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ANTHONY MCCALL - THE VERTICAL WORKS, 2009 Films de lumière

Emilie Trochu pour Evene.fr - Novembre 2009 - Le 30/10/2009

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ANTHONY MCCALL - THE VERTICAL WORKS, 2009

A l'heure où l'art contemporain connaît une hybridation croissante, mélangeant peinture, sculpture, vidéo ou son, le retour d'Anthony McCall sur la scène internationale tombe à point nommé. Retour ? Oui, car ses premiers "films de lumière solide" ont vu le jour (ou plutôt la nuit des salles obscures) dès 1973. Hier comme aujourd'hui, il décortique physiquement le cinéma, pour en sortir une beauté immatérielle saisissante, une sorte d'essence. Eclairage sur un artiste qui aime l'obscurité.

Issu de la première génération d'artistes conceptuels américains, Anthony McCall est un pionnier dans cette nouvelle ère artistique qui s'ouvre à l'époque : le mélange des disciplines. Cinéaste d'origine britannique installé à New York, il décortique littéralement sa discipline en mettant ses mécanismes en lumière. Il trace ainsi directement sur la pellicule une ligne qui, projetée sur un plan, dessine un cercle en une vingtaine de minutes. La lumière, ainsi comprimée dans l'espace de la ligne et la pièce étant envahie de fumée, l'ensemble forme un cône lumineux. D'apparence solide, on peut le traverser, interrompre le cours du film et s'y insérer. Dans une version ultra-minimale du langage cinématographique, il parvient pourtant à construire un récit dont le spectateur est le personnage principal. Une interactivité totale dans la mesure où le film, avec un très faible pouvoir de suggestion, laisse au spectateur la plus grande liberté d'expression.

(c) Freddy Le SauxLine Describing a Cone, 1973, (c) Freddy Le SauxSi les films d'Anthony McCall ne le sont pas au sens propre du terme, ils n'en restent donc pas moins producteurs d'un récit. Le spectateur fait face au projecteur, contrairement à une projection classique et ses allées et venues en modifient le cours. L'action ne se déroule pas sur le plan, mais dans l'espace. Ce faisant, McCall montre que le cinéma, avant d'être une histoire de mouvement, est d'abord une question de temps et de lieu. Deux notions qui président à toute création et entre lesquelles, finalement, l'histoire de l'art dans son intégralité pourrait tenir. En prenant cette posture, au carrefour des grandes problématiques de l'oeuvre d'art moderne, Anthony McCall devient aussi avant-gardiste à l'époque, qu'il est actuel aujourd'hui. A voir la profusion des oeuvre hybrides dans l'art contemporain, il semble que les même questionnements se poursuivent. Films, performances, sculptures, installations et dessins, les oeuvres de McCall peuvent être tout cela à la fois.

(c) Emilie Trochu - EveneVerticals Works, 2009, LIFE de Saint-Nazaire, (c) Emilie Trochu - EveneC'est pourquoi même après vingt ans d'absence, son travail semble tout aussi pertinent. Ses nouvelles oeuvres, présentées en 2003 reprennent un principe de création similaire, mais utilise cette fois des lignes courbes. Adaptés aux nouvelles technologies, ses films font maintenant appel à des logiciels, tandis que le brouillard est devenu plus dense. Certaines sont par ailleurs projetées à la verticale, comme celles installées au LIFE de Saint-Nazaire durant l'été 2009. Si dans les années 1970, son travail remettait en question l'identité du cinéma (production plastique ou narrative), il s'inscrit aujourd'hui dans le débat sur l'impossibilité croissante de catégoriser les oeuvres contemporaines par discipline. Les "cônes" de l'artiste sont à la fois films et sculptures.

Plus que l'amorce d'une réflexion spatiotemporelle, l'oeuvre de McCall reste avant tout une aventure sensible. Plongé dans un noir d'encre, ayant pour seuls repères les lents mouvements des lignes blanches vers lesquelles il se dirige, les perceptions du spectateur sont profondément modifiées. Totalement coupé du monde, la beauté de ces ondulations est hypnotisante, particulièrement lorsqu'elles sont à la verticale : il nous semble alors marcher dans les fonds marins. N'importe quel lieu onirique d'ailleurs puisque le visiteur reste le seul acteur de cette production. A lui donc de choisir. A la croisée de l'Op art (effets visuels et participation active du visiteur), du minimalisme (formes et rôle de l'espace comme composants essentiels de l'oeuvre) et du conceptualisme (abstraction du récit), Anthony McCall est une brouilleur de pistes avec qui l'on aime se perdre.

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