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DESIGN 21 - LOVE / WHY ? Détournement d'objets
Jean-Baptiste Touja pour Evene.fr - Novembre 2005 - Le 03/11/2005
Le design international s'expose à la Maison de l'UNESCO du 2 au 18 novembre 2005 : l'exposition des lauréats d'un concours international est l'occasion d'envisager le design autrement, et de voir des objets détournés alliant confort et réconfort.
Une exposition et un concours internationaux et itinérants
La 5e édition de ce concours international de design a pour thème LOVE / WHY ?, ce qui consiste à mettre en valeur la relation entre les êtres humains, l'homme et la nature, l'homme et son environnement quotidien. Lancé il y a 10 ans, dans le cadre des célébrations du 50ème anniversaire des Nations Unies et de l'UNESCO, ce concours comporte deux volets : un pour les professionnels, l'autre pour les jeunes créateurs. DESIGN 21 'Part I' a vu la réalisation d'oeuvres autour du thème du concours LOVE / WHY ? par de grands créateurs comme Gaetano Pesce ou Tom Dixon. Lancé en février 2004 et close en août 2004, la compétition DESIGN 21 'Part II' a invité de jeunes designers à présenter leur vision du monde à travers des concepts respectant 5 critères : utilité dans la vie quotidienne, promotion du sens de corrélation et de bonheur, refléter une vision consciente et créative des modes de vie du XXe siècle et des siècles suivants, montrer une conscience et un respect de l'environnement, avoir un réel potentiel de commercialisation sur le marché mondial. Au total, l'UNESCO a reçu 764 candidatures de 81 pays, un Comité de présélection s'est réuni en septembre 2004 et a retenu 30 finalistes (ces derniers ont alors reçus une assistance financière pour la production et l'expédition de leur modèle), enfin, en juin 2005 un jury international a désigné les 6 lauréats du concours.
LOVE / WHY ? : thème de la 5ème édition de la compétition DESIGN 21
Après 'Continuous Connection' en 2002, 'Chic Chinois' en 1999, 'La Mer' en 1997, et 'Modes au-delà des frontières' en 1995, le thème de cette 5ème édition est celui de l'interrogation de l'amour : LOVE / WHY ?. Ce projet réunit les objectifs du projet DESIGN 21 et ceux de l'UNESCO : comprendre les rapports humains et les envisager en terme d'harmonie au quotidien. La prise en compte de la composante humaine et le thème du "vivre ensemble" trouvent ici des perspectives à même d'interpeller le visiteur et de susciter une réflexion sur le quotidien. Indrasen Vencatachellum, chef de la Section des arts, de l'artisanat et du design à l'UNESCO, insiste sur la relation pertinente entre DESIGN 21 et l'UNESCO, concrétisation d'un projet initié il y a 10 ans. Entre la représentation internationale des artistes, la thématique du concours et les activités de l'UNESCO se dégagent cohérence et unicité, c'est suffisamment rare pour être souligné.
Une scénographie qui fait sens
Etrange collusion des genres que celle du design novateur présenté au sein de l'architecture datée de la Maison de l'Unesco : la scénographie de Yoji Matsumara parvient avec beaucoup d'inventivité et de finesse à utiliser l'architecture interne du lieu. A cette grande nef de béton le scénographe propose une réflexion entre le lieu et les oeuvres présentées : 1800 pages de journaux ont été enduites de peinture acrylique blanche et disposées comme une structure habitacle, proposant une relecture des volumes du Hall Ségur de la Maison de l'UNESCO. De ces murs peints se dégagent des éléments (visages, chiffres, formes) à la façon d'un origami dont la signification apparaît moins par le volume que par sa mise en oeuvre du sens (significative et signifiante) précise et méticuleuse : des îlots de cartons et de papiers présentent et entourent les oeuvres. Matsumara introduit des élément du quotidien : si on se sert des journaux et des cartons pour s'en débarrasser en fin de journée, ici c'est une deuxième vie qui leur est confiée. Au-delà de la seule réutilisation, une transformation, une métamorphose leur est appliquée, mettant en valeur des mots clefs autour des registres de l'émotion et de l'environnement. Le scénographe crée ainsi une scène à même de mettre en valeur l'objet présenté et de dégager son identité.
L'humain et l'objet
Il faut alors s'arrêter devant chaque réalisation pour en comprendre la fonction et la portée : ce design s'expose et s'explique. Ces objets du quotidien deviennent intéressants en ce qu'ils excèdent leur seul aspect utilitaire pour faire se rejoindre les humains : le set de salière et poivrière, réalisé par Alistair Bramley et Marko Plevnik, devient moyen de jouer et de communiquer à table. La tendance qui se dégage de DESIGN 21 c'est d'abord l'ingéniosité du concept des réalisations, certes en adéquation avec le thème du concours, mais aussi avec une réelle capacité à (ré)inventer le quotidien. Le design comme "esthétique industrielle appliquée à la recherche de formes nouvelles et adaptées à leur fonction" selon la définition du dictionnaire le Petit Robert, trouve en plus une prise en compte de la composante humaine comme cela avait été montré dans l'exposition 'D. DAY' au Centre Georges Pompidou. Créés par l'homme pour l'homme, les objets de DESIGN 21 n'en sont plus seulement dans la mesure où ils semblent excéder cette catégorie tant ils intègrent la dimension humaine.
De l'objet à l'objectile
Envisager la création de liens de solidarité via une production industrielle, loin de la production de masse qui esseule toute identité originale, DESIGN 21 semble offrir une perspective rassurante à travers ses réalisations qui constituent tout de même un (sur)plus (?) à la lumière des fonctions détournées de ces dernières, toutes pleines d'idéalité et dont on peut questionner la réelle efficacité dans ce quotidien qu'elles sont censées interroger. Qu'importe, pourrait-on dire, le plaisir des yeux et la jubilation de la création étant là, la fonction opératoire renvoyant à l'essence, le dessin au dessein, l'objet au sujet. En fait, l'intérêt de DESIGN 21 est semble-t-il plutôt d'interroger le nouveau statut de l'objet dans sa relation d'une production industrielle, dont le standard (la dimension normée, normative et normale) était l'essence, au passage de l'objectile tel que le définit Gilles Deleuze. "L'objet ne se définit plus par une forme essentielle, mais atteint à une fonctionnalité pure, comme déclinant une famille de courbes encadrées par des paramètres, inséparable d'une série de déclinaisons possibles ou d'une surface à courbure variable qu'il décrit lui-même." Au changement de statut de l'objet correspond corrélativement celui du sujet, offrant ici une variation nécessaire sur notre capacité à varier les points de vues et saisir les variations du sujet.
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