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FIAC 2011 6 artistes à la Une

Par Juliette Elie et Vincent Huguet - Le 11/10/2011

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FIAC 2011

Ils sont anglais, français, italien ou allemand et ces jeunes artistes performers ont le vent en poupe sur le marché de l'art contemporain. Portraits croisés.

Vincent Mauger : le spéculatif

Ce sont des sculptures abstraites, complexes, monumentales. Leur composition, et très souvent leurs titres, expriment une forte fascination pour les questions formelles. Les créations de Vincent Mauger, né en 1976 à Rennes, ont quelque chose à voir avec certains mystères mathématiques. On devine à chaque fois une création assistée par ordinateur – et quand ce n'est pas le cas, elle en est inspirée. Car pour aboutir à des formes complexes, le travail de Vincent Mauger semble connaître deux voies : partir de la matière déjà transformée (comme dans cette vidéo où il découpe une table) ou partir de la forme déjà incarnée (comme dans les tirages de ses dessins réalisés sur écran, qui semblent en garder la luminosité. Le carrefour de ces chemins est à l'image de cette grande toile d'araignée colorée occupant tout l'espace, exposée en 2007 à Nevers (Maison de la Culture). Quoi depuis ? Avec 'The Undercroft' exposé à la Fabrica de Brighton en 2008, où des vagues de mélaminé reconstituent une gigantesque forêt d'arbres, Vincent Mauger est entré en dialogue avec la nature. Quoi d'étonnant donc à ce qu'il investisse, pour la FIAC 2011, le Jardin des Tuileries avec 'la somme des hypothèses', dont les éléments de bois évoquent une explosion qui s'étend indéfiniment dans l'espace. Il est représenté par la galerie Bertrand Grimont.

Thomas Houseago : le poids lourd

Faites de plâtre, de bronze ou de bois et souvent au format XL, ses sculptures ne sont sans doute pas les plus « légères » du moment, mais c'est un fait : Thomas Houseago est devenu en quelques années l'un des poids lourds de sa génération. S'il vit et travaille à Los Angeles, l'artiste né à Leeds en 1972 reste indéniablement britannique et l'Europe le fête particulièrement depuis quelques années, avec une franche accélération ces derniers mois : après le Stedelijk Museum d'Amsterdam et le S.M.A.K. de Gand, on peut voir en ce moment ses œuvres à la fois au centre international d'art et du paysage de l'île de Vassivière (Limousin), sur les deux sites de la Fondation François Pinault à Venise (Palazzo Grassi et Pointe de la douane), au Printemps de septembre à Toulouse (jusqu'au 16/10) et bien sûr à la FIAC, où il est représenté par deux galeristes de très grande envergure, Xavier Hufkens et Michael Werner… Peu d'artistes de cette génération peuvent se vanter d'avoir un tel don d'ubiquité, surtout avec des travaux si monumentaux. L'une des raisons de ce succès est peut-être que l'artiste fait surgir avec ses sculptures, molosses ou fragiles créatures, un univers indécidable. Ce qui peut paraître au premier regard plâtreux ou mal fichu s'avère en fait souvent captivant, pour peu que l'on fasse le tour de ces sculptures qu'il faut vraiment voir sous toutes leurs coutures, étranges coutures qui font de Houseago un digne héritier de son compatriote Victor Frankenstein.

Vincent Ganivet : l'équilibriste

Courtesy Vincent Ganivet & Yvon Lambert Gallery, Paris - © RichardEtrevous, Courtesy Vincent Ganivet & Yvon Lambert Gallery, Paris - © RichardBeaucoup ont découvert les sculptures de Vincent Ganivet dans la grande exposition collective 'Dynasty', large panorama de la jeune scène française qui, à l'été 2010, avait fait du Palais de Tokyo et du Musée d'art moderne de la Ville de Paris exceptionnellement unifiés le tremplin de talents plus ou moins méconnus. Né en 1976, Ganivet était alors plutôt moins connu que certains de ses camarades, mais il s'est bien rattrapé depuis en devenant notamment le nouveau jeune poulain de l'écurie Yvon Lambert, qui a montré dans un passé récent combien elle pouvait favoriser l'ascension des jeunes talents en lesquels elle croit. En d'autres termes, Vincent Ganivet est-il le futur Loris Gréaud ? Pour se rendre compte de la puissance de ses œuvres, il faut aller rendre un dernier hommage à Cy Twombly à la Collection Lambert en Avignon (prolongée jusqu'au 20 novembre), dont la belle cour semble modifiée par l'une de ses sculptures, ou se rendre au Jardin des Tuileries où ses 'Rivières' (2005) sont exposées pendant la FIAC. Dans les deux cas, on ne trouvera pas du marbre ou du bronze poli mais des parpaings, matériau très brut et même peu avenant pour lequel l'artiste semble nourrir une certaine prédilection. Assemblés par une opération qui semble tenir du saint esprit (et de quelques sangles), ces parpaings se jettent à l'assaut du ciel pour dessiner les grands arcs en berceau—ou brisés— d'une église romane, défiant les règles de la gravité et aussi celles de la représentation. On ne sait plus ce qu'on aime dans ses œuvres, si c'est leur aspect brut et éphémère ou le fait qu'elles parlent au contraire d'une architecture et d'une beauté ancestrales.

