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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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EXPOSITION ‘VIJA CELMINS L’OEUVRE DESSINE’ AU CENTRE POMPIDOU Fascinantes marines
Boris Daireaux pour Evene.fr - Décembre 2006 - Le 18/12/2006
L’exposition consacrée à la peintre et dessinatrice est une occasion rare de voir les dessins d’une très grande artiste américaine, paradoxalement méconnue et presque jamais montrée en France.
Une enfance chaotique
Née en 1938 à Riga, Vija Celmins est forcée de quitter très tôt la capitale lettone en raison de la menace constituée par l’armée soviétique. En 1944, elle se réfugie avec sa famille en Allemagne, puis gagne les Etats-Unis en 1948. A partir de 1955, elle suit une formation artistique au John Herron Art Institute d’Indianapolis, d’où elle sort diplômée sept ans plus tard. L’Institut organise des voyages à Chicago (où elle découvre des peintres comme Leon Golub ou H.C. Westermann), mais c’est surtout à New York qu’elle découvre l’expressionnisme abstrait et des peintres comme Willem De Kooning, Franz Kline ou encore Arshil Gorky, qui vont particulièrement marquer son regard. Après avoir obtenu une bourse de la Yale Summer School of Music and Art de Norfolk (Connecticut) en 1961, elle part pour l’Etat du Nord des Etats-Unis, où elle rencontre Chuck Close et Brice Marden. C’est la même année qu’elle décide de devenir peintre. En 1962, après l’obtention de son diplôme, elle part pour un voyage en Europe, où elle découvre Vélazquez, au musée du Prado, puis ‘La Lamentation’ de Giotto à la chapelle de l’Arène de Padoue. A l’automne de la même année, elle part pour l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), où on lui propose une bourse plus intéressante qu’à Yale. Après avoir peint un temps des toiles abstraites colorées marquant son rattachement à la gestuelle de De Kooning, elle coupe radicalement avec cette forme de peinture et commence à peindre des objets de son atelier : un chauffage, une lampe, un grille-pain, etc. Cette première incursion dans l’art consacre les débuts très officiels de la jeune peintre…
Les vrais débuts
Lorsqu’elle dit qu’elle va “faire quelque chose de vraiment ringard (en) plaçant un objet tridimensionnel sur une table" et observer "ce qui se passe lorsqu’(elle) traduit (cet objet) sur un plan bidimensionnel avec un pinceau et une toile", Vija Celmins a déjà coupé (dans son esprit du moins), avec ses premières toiles abstraites en référence directe à l’expressionnisme abstrait. C’est une peintre dont la palette est devenue quasi monochrome, renvoyant à des peintures de la fin du XIXe siècle comme celles de McNeill Whistler (1834-1903) ou d’Eugène Carrière (1849-1906), ou aux natures mortes de Morandi (1890-1964). C’est dans les années 1960 qu’elle commence à récupérer dans des livres ou des journaux des images de la Seconde Guerre mondiale ou de la guerre du Vietnam.En 1962, Vija Celmins, qui "a le sentiment d’être très isolée", se retourne aussi vers son passé et commence à collecter des livres, des coupures de journaux lui rappelant son départ précipité voire chaotique vers les Etats-Unis. En 1964-1965, elle "erre dans la ville, ne connaissant personne", achetant des livres sur la guerre "parce que c’était en quelque sorte nostalgique".
Parallèlement, elle réalise quelques objets se rapprochant d’un esthétique pop art ou évoquant l’univers surréaliste d’un Magritte. Ce n’est qu’en 1967-1968 qu’elle commence véritablement à dessiner. Si les thèmes de ses dessins sont proches de ceux de ses dernières peintures (‘Burning Plane’, 1965, ou ‘Flying Fortress’, 1966), la différence avec elles vient du fait que cette fois, Vija Celmins indique très clairement la provenance des images et d’où elle les a tirées. ‘Bikini’, ‘Hiroshima’, ‘Zeppelin’,‘Clipping with Pistol’ (tous datés de 1968) ont bien été dessinés d’après des photographies parues dans des articles de journaux. Dans ces dessins, l’artiste montre clairement qu’elle a repris des coupures de presse : En imitant l’aspect froissé voire plié du papier, en plaçant l’article de biais, au milieu de la page, en reproduisant ses bordures blanches et l’ombre qu’il projette sur la feuille, Vija Celmins rappelle bien qu’elle dessine en deux dimensions un objet bi-dimensuel. Ces premiers dessins constituent en tout cas la véritable pierre angulaire de toute l’oeuvre de Vija Celmins. Déjà, la rigueur, la discipline intérieure, l’extrême minutie avec laquelle elle dessine les moindres détails ébauchent les caractéristiques principales de son oeuvre. Mais c’est après s’être intéressée un temps aux premières images de la lune diffusée dans la presse que Vija Celmins cesse de reprendre des photographies de journaux pour dessiner, d’après des photographies prises par elle-même, des marines.
