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L'ART INDIEN EN 2.0 Exposition 'Indian Highway IV'
Propos recueillis par Maxime Rovere - Le 17/02/2011
Directeur du Musée d'Art Contemporain de Lyon, Thierry Raspail s'est associé à neuf autres commissaires à travers la planète pour présenter au grand public l'art contemporain de l'Inde. Ils organisent ainsi une exposition multiforme, dont Evene est partenaire, qui évolue en se déplaçant à travers les continents. Explications.
Pour le Musée d'Art Contemporain de Lyon, Indian Highway IV, n'est autre qu'une exposition « road movie ». Un concept sans précédent, la capitale des Gaules constitue en effet la quatrième étape après Londres, Oslo et Herning de cette présentation. Avant que l'itinéraire de cette exposition ne marque des arrêts à Rome, Moscou, Hong Kong, Singapour, Sao Paolo, et pour finir, à Delhi. La spécificité de ce panorama transcontinental de l'art indien actuel, est qu'il peut évoluer en fonction des étapes comme le souligne Thierry Raspail, commissaire français qui, dans une mise en scène inédite donc, a souhaité mettre en relief tout particulièrement la culture visuelle de l'Inde.
Voir les photos de 'Indian Highway IV'.
Indian Highway IV tient à la fois du caméléon et du cadavre exquis. Quel est donc le concept de cette exposition ?
Le concept d'Indian Highway rompt avec une certaine tradition. L'habitude en Europe est de concevoir les projets depuis un centre qui livre son « expertise », conçoit l'ensemble de l'exposition puis la fait voyager, « clés en main ». Pourtant, il y a aujourd'hui à chaque point du monde des regards, à la fois divergents et convergents, qui forment des réseaux complexes. Il n'est plus possible de les ignorer. Nous sommes connectés les uns avec les autres, si bien que les notions même d' « ici » et de « là-bas » n'existent plus. Du coup, la notion d'identité enracinée fait place, dans l'art, à une délocalisation générale. Ici, trois commissaires (J. Peyton-Jones et H.U. Obrist, directeurs de la Serpentine Gallery à Londres, et G. B. Kvaran, directeur de l'Astrup Fearnley Museet d'Oslo) nous ont invités à partager avec eux une idée évolutive : il s'agit d'une exposition dont l'itinéraire traverse plusieurs continents et qui se trouve, à chaque étape, renouvelée. Le noyau commun est préservé, mais chaque commissaire peut supprimer ou ajouter des pièces nouvelles par rapport à l'étape précédente. Chaque exposition constitue ainsi, à l'image de la musique, une variation sur un thème qui est l'Inde d'aujourd'hui. Lyon forme le quatrième volet : nous prenons le relais de Londres, Oslo et Herning, puis nous le passerons à Rome, Moscou, puis Hong Kong, Singapour, Sao Paolo, et la dernière étape sera naturellement Delhi. Il est normal que Indian Highway s'achève par le regard des Indiens sur eux-mêmes.
Quelle est donc la spécificité de la facette lyonnaise ?
Londres et Oslo ont montré des artistes qui évoluent déjà à l'échelle du globe dans un milieu artistique international. Notre vaste espace (2000 m2) nous a permis d'élargir la perspective, en introduisant des artistes qui travaillent sur une réalité indienne spécifique, afin qu'ils donnent aux visiteurs les moyens d'aller au-delà d'une approche folklorique de l'Inde. Nous avons donc fait place à de nouveaux artistes – notamment Sumakshi Singh ou encore Valay Shende, qui présente pour la première fois une sculpture/camion à l'échelle 1 faite exclusivement de minuscules cercles d'acier. En mettant en scène les liaisons rapides à l'intérieur du subcontinent indien, mais aussi à l'échelle globale, cette œuvre souligne comme d'autres dans l'exposition l'idée de transit qui est au cœur du propos. Nous avons voulu renforcer cet aspect-là et le faire rayonner. C'est ainsi que Thukral & Tagra, duo d'artistes-designers, a créé un papier peint, entre le wall-drawing et le kitsch, tout en soulevant les questions liées au SIDA et aux super héros. De cette manière, nous ne nous limitons pas à des formes prédéfinies « d'art ». En invitant Studio Mumbai, atelier d'architectes primés à la dernière Biennale d'architecture de Venise, nous avons souhaité que la notion de « culture visuelle » l'emporte sur la notion plus restreinte du contemporain. D'autres artistes, qui ne figuraient pas dans la sélection initiale, font exploser ces catégories : Jagannath Panda, jouant du second degré, introduit des matériaux divers dans des peintures extrêmement précises ; Sarnath Banerjee, lui, est plutôt un illustrateur qui oscille entre dessins d'humour et bande-dessinée. La définition de « l'art contemporain indien » se trouve donc déplacée vers quelque chose de plus vaste comme « la culture visuelle en Inde ». Peut-être « radicale », mais plus propice aux objectifs d'un musée.
Ainsi, l'exposition reflète une nouvelle organisation artistique mondiale – non seulement dans l'espace, dans la multiplicité des marchés, mais aussi dans les références ?
Jusqu'à présent, chaque point du monde s'est contenté de concevoir l'universel à partir de son propre point de vue. L'exposition Indian Highway cherche elle aussi à penser l'universel, mais en s'appuyant sur une pratique mondialisée. Il ne s'agit plus d'aboutir à une totalité close, mais de partir d'un noyau et d'organiser des échanges. Aujourd'hui, le globe existe ! Il n'y a donc plus que des centres relatifs qui sont des points de partage – Lyon échange avec Rome, avec Sao Paolo, avec Moscou… D'où une vision de l'art indien qui n'est jamais définitive. Il n'y a pas de dernière station avant l'arrivée. L'exposition est plastique comme l'art : elle s'adapte et n'aura pas de fin. L'intérêt est dans le parcours.
Voir : Indian Highway IV, du 24 février au 31 juillet 2011 auMusée d'art contemporain de Lyon, retrouvez très vite notre visite guidée de l'exposition Indian Highway IV sur Evene.fr
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