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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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Casanova à la BnF, le masque et la plume
Par Maxime Rovere* - Le 02/12/2011
Après l’acquisition en février 2010 des dix volumes du manuscrit de Casanova (Histoire de ma vie), la Bibliothèque Nationale de France consacre à son auteur une grande exposition jusqu’au 19 février 2012. Un moment historique qui dévoile un immense écrivain derrière le « coureur de jupons ». Et révèle un Européen qui a révolutionné la langue française.
Fils de comédiens, Giacomo Casanova (1725-1798) aura revêtu beaucoup de masques, d’habits et d’uniformes avant d’apparaître enfin nu comme en ver, sous sa forme la plus vraie : une main qui gratte des pages et des pages, mêlant le bonheur de créer à la joie de se souvenir. Les scènes désopilantes, parfois héroïques, souvent érotiques, griffonnées par sa plume ont marqué l’imaginaire de toute l’Europe. Problème : pendant deux siècles, personne n’avait lu le texte original. Autre problème : même après la publication correcte de son œuvre, les tristes queutards et sombres machistes se sont emparés de la figure et du nom de Casanova pour en faire leur chef de file. Contre-sens monstrueux. L’exposition organisée à la BNF ouvre une nouvelle ère : le Vénitien naturalisé français voit se réaliser son ambition – être reconnu comme l’un des plus grands écrivains de langue française – et se prolonger à jamais l’époque la plus prospère de sa vie, celle où il fut installé à Paris. Désormais, Casanova est parmi nous, moins voilé que jamais. Anatomie en quatre points.
Le manuscrit
Manuscrit - Préface, Histoire de ma vieL’exposition présente surtout le manuscrit acquis en 2010 par la Bibliothèque Nationale de France grâce aux fonds d’un mystérieux mécène. Si vous vous êtes jamais demandé comment un manuscrit pouvait valoir 7,2 millions d’euros, la réponse (abstraction faite, bien sûr, de la spéculation bibliophilique) est dans les salles : conçue en dix parties, conformément à une division en dix volumes qu’aucun éditeur n’a jamais respectée, l’exposition permet de lire dans une encre brunie le texte de Casanova, ses dialogues, ses pensées, comme s’il venait de les écrire. Par endroits, la voix de Daniel Mesguish vous emporte dans l’atmosphère du XVIIIème siècle. Robes, objets précieux, jeux de cartes, gravures érotiques, tournoient autour du texte qui réapparaît dans les cartels et donne du sel à tout. A celles et ceux qui ne fréquentent pas les vieux grimoires et les cartons d’archives, Casanova fait ici découvrir un nouveau plaisir : l’émoi du manuscrit, les sens exacerbés par la littérature et, à l’arrière, le spectacle d’un grand homme à son œuvre.
Subversion, résistance, rébellion
Et de quoi parle-t-elle, l’œuvre ? Des fastes de Venise ? D’un hymne aux plaisirs ? Du corps féminin ? Des voyages et des jeux ? De tout cela. Mais Casanova a un message plus profond. Écrivain d’une époque troublée, il déteste les Révolutionnaires qui lui ont cassé son jouet, l’Ancien Régime : Giacomo n’est pas un rebelle. Il ne croit pas non plus à la résistance, parce qu’elle suppose qu’on sache où est le bien, où est le mal dans le jeu politique. Le Vénitien propose une autre option : il pratique la subversion. Il ne conteste pas les règles, il les utilise pour jouer, pour tricher, et au final faire son chemin dans le jeu social et aider les autres à le faire. De ce point de vue, Casanova a de l’avenir. Soyez subversif !
La Déclaration, Moreau le JeuneLa place des femmes
Né parmi les déclassés, Casanova n’a pas accumulé les conquêtes plus qu’un autre (allez donc lire les Contes immoraux de son ami le Prince de Ligne…). L’originalité de Casanova n’est pas du tout le nombre. C’est qu’il investit toujours la relation physique d’une « délicatesse » qui suppose l’attention à l’autre (la jouissance de sa partenaire vaut, dit-il, pour les « quatre cinquième » de la sienne) et le refus des rapports de domination. Lui-même éternel dominé, il cherche sans cesse à libérer de leurs chaînes les jeunes filles, les femmes mariées, les dévotes. Soyez libres ! Et ça ne veut pas dire esclaves du désir.
Matérialisme et spiritualité
Dernier clin d’œil du Vénitien à notre époque, cette manière si curieuse qu’il a de jouir – dans une merveilleuse bonne conscience. Son texte n’est pas d’un auteur sulfureux : Casanova détourne la bienséance aristocratique et se moque du jugement bourgeois, pour trouver dans les extases du corps la clé de la spiritualité. Le matérialisme de l’argent et des carrières, Casanova s’en fout. Le Dieu des religions aussi, il s’en fout. Sensible et n’ayant peur de rien, il aura appliqué le précepte : suis ton propre Dieu. Et aura trouvé dans la littérature le lieu de son apothéose.
* auteur de Casanova. Biographie, Folio/Gallimard, 297 p., 7,30 €.
Exposition Casanova. La passion de la liberté.
Bibliothèque Nationale de France
15 novembre – 19 février 2012.
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