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LA CITÉ DE L'ARCHITECTURE RÉINVENTE L'HÔTEL PARISIEN Rendez-vous particuliers

Propos recueillis par Maxime Rovere - Le 07/10/2011

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LA CITÉ DE L'ARCHITECTURE RÉINVENTE L'HÔTEL PARISIEN

Inspirée d'un magnifique livre paru aux éditions Parigramme, l'exposition de la Cité de l'Architecture ramène à l'unité, par delà les époques et les styles, un type architectural – l'hôtel particulier parisien, au singulier, dont une reproduction en taille réelle est l'un des clous de l'exposition. Son commissaire, Alexandre Gady, a bien voulu nous faire visiter les lieux à travers trois fictions, pour trois époques différentes.

Première visite-fiction : vers 1720

- À cette époque, Evene.fr est une gazette comparable au Mercure de France. Une calèche de louage me laisse devant votre hôtel.
- « Il y a devant vous un portail sur rue, inscrit dans un mur. Sur la porte cochère, vous frappez avec l'un des marteaux de fer forgé photographiés dans l'exposition. Le portier sort de la loge où il vit, cachée derrière le mur. Dans les guides du XVIIIème siècle, il est souvent indiqué que l'on peut aller voir ici tel cabinet de curiosité, là telle bibliothèque. L'hôtel particulier est un espace privé, mais pas entièrement fermé au public : il y a des seuils. Vous traversez la cour, qui éloigne l'hôtel des bruits de la rue, puis vous entrez dans le vestibule, qui est une pièce vide, avec seulement une banquette pour les domestiques. Ce sas d'entrée, qui dessert toutes les autres pièces, illustre un principe de distribution spécifique des hôtels français, plus petits que ceux d'Italie, mais où le manque de place, surtout à Paris, impose d'ingénieuses trouvailles. Désormais, le maître d'hôtel vous prend en charge. Il vous fait passer l'antichambre – la pièce qui vient avant (ante) la chambre – puis le salon, puis vous amène jusqu'au cabinet des tableaux, peut-être en traversant la galerie de portraits. Il ouvre les volets brisés qui protègent les œuvres de la lumière – comme vous en voyez dans notre reconstitution.

Dans l'exposition, on peut voir un meuble nommé « Bonheur du jour ». Quelle est sa fonction ?
- C'est une table de toilette pour dame ! Si vous avez vu cet objet, c'est que vous vous êtes échappé du circuit classique ! Vous êtes allé dans l'appartement de ma femme ! Vous avez bafoué mon honneur !

- Ah… Si je saute par la fenêtre pour vous échapper, j'arrive dans le jardin ?
- Oui, les jardins à l'arrière de l'hôtel sont une autre spécificité parisienne. Mais comme ils sont en cœur d'îlots, entouré par des murs, ne n'avez guère de chance de m'échapper.

Seconde Visite-Fiction : vers 1825

© Caroline RoseHôtel de Beauharnais, décor intérieur, © Caroline Rose- Nous voilà un siècle plus tard, qu'est-ce qui change dans votre hôtel particulier ?
- Nous sommes en pleine époque néo-classique, dans le quartier de la Nouvelle-Athènes (actuel IXème arrondissement). Vous voulez faire carrière dans le journalisme et cette fois-ci, vous m'êtes recommandé. Dans ce quartier, il y a des artistes (Delacroix, Balzac, Chopin), de jeunes hommes politiques (Thiers, futur président), des demi-mondaines qu'on appelle des « lorettes » à cause de l'église proche. Je suis un financier ; dans mon hôtel, certaines pièces du précédent ont disparu : il n'y a plus de grande salle de réception, plus de grande galerie. Surtout, la salle à manger est devenue une pièce absolument fixe, alors que l'on pouvait jadis dresser une table dans l'antichambre. Pour vous tester, nous vous avons invité à déjeuner. La salle à manger est merveilleuse, avec un plafond peint et des peintures au-dessus des portes commandés aux grands artistes. Nous allons également passer un moment dans la bibliothèque, qui se développe beaucoup sous Napoléon III. Les grands propriétaires d'hôtels du XIXème siècle ont de l'éducation et ils écrivent souvent eux-mêmes l'histoire des lieux, de leur famille… Enfin la salle de bain, qui se développe beaucoup, devient systématique - mais elle se trouve dans ce qu'on appelle de plus en plus mes « appartements privés ». Pourtant, c'est là qu'on reçoit les intimes. Etant-donné vos rapports avec ma femme, vous pourrez peut-être y accéder…

Troisième Visite-Fiction : vers 1896

© Gilles TargatHôtel de Lassay : Salon des saisons (128 rue de l'Université, 7e), © Gilles Targat- Mais l'hôtel particulier évolue dans sa fonction à la fin du XIXème siècle ?
- Oui. Je suis désormais le comte Boniface de Castellane, mais tout le monde, même Marcel Proust, m'appelle Boni. Mon hôtel, le Palais Rose, s'inspire du Grand Trianon mais représente un chef d'œuvre de la Belle Époque. C'est un hôtel fait pour s'amuser : tout le corps du bâtiment est un escalier d'honneur en marbre. Le soir de l'inauguration, les deux mille invités ont garé leur carrosses à touche-touche sur toute l'avenue Foch. Un théâtre privatif de 300 places permet de recevoir les troupes. Le Salon des Arts donne sur le jardin. Surtout, la salle de bal est réapparue au cours du XIXème siècle. La cuisine est devenue moderne avec des fourneaux industriels en fonte : dix cuisinières peuvent y travailler toute la journée. C'est le bouquet final des hôtels particuliers.
- Et à la fin de la fête, on peut dormir sur place ?
- Hors de question ! Personne ne dort jamais ! Aucun accès aux chambres ! Tout le monde doit s'en aller !

L'hôtel particulier. Une ambition parisienne
6 octobre 2011 - 19 février 2012
Cité de l'architecture et du patrimoine

Les hôtels particuliers de Paris. Du Moyen Âge à la Belle Époque.
Alexandre Gady
Éditions Parigramme

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