RSS

RETROSPECTIVE BEN AU MAC LYON Tout à l'ego ?

Guillaume Benoit pour Evene.fr - Mars 2010 - Le 08/03/2010

« RETROSPECTIVE BEN AU MAC LYON »

1 personne a déjà commenté cet article

Voir les commentaires

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
1 avis
  • Membres (1)  
RETROSPECTIVE BEN AU MAC LYON

Du 3 mars au 11 juillet, le musée d'Art contemporain de Lyon reçoit l'artiste Ben en grande pompe. Trois étages entièrement ouverts à l'un des artistes les plus connus en France pour une exposition ambitieuse qui ne manque pas moins de souligner les contradictions de celui qui, de la performance sauvage dans les rues de Nice, a réussi à truster les rayons des grands magasins à coups de produits dérivés. Une occasion en or de dévier, à notre tour, les préjugés sur son parcours.

Dans le milieu, on aime bien dire que Ben, "c'était mieux avant". Avant qu'il n'écrive blanc sur noir, avant qu'il ne devienne une marque, avant de voir se multiplier ses sentences sur les couvertures d'agenda de lycéen, les montres, carnets et autres fournitures scolaires. C'est que l'artiste préféré des cours de récré a tout de même été l'un des chefs de file du mouvement Fluxus, précurseur de l'appropriation, au travers de l'apposition de sa signature, sur un monde alors en pleine évolution. Forcément, de suite ça fait plus sérieux… Mais voilà, quelles que soient nos idées sur Ben, nos préjugés et nos craintes, lorsque le musée d'Art contemporain de Lyon décide d'organiser une exposition majeure sur le plus bavard des artistes, la réalité prend un autre visage et les premières oeuvres de Ben, très sagement exposées au premier étage ont vite fait de se réduire au simple rappel historique.

"C'était mieux avant" ?

Ben, Geste : Extraire une boulette de mon nez, 1969 (c) Guillaume Benoit - EvenePrécieux, ce préambule témoigne du parti intelligent de l'exposition : montrer Ben dans sa réalité, dans ses lourdeurs comme dans ses fulgurances. Retrouver la moelle de Ben par les concepts, l'idée est bonne mais tourne vite au catalogue et il apparaît bien vite qu'à multiplier les essais, à chercher à l'infini "comment faire ce qu'un artiste ne pouvait pas faire" (le leitmotiv Ben), l'artiste s'empêtre dans une redondance aussi grande que son ambition. Ses premiers travaux, pour conceptuels qu'ils soient, paraissent aujourd'hui non pas datés mais presque trop en phase avec cette tentation hypercontemporaine de faire parler de soi, de se faire remarquer pour occuper l'espace médiatique.

Si la compilation éclaire sur l'homme, qui avoue lui-même, quand on lui pose la question aujourd'hui : "Dans les années 1960, je ne savais pas trop ce que je faisais", on se fatigue vite de cette mise en scène constante et un peu bancale, flirtant avec la quête obsédée d'une subjectivité assumée que la pensée avait mis tant d'années à questionner. On savourera toutefois la série de 'Gestes' et ses panneaux simplistes qui auraient pu constituer une fabuleuse encyclopédie méthodique du corps de l'artiste. Mais là encore, si l'enjeu du commissaire de l'exposition, John Hendricks, est de "montrer Ben comme un artiste conceptuel", difficile de saisir une véritable essence de son art. Ses oeuvres éparses se perdent en un faisceau d'idées que seuls ses travaux suivants vont parvenir à justifier.

