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'Danser sa vie' : le corps recadré

Par Mélanie Alvès de Sousa - Le 25/11/2011

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'Danser sa vie' : le corps recadré

Au Centre Pompidou, l’exposition ‘Danser sa vie’ retrace les relations fructueuses entre les arts visuels et la danse, de 1900 à aujourd’hui. Et place le corps en mouvement au cœur des révolutions artistiques. Trois chorégraphes - François Chaignaud, Maria La Ribot et Myriam Gourfink, invités à se produire dans le cadre de la manifestation, commentent pour Evene une œuvre de leur choix.

La ferveur sensuelle de Nijinski, Matisse qui célèbre l’extase du corps nu et libéré, la danseuse Mary Wigman muse d’Emil Nolde… Les témoignages du lien quasi fusionnel entre art et danse sont nombreux. On citerait encore Kandinsky influençant le théoricien Laban, les rapports d’Andy Warhol avec Merce Cunningham…« Je n’ai fait que danser ma vie », écrivait la pionnière de la danse moderne, Isadora Duncan, dans sa célèbre autobiographie ‘Ma vie’ (1928). Le Centre Pompidou lui emprunte l’expression pour une exposition sur cette entente plus que cordiale entre ces deux arts. Un parcours non pas chronologique mais thématique (« La danse comme expression de soi », « Danse et abstraction », « Danse et performance », etc) avec 450 œuvres, tous médiums confondus, montrant comment le corps décloisonne les pratiques artistiques et entre dans la modernité avec pour seul mot-clé : la joie de vivre. Pour nous guider, focus de trois chorégraphes qui, dans cette filiation, poursuivent aujourd'hui l’exploration du corps et de ses limites et dont les pièces seront présentées dans la programmation des spectacles vivants du Centre Pompidou.

François Chaignaud évoque ‘Danseurs au lac Majeur près d'Ascona’ (1914) de Johann Adams Meisenbach :

« Ce qui me fascine dans cette photo, c’est la tension, presque la contradiction, entre la conviction que ces artistes ont de renouer avec une chose qui serait le naturel, le cosmique, le mouvement libre et le fait que c’est une esthétique hyper construite. Ce désir d’inventer un corps libre et joyeux, connecté à la nature est une pure construction. On le voit bien aux jambes qui sont toujours croisées par rapport aux bras, motif qui reprend un peu l’hétéro latéralité perceptible sur toutes les statues grecques. Les trois danseurs construisent des procédures, en l’occurrence la nudité, danser près d’un lac, être sur l’avant pied… C’est tout sauf un naturel, sorti de nulle part, c’est le même principe que dans les danses libres que nous reprenons. On ne s’est pas mis à danser librement, nous avons appris une technique contraignante. On croit retrouver du naturel contre le monde institutionnalisé, contre la danse classique et ce qui m’intéresse, c’est que ce naturel est une construction esthétique et intellectuelle. »

Zurich, bibliothèque du Kunsthaus Zürich Donation de l’Estate de Suzanne PerrottetDanseurs au lac Majeur près d’Ascona, 1914 - Johann Adam Meisenbach, Zurich, bibliothèque du Kunsthaus Zürich Donation de l’Estate de Suzanne Perrottet

Maria La Ribot évoque ‘Danse serpentine II’ (1897-1899), anonyme :

« Loië Fuller est peut-être mon premier souvenir de danse moderne. J’avais 17 ou 18 ans, je suivais une formation classique et elle cassait tous les codes qu’on m’enseignait avec ses ballets cinétiques et sa danse serpentine. C’était comme un acte de rébellion pour moi. Elle m’a permis de voir la danse d’une façon beaucoup plus inventive. Dans le petit film présenté ici, ce n’est pas elle qu’on voit  mais une étudiante ou un fan. Parfois je crois avoir rêvé Loïe Fuller ! C’est comme une image irréelle à laquelle je reviens de temps en temps pour m’en inspirer. Isadora Duncan aussi a compté mais elle était plus « philosophique » que Loïe Fuller, plus « populaire ». Elle a contribué aux inventions technologiques du changement de siècle, un symbole de créativité et d’indépendance très important pour mon travail. J’aime l’idée de vaudeville dans ses pièces, il y a une  légèreté qui m’intéresse énormément, sans parler du côté très inventif des lumières - c’était la naissance de l’éclairage électrique.»

Centre Pompidou, Musée national d'art moderneAnonyme (film produit par Auguste et Louis Lumière) Danse serpentine (II) (cat Lumière n°765-1) 1897-1899 Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne

Myriam Gourfink évoque ‘Raum und Körper’ (1937) de Rudolf von Laban :

« La cinétographie Laban, sa pensée sur l’espace, sa théorie de l’effort est une source inépuisable de créativité et de remise en question pour mon travail. Avant de commencer la danse classique, j’adorais la musique et écrire des partitions, découvrir sa méthode fût donc un grand cadeau. Je me sers du dictionnaire Laban à chaque fois que je compose une chorégraphie, c’est devenu un livre de chevet, je pense à lui tous les jours ! Personnellement, ses outils me permettent de travailler l’espace et de le rendre visible en fonction de mes désirs. Par exemple, l’utilisation de ses ‘croix d’espace’, très présente dans les chorégraphies de Cunningham. Le dessin de Laban représente ici un homme dans une kinesphère, un espace autour du corps du danseur lui permettant d’explorer toutes ses dimensions. Plus loin dans l’exposition, il y a une photo de Forsythe qui joue à partir de la kinesphère. Cette correspondance entre les deux artistes est très juste. Peu travaillent selon la méthode Laban, on n’est pas obligé de l’utiliser pour être chorégraphe mais chez certains, elle fait écho. »

Zurich, Kunsthaus Zürich, Grapische SammlungRaum und Körper [Espace et corps], 1937 Crayon sur papier découpé 25,2 x 20,4 cm Rudolf von Laban, Zurich, Kunsthaus Zürich, Grapische Sammlung

‘Danser sa vie’, au Centre Pompidou de Paris, du 23 novembre 2011 au 2 avril 2012

Festival Vidéodanse, du 23 novembre au 2 janvier, propose en accès libre plus de 250 films retraçant l’histoire de la danse.

‘PARAdistinguidas’, direction et chorégraphie Maria La Ribot, du 23 au 27 novembre

‘Bestiole’, chorégraphie Myriam Gourfink, du 18 au 20 janvier

‘Danses libres’, chorégraphie François Malkovsky, François Chaignaud, Cecilia Bengolea, Suzanne Bodak, Lenio Kaklea, Thiago Granato, Mickaël Phelippeau et Aurélien Richard, du 9 au 11 février

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