Les marines
Les marines constituent sans doute les oeuvres les plus impressionnantes et les plus remarquables dans l’oeuvre de Vija Celmins. Parce que d’une part, c’est la première fois qu’elle va travailler en série, réalisant plusieurs mers de taille différente, mais n’excédant jamais les 115 cm sur 86,5 cm, et d’autre part, parce que tout l’univers intérieur de l’artiste, toute son acuité, cette attention si précise portée à la nature, sont contenus dans cette série. Dessinées d’après des photographies de mer prises à la lumière naturelle par l’artiste, à Venice, Los Angeles, les marines de Vija Celmins sont réalisées à la mine de plomb, sur un papier peint au préalable à l’acrylique gris clair. Expliquant que "la photographie est un sujet alternatif (…) qui crée de la distance, et (que) la distance donne l’opportunité de regarder l’oeuvre plus lentement et d’explorer sa relation avec elle", Celmins exploite les possibilités de l’espace pictural avec une patience, un sens de l’observation extrêmement minutieux. Face à ces dessins, la première impression est de se trouver face à des photographies de paysages de mers un peu anciennes ou éclaircies par la lumière et le temps. Mais on s’aperçoit très vite qu’il s’agit de dessins de mers réalisés d’après photo. Ces mers calmes, ou très peu agitées, sont des espaces dans lesquels le spectateur s’immerge peu à peu, avec apaisement. Car les marines (‘Big Sea’, ‘Ocean’, ‘Sans titre’) de Vija Celmins attirent inéluctablement le regard du spectateur, qui vit là une expérience physique prenante comme on en connaît rarement face à une oeuvre d’art. Univers onirique, lieux d’une émotion contenue mais diffuse, les océans dessinés de Vija Celmins sont des espaces dans lesquels on se perd, tant ils donnent à regarder, abondant de nuances, de détails, de variétés de gris. C’est un infini de possibles, une zone picturale de gris inépuisables, frustrante presque parce que ces mers ne se lassent pas d’être regardées. Les marines de Vija Celmins imposent en effet à l’oeil de constamment travailler, renouveler le regard. Elles forcent à retourner dans l’oeuvre, y revenir pour réexaminer tel ou tel endroit, (re)découvrir telle ou telle nouvelle zone. S’il y a, probablement, chez cette artiste, un rapprochement à faire entre la mer et son enfance, dans le souvenir et peut-être l’apaisement que constitue l’océan par rapport aux bombardements et au traumatisme qu’elle a vécus enfant, cela reste un aspect secondaire dans son oeuvre. Car ce qui importe vraiment à l’artiste (et au spectateur), c’est que ces images puissent justement se détacher de l’affect et "s’étendre à l’infini", notamment en bâtissant des "fictions". En laissant toujours une marge blanche, dans ses dessins, autour de ses mers, Vija Celmins "casse l’illusion de l’espace continu, (et l’)on comprend le processus de réalisation et le fait que l’oeuvre est vraiment une fiction." Mais comment expliquer que l’on puisse rester des heures sans broncher devant ces dessins, fascinés par la profondeur des espaces qu’ils créent ? Et comment exprimer cette sensation, cette impression de ne jamais exploiter toutes les possibilités picturales de ces oeuvres, mais de toujours découvrir de nouvelles manières de les voir ?
Ce n’est sans doute pas dans la psychanalyse, les souvenirs ou la psyché de l’artiste qu’il faut chercher les raisons d’une telle richesse picturale, mais bien au contraire dans l’infinité des espaces que construit son oeuvre : "Je ne m’imagine pas l’océan et tente d’en recréer un souvenir. J’explore une surface en la dessinant. L’image est alors contrôlée, compressée et transformée", dit humblement Celmins.
Si les séries sur les ciels de nuit étoilés, la constellation Coma Berenices, les déserts d’Arizona ou du Nouveau-Mexique, ou les récentes toiles d’araignées qui suivent chronologiquement et dans l’exposition les marines semblent avoir moins de force, elles ont toutefois le mérite de montrer la grande cohérence dans l’oeuvre de l’artiste américaine. Et l’on se prend à repenser aux marines, conscients qu’il faudra de toute façon retourner les voir, qu’on a forcément raté quelque chose. En un mot qu’elles n’ont pas fini de nous fasciner.
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