvant du vin dans ces vases sacrés, les invités blasphèment le Dieu des juifs. Alors que la fête bat ainsi son plein, une nuée apparaît. Une main en sort qui se met à tracer une curieuse inscription. Le roi est bouleversé par le prodige qui le laisse inquiet. Seulement, il ne comprend pas le sens des lettres hébraïques codées. Il fait alors venir Daniel (celui qui prit la défense de Suzanne contre les vieillards). Le prophète lui révèle le sens de l'épigraphe "Mané Thécel Pharès", "Compté, pesé, divisé", ou "M nê, m nê tgêl ûpharsin" : "Tu as été pesé et tu ne fais pas le poids, tes biens seront partagés." Le roi Balthazar meurt le soir même. Pour les contemporains de Rembrandt, le tableau contient des références historiques précises. Les Néerlandais s'identifient en effet aux Hébreux, opprimés par une puissance tyrannique. Eux aussi sont contraints à une domination étrangère : celle de l'Espagne, depuis Charles Quint. Or les juifs, venus se réfugier en Hollande, terre de tolérance religieuse, ont justement été chassés d'Espagne par l'Inquisition. Juifs et Néerlandais ont donc un ennemi commun. On disait d'ailleurs des citoyens assiégés de Leyde qu'ils étaient les "israélites traversant la mer Rouge". On représente alors souvent cette scène de l'Ancien Testament, quelques caricatures remplaçant même Balthazar par une tour castillane sur le point de s'écrouler. Pourtant Rembrandt est un des seuls artistes à peindre distinctement les lettres. Influencé par le clair-obscur du Caravage, il en fait même la principale source lumineuse. C'est l'inscription qui éclaire, une dernière fois, bijoux étincelants et plats dérobés. Si Rembrandt peut tracer ces caractères, c'est sans doute grâce à son ami Menasseh Ben Israel, rabbin et kabbaliste, dont il a aussi dessiné le portrait. Amsterdam est alors surnommée "la Nouvelle Jérusalem" et les protestants s'estiment, comme les juifs, appartenir à un peuple élu. En outre, leur intérêt pour l'Ancien Testament les rapproche de la culture juive. Les images représentant le Christ, Marie, Dieu le Père, et bien entendu les saints, sont bannies, influençant ainsi l'iconographie calviniste, majoritaire aux Pays-Bas. Pourtant cette scène de la Bible dépassera les frontières hollandaises, continuant d'être utilisée à des fins symboliques : menace d'un pouvoir excessif et arrogant, condamnation de la vanité et du luxe construit sur l'oppression d'autrui, fragilité d'un empire qu'on croit infaillible. Les musiciens se sont emparés, comme les peintres, de ce thème : opéra lyrique chez Haendel, chanson country chez Johnny Cash. Influencé par les gospels du sud des Etats-Unis, il écrivit la chanson 'Belshazzar' : "For on the wall there appeared a hand / Nothing else there was no man / In blood the hand began to write / And Belshazzar couldn't hide his fright."
Julie de la Patellière pour Evene.fr - Novembre 2009
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