1+1+1+1+1+1 = 1 Ben

Vue de l'exposition 'Rétrospective Ben, Strip-Tease intégral' (c) Guillaume Benoit - EveneC'est toute la force de la suite de l'exposition qui, sans tomber dans l'accumulation irrespirable, voit un Ben superposer les couches de son univers, ses démons quotidiens, ses objets insignifiants en un bric-à-brac détonnant. En dépôt, son univers quitte les méandres de la simple pétition de principes de ses premières oeuvres et parvient à offrir une plongée abyssale au coeur de son propre ego. Comme si, en sortant de cette obsession de la signature, cette tendance à apposer sur chaque objet qu'il touche son propre logo, Ben offrait un miroir de ses expérimentations hasardeuses, des coups d'éclat de son imaginaire, tortueux, torturé et jovial. Alors on entre dans son 'Bizart Baz'art', happé par les formes amassées çà et là par l'artiste et accumulées, accouplées et compactées en un décor effrayant, maison de poupées pour adultes grands enfants. Se dessine alors le principe Ben, conceptualiste à l'extrême qui, au vu d'une telle profusion, pourrait réclamer le trophée "une oeuvre, une idée". Pas forcément toutes bonnes, mais c'est le jeu, et on reste un peu interdit devant ce 'Fauteuil dictatorial', tout entier fait d'anciens numéros d'Artpress, face aussi à cette photo de famille, encadrée, posée sur une planche à roulette et reliée à une laisse. Petite famille que l'on peut évidemment promener dans l'exposition… Et tout est à l'avenant, de ses sculptures surmontées de pénis à ses photos de traces de chewing-gum sur bitume.

Ego triste

Ben dans l'exposition 'Rétrospective Ben, Strip-Tease intégral' (c) Guillaume Benoit - EveneMais sous cette avalanche d'objets, cette surenchère de citations, de bons mots, impossible de ne pas sentir cette tristesse, cette fragilité inattendue, à l'image de ces bric-à-brac hantés par les peurs primales les plus partagées. C'est un fait, tout un chacun peut se reconnaître dans les préoccupations de Ben, entre sa volonté farouche de se chercher une identité, une reconnaissance en tant qu'artiste, de laisser transparaître ses doutes autant que sa confiance, mais aussi dans son rapport à la mort, à ce charme qu'elle exerce sur lui et dans la sexualité, qu'il érige en principe moteur d'énergie créatrice. Et c'est finalement uniquement dans cette somme d'objets, dans cette pratique intensive, au fil des années, que les plus réticents au travail de l'artiste trouveront matière à s'étonner. La force de persuasion qu'il déploie finit par dessiner la cohérence d'un artiste dont l'acharnement et l'obsessive répétition donne un véritable sens à l'entreprise.

Et le sens n'est pas forcément aussi léger que ses détracteurs aiment à le dire ; l'exposition parvient, avec une gravité inattendue, à montrer Ben tel qu'il est, un symptôme de l'époque consumériste. Abandonnant sa propre identité pour lui préférer la création d'une seconde, factice celle-là, comme une parade à la peur infinie du vide dont découlerait son désir d'appropriation à l'extrême. En un sens, Ben a sauvé l'art en réalisant du Ben, en faisant de sa démarche l'objet de son art et en empêchant tous les autres Ben du monde de spolier la création, comme lui s'est toujours interdit de copier, quitte à épuiser son sujet, lui-même, son personnage et son propre vide, à l'infini.

Un tour de force de ce 'Strip-Tease intégral', dont l'ambition se voit largement justifiée par la somme de présupposés qu'elle fait tomber et force quiconque s'y confronte à modifier son regard sur l'oeuvre pragmatique d'un Ben qui, malgré toutes les critiques qu'on peut lui faire, réussit à poser, en face de tous les publics, la question de la frontière de l'art, ses enjeux et ses limites.

vos commentaires

 
votre avis sur cet article : (Jusqu'à 1500 caractères)
  • bourg

    bourg

    Sa note  

    12/03/2010 12h00 Comme les pensées de Pascal, nous aurons maintenant avec le catalogue de l’exposition de Lyon, les idées de Ben. Cet homme comme Duchamp et Beuys auront fait de leur vie une œuvre d’art. Vie et art se seront mélangés. Avec eux nous sommes bien loin du plaisir visuel de l’art plastique. Pour connaître les trois œuvres « Duchamp », « Beuys » et « Ben », il faudra toujours savoir lire. Avec Picasso voir suffit et suffira. Oui, mais à condition de connaître son langage plastique. J’ai tout simplement mis quatorze années pour découvrir la méthode qui permit à Pablo Picasso d’élaborer ses œuvres. Méthode qui lui permettra d’écrire son journal avec ses œuvres. Connaître cette méthode permet de suivre sa pensée d’œuvre en œuvre de 1907 à 1973. Vous ne me croyez pas ? Ma preuve en marche sur http://voirenfinpicasso.blogspot.com  

