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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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EXPOSITION JULIEN SPIANTI - GALERIE ITINERRANCE De quelques émotions pliées
Sébastien Charbonnier pour Evene.fr - Janvier 2007 - Le 29/01/2007
A travers une nouvelle exposition, le jeune artiste Julien Spianti offre à voir des tableaux issus de ses dernières aventures picturales. En exposant ces grandes toiles aux côtés d’oeuvres plus anciennes, il permet d’apprécier les cheminements artistiques qu’il a déjà parcourus depuis qu’il s’essaie à une ‘Monadologie’ picturale. Cette dernière période correspond à une excursion vers l’“enfance” de la Monade, selon ses propres termes.
Une rencontre avec un concept
Ce travail intitulé ‘Monadologie’ occupe l’artiste depuis quelque temps maintenant. Cette expérience est née d’une rencontre avec la théorie leibnizienne homonyme. Une affinité élective est née. Médiatisée par la lecture qu’en propose Deleuze dans son livre ‘Le Pli’, l’approche de Julien Spianti est avant tout celle d’un artiste. S’essayer, par la peinture, à une exhaustion de toutes les monades possibles, de toutes les configurations de l’âme possibles. Projet d’une folie toute borgésienne : un catalogue de fait - pictural en l’occurrence - d’une série en droit infinie.
Mais à quoi peut bien ressembler une monade peinte ? C’est un cliché d’âme. C’est comme si, par un processus magique, le daguerréotype de notre psyché apparaissait, noir, sur la surface blanche d’une toile. Dans une époque sclérosée par les clichés, l’artiste revient à l’essence même de la peinture : capturer un événement - car une monade n’est pas autre chose.
La grande originalité provient ici de cette rencontre avec la métaphysique : la monadologie est une histoire d’âmes. Ce qu’aucun photographe ne pourra jamais saisir, le peintre le peut. Ainsi, chaque toile représente une monade, à un moment donné, c’est-à-dire des plis de l’âme, ou plutôt la configuration pliée d’une âme. Il s’agit de donner à voir un événement spirituel. Ce tableau vous semble triste, ou fatigué, ou blessé, ou joyeux… Nouvelle taxinomie des dispositions d’esprit.
Il ne s’agit nullement d’art conceptuel - mauvais mélange pensait Deleuze - mais d’une belle rencontre. Nulle prétention, simplement une expérience passionnante : peindre non pas comme Leibniz fait de la philosophie, mais peindre avec Leibniz. Donner à sentir et ressentir ce que peut être une monade ! C’est pourquoi il n’est nul besoin de savoir ce qu’est une monade pour venir voir ces peintures. Au contraire : elles forment une belle invitation à découvrir et/ou à réinterroger l’un des plus grands philosophes de l’âge classique - quelques citations de Leibniz parsèment l’exposition.
Une nouvelle errance : vers l’enfance
Avec les grands tableaux, Julien Spianti aborde une nouvelle dimension, dans un style nouveau. Ce cap récent correspond à une descente vers l’enfance de la monade : quand les perceptions du monde sont encore floues et incertaines. Dit autrement, on semble passer d’un monde organique à un monde minéral : toujours le pli, mais plutôt celui de l’origami que celui des tissus.
L’impression donnée par ces immenses toiles est stupéfiante. L’expressivité s’y fait plus incertaine : les objets paraissent apparaître… puis se retirent. L’artiste a réussi à saisir l’insaisissable pour mieux nous en désaisir ! C’est comme si l’expressionnisme rejoignait l’impressionnisme : les percepts créent des tournures d’esprit éphémères et génèrent des inclinations passagères de notre pensée ; les affects suscitent des intonations émotives diverses et modèlent des atmosphères spirituelles variées. Ainsi, un magnifique tableau, très bien mis en valeur sur un fond noir, est à la fois une scène d’action, un décor en ruine, une perspective paysagère, une explosion soudaine, et caetera.
C’est alors un escalier ondoyant sur lui-même, baroque à sa manière, qui nous conduit vers des oeuvres de dimensions plus modestes, mais toujours aussi fortes. On y trouve une monade pleine d’un souffle merveilleux, jaillissante comme la ‘Victoire de Samothrace’ ! Quelques oeuvres extrêmement délicates mettront les connaisseurs de la technique de l’encre à rude épreuve : on croit avoir affaire à des négatifs - comment la chose est-elle possible ?
Le règne du noir et blanc
A propos de négatif, il convient peut-être de parler de ce noir et blanc. Pourquoi l’artiste n’use-t-il d’aucune couleur dans son projet monadologique ? La couleur ne serait-elle pas assez métaphysique ? Faut-il penser comme le grand poète soufi Rûmi, qu’un monde sans couleur est plus essentiel ?
Loin d’être un choix artistique symbolique, c’est avant tout une nécessité physique. L’artiste parle de son rapport à la couleur en termes de peur. Non sans un sourire malicieux, il se réfère aux pages très belles de Van Gogh ou de Gauguin expliquant leur peur de la couleur, ne se sentant pas encore prêt. Cette exposition, tout en noir et blanc, témoigne d’une pareille modestie, faite de nécessité. Dans le cheminement de l’artiste, nous sommes encore dans une phase où la couleur paraît trop inabordable, trop démiurgique, bref incontrôlable dans ses effets.
L’avantage de cette modestie est immédiat. On remarque un véritable travail du noir et blanc. Nul gris, nul effet de contraste, la seule opposition franche du noir, et du blanc : sans dégradé aucun, l’artiste nous fait quitter la surface plane de la toile vers des reliefs surprenants.
Nous voilà donc face à un spectacle qui joue avec nous : l’aplat inerte s’efface au profit d’un relief noir et blanc, véritable support d’émergences éphémères… Un visage, à moins que ce soit un paysage, ou plutôt des débris : c’est tout cela à la fois. Par amour des “ismes”, suggérons que cette peinture est un pluralisme.
Quelques objections pourraient fuser… Est-ce abstrait ? Est-ce incompréhensible ? Bien des réticences entourent l’art contemporain. Rassurez-vous, rien de tous ces travers ici. Un seul indice permet de comprendre cette démarche : nulle notice pédante pour “expliquer les intentions du créateur”, mais des toiles vierges de toute légende. Riches d’elles-mêmes, elles se suffisent dans l’exposition extrêmement concrète de forces émotionnelles, perceptives, vitales… mais non figuratives. On est dans l’expressionnisme pur : face à une toile, on ressent une rafale d’affects, on entrevoit une singularité vivante dans les replis de la toile - et non pas figée par des traits. Rien n’est plus concret finalement que ces configurations qui remuent l’âme du spectateur.
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