Ulla Von Brandenburg : la transformiste

Avec son nom qui aurait tendance à évoquer une princesse du gotha allemand plutôt qu'une jeune artiste branchée, Ulla von Brandenburg n'est pas exactement une débutante. Née à Karlsruhe en 1974, l'artiste qui vit et travaille désormais à Paris aurait pu déjà vivre plusieurs vies tant son travail est polymorphe : installations, films, performances, tableaux vivants, grandes fresques murales, dessins, papiers découpés… aucun support ne semble lui échapper, ce qui a pu ravir ou désorienter le public qui la suit depuis quelques années, du Plateau (Paris 19ème) au Palais de Tokyo, de la Kunsthalle de Zürich à la foire de Bâle. L'artiste, qui s'est formée à l'École des Beaux-Arts de Hambourg, n'a jamais vraiment choisi entre toutes ces « disciplines », et c'est d'ailleurs une œuvre très théâtrale qui l'a remise sur le devant de la scène en cette rentrée : à l'invitation de Victoria Noorthoorn, elle a installé à l'entrée de la Sucrière, navire amiral de la Biennale de Lyon, de vraies fausses coulisses où le visiteur passe sous de lourds et spectaculaires rideaux de scènes, foulant les planches à défaut de les brûler… Si cette œuvre, très remarquée, évoque son goût pour le théâtre (qu'elle connaît très bien, ayant également organisé elle-même des spectacles), d'autres tournent autour de l'hystérie, de la psychanalyse ou de l'occultisme, qui sont quelques-uns des thèmes qui obsèdent Ulla von Brandenburg. À la FIAC, où elle est représentée par Art : Concept, il n'est pas sûr que l'on reconnaisse du premier coup d'œil son travail, car, à la différence de certains de ses contemporains et de ses aînés, elle n'a pas de marque de fabrique. Mais du talent à revendre, oui.

Ernesto Sartori : le constructiviste

© Florian KleinefennSin 1/3, © Florian Kleinefenn"Je pourrai essayer d'expliquer rationnellement pourquoi je m'intéresse à cette pente plutôt qu'à une autre, mais je préfère admettre que j'en suis tombé amoureux, et considérer mon travail comme une déclaration d'amour envers elle ». Les sculptures d'Ernesto Sartori peuvent évoquer, c'est selon, la mise en volume des peintures cubistes ou l'interprétation en trois dimensions de bandes dessinées. Né à Vicenza (Italie) en 1982, ce jeune homme tout juste sorti des Beaux-Arts de Nantes a été dès 2008 lauréat du Prix de la Ville de Nantes, puis nominé en 2010 pour le prix Ricard. La valeur, dit le Cid, n'attend pas le nombre des années. Depuis son envol, Ernesto Sartori ne semble plus devoir toucher terre : armé de tubes de gouache, de peinture très diluée ou de stylos aquarellés, il travaille sur des surfaces de bois et des installations faites d'éléments modulaires. Pourquoi y croire ? Voyez ses dessins colorés et ses structures en bois, qui semblent destinées au 'Baron perché' d'Italo Calvino (qui passa toute sa vie dans les arbres) : sous l'apparence ludique d'un univers d'enfant se lit une incroyable exigence de rigueur. Une pratique qui rapproche Ernesto Sartori d'artistes comme Kurt Schwitters, Paul Thek ou Robert Smithson, tous très sensibles aux possibles écarts de la nature. Signe des temps : la galerie Marcelle Alix, qui présente cette année Ernesto Sartori à la FIAC, a été sélectionnée pour le prix Lafayette, qui récompense les galeries émergentes.

Théo Mercier : le nouveau primitif

Théo Mercier, presque bébé, est passé par l'atelier de Matthew Barney, grand amateur de latex et d'objets étranges. Depuis, le jeune artiste né en 1984 à Paris, où il vit et travaille, n'a pas oublié les leçons du maître. Après avoir erré dans les limbes des photos du plus mauvais goût, notre homme s'est révélé en abordant la sculpture. Repéré au Salon de Montrouge, il a explosé en 2010 lors de l'exposition Dynastie, au Palais de Tokyo : son "Solitaire", gros bonhomme de spaghettis penché avec ennui et bienveillance sur les visiteurs, fit sensation. L'œuvre, entrée dans la collection d'Antoine de Galbert – pas moins ! – a été vue depuis à la Maison Rouge dans l'exposition 'Tous cannibales'. Et cela lui va bien : entre le totem et le gri-gri, les créatures de Théo Mercier rassemblent des objets improbables dans l'unité bizarre d'un exotisme en toc, échevelé, assez inventif pour avoir fait la Une de "Beaux-Arts". Entre bananes prisonnières de crânes humains et parures de plumes piquées sur des fesses de femme ('Les derrières de la scène'), son univers est proche du cartoon, tantôt macabre, tantôt d'un humour débridé. Longtemps épris de laideur, l'artiste ne cesse de s'affiner d'année en année. Ses excentricités sont moins provocantes qu'à ses débuts, mais elles en deviennent plus profondes. Il sera représenté à la Fiac 2011 par la Galerie Gabrielle Maubrie, qui organise parallèlement dans ses locaux une exposition personnelle de Théo Mercier "Le Musée des arts seconds" du 17 Septembre au 22 Octobre.

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