Pour aller plus loin

Articles & dossiers associés

  • LES EXPOSITIONS DE 2010

    En images

    Après une année 2009 riche en expositions en tout genre, 2010 promet, à son tour, son lot d'événements exceptionnels. Art contemporain, art moderne, art classique, la création se...

    Plus sur LES EXPOSITIONS DE 2010

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  
  • INTERVIEW DE THIERRY RASPAIL, DIRECTEUR DU MUSEE D'ART CONTEMPORAIN DE LYON

    INTERVIEW DE THIERRY RASPAIL, DIRECTEUR DU MUSEE D'ART CONTEMPORAIN DE LYON

    La culture accueillante

    Comblé par le succès considérable de la rétrospective Keith Haring, terminée en février et par une renommée internationale grâce à la biennale, le musée d'Art contemporain de la ville de...

    Plus sur INTERVIEW DE THIERRY RASPAIL, DIRECTEUR DU MUSEE D'ART CONTEMPORAIN DE LYON

    « INTERVIEW DE THIERRY RASPAIL, DIRECTEUR DU MUSEE D'ART CONTEMPORAIN DE LYON »

    1 personne a déjà commenté cet article

    Voir les commentaires

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
    1
    • Membres (1)  

Les événements associés

Rétrospective Ben

Autres

Rétrospective Ben

Demain: Musée d'Art contemporain de Lyon - Lyon (69006) Dates : du 3 Mars 2010 au 11 Juillet 2010 TERMINÉ

Sur 3.000 m2 (soit l’intégralité des espaces du musée), plus de 1.000 oeuvres retracent cinquante ans de création, des toutes premières productions à Nice aux plus récentes, en passant par...

Plus sur Rétrospective Ben Réservez vos places sur fnac.com

« Rétrospective Ben »

1 personne a déjà commenté cet article

Voir les commentaires

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
1
  • Membres (0)  

Les lieux associés

Musée d'Art contemporain de Lyon

Art contemporain

Musée d'Art contemporain de Lyon

Lyon

En 1983, la ville de Lyon décide la création d'une section d'art contemporain au musée des Beaux-Arts. En 1988, cette section gagne son indépendance et son exposition 'La Couleur seule : l'...

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les stars & célébrités associées

  • Ben

    Ben

    Poète et artiste français
    Né à Naples, Italie Né le 18 Juillet 1935

    Ben vit quatre ans en Italie puis part en 1939 avec sa mère en Suisse puis en Turquie. En 1945, une fois la guerre finie, il part pour l'Egypte. Après plusieurs autres périples, sa mère...

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  

fil culture

Étonnants Voyageurs rejoint la World Alliance

LivresÉtonnants Voyageurs rejoint la World Alliance

Le festival de littérature Saint-Malo Étonnants Voyageurs intègre l’association...

Plus sur Étonnants Voyageurs rejoint la World Alliance
 

les Avis des membres

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour
Plus

citation du jour

« Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus.  »

de René Descartes

En savoir plus sur cette citation

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (11)
     

privilèges

Plus

vidéos

  • Maya

  • BA Expo Stanley Kubrick

Plus

photos

  • Laetitia Casta - Monographie de Laetitia Casta

    Laetitia Casta © Dominique Issermann

  • Empire State Building avec « la boule » de levage, vers 1930-1931 - Exposition Lewis Hine

    Empire State Building avec « la boule » de levage, vers 1930-1931 © Lewis Hine / collection George Eastman House, Rochester

agenda

toutes les expositions

Découvrez toutes les expositions dans l'une de ces catégories :