-
23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
Voir tous les avis
INDIAN HIGHWAY IV Visite Guidée
Par Maxime Rovere - Le 03/03/2011
Au Musée d'Art Contemporain de Lyon, jusqu'au 31 juillet, l'exposition Indian Highway IV dont Evene est partenaire se présente comme un vaste projet de démultiplication du regard. Ici, pas question de « l'Inde éternelle ». Mais d'un pays vu par des créateurs en mouvement. Les mutations contemporaines dans les campagnes et dans les villes se traduisent par un goût affirmé pour la transformation. La notion d'exotisme touristique laisse ainsi place à une sorte d'étrangeté de l'homme à lui-même.
En arpentant les 2000 m2 de l'exposition de Indian Higway, on perçoit d'une œuvre à l'autre, comme un fil rouge, la notion d'hybridation. Dès la première salle, la gigantesque sculpture de Bharti Kher présente un cœur, au sens anatomique, recouvert de bindis (ces petites gomettes à usage rituel que les hindous collent au milieu de leurs fronts) aux tons verts, qui le rapprochent d'une pieuvre. Entre l'humain et l'animal, le mécanique et le végétal, les croisements versent parfois dans l'anecdotique (comme les spectaculaires squelettes de véhicules, réalisés en résine, de Jitish Kallat), parfois atteignent la sublime discrétion du quotidien (comme les « Still Life » de Prajakta Potnis, où la photographie d'un chou-fleur dans un frigo a la force visuelle d'une explosion dans une centrale). Plus loin, Raqs Media Collective associe des villes, des visages et des bruits organiques à des horloges qui indiquent des sentiments. Plus loin encore, Shilpa Gupta assemble des micros en un gigantesque nid de guêpes. Ces hybridations en tous sens signalent avec virtuosité que le temps des cloisons et des catégories est révolu : désormais, la réalité est échange. Amar Kanwar, dans des dispositifs vidéo spectaculaires (8 grands écrans diffusant leurs images en simultané), fait ainsi dialoguer les images, le témoignage privé, l'image esthétisante et le document politique, créant un effet méditatif au delà des genres.
Mumbaï en boîte
À l'origine de cette fascination se trouve peut-être le lien trouble entre l'intimité du corps individuel et la vie contemporaine, urbaine ou paysanne. Dans la pièce de Hema Upadhyay, une ville en miniature couvre les murs et le plafond et enveloppe presque totalement le visiteur. Comment vivre dans ce contexte ? Face à l'espace public débordant (on entend de loin les bruits et les musiques de Mumbaï, rassemblées par Bose Krishnamachari en vidéos attendrissantes, diffusées dans des boîtes de conserve usagées), la clôture nécessaire à l'intimité n'est jamais assez forte : l'intervention de Hemali Bhuta, qui perturbe la blancheur des murs par l'usage discret de plumes ou de sable, suggère même des invasions microscopiques.
Gupta remet le couvert
Take Off Your Shoes and Wash Your Hands, 2007, Subodh GuptaAlors, que faire ? Monter à bord de la rutilante sculpture-camion de Valay Shende, qui emporte les paysans vers la disette ? Se réfugier dans la « Darkroom » de Sheela Gowda, faite de bidons assemblés, où l'on entre en rampant pour découvrir un ciel étoilé ? « Take off your shoes and wash your hands », répond Subodh Gupta : cette phrase est le titre de l'une de ses œuvres, où le service de vaisselle en aluminium utilisé par les familles modestes est multiplié sur des dizaines de mètres. Comme les scènes croquées par Sarnath Banerjee (l'auteur de la bande-dessinée 'Calcutta') l'art indien d'aujourd'hui est ainsi à la fois très spécifique et très proche de nous. Chacun pourrait figurer dans l'installation où Tukral et Tagra reconstituent une chambre : le motif du papier peint, qui laisse deviner Superman enlaçant une femme à l'abri d'une rose, témoigne qu'il s'agit d'un espace destiné à l'amour, tandis que d'autres motifs, sur les sous-vêtements ou les tongs, rappellent la nécessité du préservatif. Il ne s'agit pas seulement d'un message : c'est l'indice de la cohérence d'un monde, d'une époque, qui constitue un univers complet, à la fois ironique et impérieux.
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
INTERVIEW PASCALE MARTHINE TAYOU
Lyon indomptablePascale Marthine Tayou est un artiste d'origine camerounaise désormais établi sur la scène internationale.Il présente jusqu'au 15 mai à Lyon 'All ways allways' dont Evene est partenaire :...
Plus sur INTERVIEW PASCALE MARTHINE TAYOU
-
L'ART INDIEN EN 2.0
Exposition 'Indian Highway IV'Directeur du Musée d'Art Contemporain de Lyon, Thierry Raspail s'est associé à neuf autres commissaires à travers la planète pour présenter au grand public l'art contemporain de l'Inde....
Plus sur L'ART INDIEN EN 2.0
Les événements associés
Autres
Indian Highway IV
Après Londres, Oslo et Herning, Lyon met en scène le 4ème épisode de l'exposition Indian Highway, véritable exposition "road movie". Spécialement reconfiguré pour l’occasion, le Musée d'Art...
Plus sur Indian Highway IV Réservez vos places sur fnac.comLes stars & célébrités associées
-
Subodh Gupta
Artiste indienPeinture, vidéo, sculpture, photographie, performance : Subodh Gupta est à plus d’un titre considéré comme une figure majeure de l'art contemporain en Inde. L’artiste participe à de...
- Plus sur Subodh Gupta
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez15/05 AC/DC, le retour ? -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez15/05 Picasso à Roubaix, un succès mérité -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez15/05 Hommage à Cassavetes cet été -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez15/05 Depardieu mobilisé pour sa...
les Avis des membres
citation du jour
« Cannes c'est un endroit bizarre où l'on montre des films qui ne sont pas sûrs de sortir à des gens qui ne sont pas sûrs d'y aller. »
de Gilles Jacob
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (5)




