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FOLIES DES PAYSAGES Grand Palais

Par Maxime Rovere - Le 06/05/2011

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FOLIES DES PAYSAGES

Vous n'aimez pas les peintures d'arbres ? Rassurez-vous, c'est de tout autre chose qu'il s'agit. L'exposition 'Nature et idéal : le paysage à Rome 1600 – 1650', qui se tient jusqu'au 6 juin, est une leçon d'histoire de l'art grandeur nature et un excellent moyen d'interroger notre rapport à l'environnement.

Loin des ambitieux qui traversent les âges ou confrontent audacieusement les cultures, les commissaires de 'Nature et idéal' s'attachent humblement à un seul genre pictural, pendant une courte période, dans la seule ville de Rome. Il faut aborder cette proposition telle qu'elle est – une leçon d'histoire de l'art grandeur nature. Ni surprises haletantes, ni mises en scène spectaculaires, ni chocs psychologiques : cette option permet de goûter au plaisir d'apprendre et, au passage, d'interroger notre rapport à la nature. C'est Annibal Carrache qui, avec quelques autres peintres, définit, au tout début du XVIIe siècle, les codes visuels du paysage : des éléments naturels organisés entre eux et rehaussés par une scène, le plus souvent mythologique. La génération suivante se signale par l'apparition de vestiges antiques, innovation des peintres nordiques qui travaillaient dans l'atelier de Paul Bril. Ces peintures devaient changer de manière radicale notre sensibilité à l'égard des vestiges, des fragments, de la décrépitude, car tout cela devenait désormais susceptible d'inspirer de la tendresse. Pourtant, ce fut d'abord une variation improvisée pour répondre à un marché abondant en offre et en demande ! Les peintres étrangers cherchèrent à Rome ce qu'ils pouvaient trouver d'étonnant pour égayer leurs toiles, leurs yeux tombèrent sur des ruines, voici tout l'Occident changé. Cela n'empêcha pas Filippo Napoletano de se laisser fasciner par le ciel pur et délicieusement vaste, au-dessus des bergers de Sicile, ni, surtout, Claude Lorrain et Nicolas Poussin, d'explorer chacun des directions très différentes.

Recréation du monde

© BPK, Berlin, Dist. Service presse Rmn-Grand Palais / Hans-Peter KluthPaul Bril (1554-1626)
Vue du campo Vaccino avec le marché aux bestiaux
, © BPK, Berlin, Dist. Service presse Rmn-Grand Palais / Hans-Peter Kluth
À eux deux, les grands français actifs en Italie occupent la moitié de l'exposition : le nombre de toiles exposées permet ainsi d'apprécier la manière de chacun. Le Lorrain a une manière d'interroger les apparences qui fait penser à Cézanne ; à un moment où la science optique gagne en précision, il examine plusieurs manières d'être visible – dans l'ombre ('La Tentation de saint Antoine') ou dans la lumière ('L'Archange Raphaël et Tobie'). Nicolas Poussin pousse plus loin ses investigations : d'un trait décidé, il semble recréer le monde avec une puissance et une autorité qui, cette fois-ci, peuvent rappeler Louis XIV. L'exposition manque sans doute un peu de ces regards de biais : elle donne du paysage une vision très plastique, fondée sur des critères formels, qui n'intègrent ni l'ancrage historique, ni l'interprétation philosophique. De là, parfois, une certaine lassitude devant des tableaux dont la parenté peut sembler trop grande, faute d'être explicitement remise en question.

Impression de merveilleux

© service presse Rmn-Grand Palais/ Gérard BlotDomenico Zampieri, dit Dominiquin(1581-1641) Paysage avec la fuite en Egypte, © service presse Rmn-Grand Palais/ Gérard BlotPourtant, un minimum d'attention produit de grands effets : n'importe quel visiteur peut ainsi s'apercevoir que ces toiles pointent en chacun un grave problème de vocabulaire. Car s'il est assez convaincant d'appeler « paysage » un genre pictural où la représentation des éléments naturels prime sur toute autre, la confrontation des œuvres et des artistes montre que l'objet de ces toiles n'est pas toujours « la Nature ». À bien y regarder, les artistes ne représentent pas tous la même chose, et le mot « nature » est parfois le moyen de passer entièrement à côté d'une œuvre. Rubens, dans 'Psyché et Jupiter', ne cherche pas du tout à décrire la nature, mais à produire une impression de merveilleux, en s'appuyant sur des effets de formes et de lumières. De son côté, l'Albane, dans son exploration de l'Arcadie idéale, s'abandonne à un travail plastique où le sfumato dans les feuillages indique une volonté délibérée de s'éloigner du réel. Tout à l'inverse, le Dominiquin, avec son 'Paysage avec laveuses de linge' (vers 1604) met en valeur, par le choix des proportions, un rapport éloquent entre le temps des hommes et celui du cosmos qui les englobe. Sitôt qu'on met la « nature » de côté, l'originalité du peintre éclate. Son 'Paysage avec Hercule et Acheloüs' apparaît alors comme une véritable ode à la lenteur : une rivière, paisible et invincible, occupe le centre du tableau, tandis qu'Hercule plie lentement vers le sol la tête de son ennemi (un taureau). À ce rythme, l'immobilité, même celle de la peinture, et surtout dans les paysages, est peut-être la plus grande conquête des peintres !

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