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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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EXPOSITION 'FIGURATION NARRATIVE' AU GRAND PALAIS Sur les pavés, le 68' art
Tania Brimson pour Evene.fr - Mai 2008 - Le 13/05/2008
L'année 2008 aura décidément été marquée par un 68 revival généralisé. Le Grand Palais consacre ainsi jusqu'au 13 juillet une exposition à l'art engagé de la Figuration narrative. L'occasion de revenir sur une génération de peintres révoltés qui secoua la culture bourgeoise à coups de pinceaux, pour ne pas dire à coups de pavés.
Paris, 1964. C'est le chaos sur les ondes du téléphone rouge. La capitale française, tiraillée par les tensions de la guerre froide, dépassée par l'hégémonie culturelle new-yorkaise, concurrencée par le foisonnement artistique de Venise, redevient momentanément le carrefour d'une gauche intellectuelle européenne incapable de s'ajuster aux manichéismes esquissés par le rideau de fer. Sur le plan des arts plastiques, même capharnaüm. Les peintres du Vieux Monde sortent d'une crise existentielle fomentée par l'affrontement du réalisme social et de l'abstraction. La lutte continue : une dichotomie transatlantique entre expressionnisme abstrait et Pop Art se fait écho dans la confrontation de l'Ecole de Paris toute-puissante et d'un nouveau réalisme contestataire. C'est dans cette conjoncture extrêmement complexe qu'a lieu l'exposition 'Mythologies quotidiennes'. Exposition qui donnera naissance à un semblant de mouvement, baptisé par le critique Gérald Gassiot-Talabot et orchestré par une trentaine d'artistes figuratifs d'horizons disparates, déterminés à sortir la peinture de ses grandes pompes en renouant art et praxis socio-politiques. Programme commun, soit. Mais à l'image de la confusion de laquelle elle découle et de l'hétérogénéité de ses représentants, la Figuration narrative sera éclectique, corrosive, inarticulée, mal comprise. Et, le vent en poupe sous le joug de Mai 68, éminemment engagée.
Abstraction piège à cons : il est interdit de ne rien dire
Hervé Télémaque, Banania n°3 (c) Adagp, Paris 2008 Rancillac, Télémaque, Cueco, Fromanger, Erró, Adami, Klasen, Recalcati, Arroyo, Monory, Voss, Stämplfli… Au vu des circonstances, ils ont visiblement tout pour s'entendre. Révoltés par les avatars de la société de consommation, dégoûtés par l'esthétisme bourgeois, sceptiques face à la "dérision statique" du culte warholien, les artistes de la Figuration narrative partagent un désir commun : celui de raccorder la peinture à "la précieuse mouvance de la vie" pour mieux rendre compte "d'une réalité quotidienne de plus en plus complexe" (1). Histoire de railler les écueils de la culture occidentale, cette armée de désabusés de gauche et d'extrême gauche mène un putsch contre le "bon goût" en faveur de la vulgarité, à coups de recyclages du Low Art sous toutes ses formes (BD, images d'actualité, publicités, cinéma…), de désacralisations provocantes des piliers de l'histoire de l'art et de concerts cacophoniques de couleurs criardes. S'ils reprennent certains mécanismes du Pop Art au point d'en être constamment réduits au statut de disciples médiocres, ils offrent en réalité une alternative nettement éloignée du mouvement américain, marquée par un engagement politique souvent virulent et une volonté de mise en mouvement de l'image.
Sous les feux de la rampe, la critique et l'ironie décapent. Pastiches 'Disney' d'Erró, femmes-objets signées Klasen, attaques anti-franquistes d'Equipo Crónica… Les semblants d'anecdotes arborent une satire franchement grinçante. Pour que les choses soient bien claires, Eduardo Arroyo annonce la couleur dès 1964. Le programme est de "participer totalement au réel. C'est-à-dire accuser, dénoncer, clamer et ne pas fuir les sujets tabous tels que la sexualité ou la politique" (2). Malgré certaines discordes internes, le propos commun reste cohérent : jusqu'ici, tout va bien.
Sur les pavés, l'affichage
Henri Cueco, Marx Freud Mao, 1969 - 1970 (c) Adagp, Paris 2008 Mais la situation se corse lorsqu'éclate Mai 68. Idéologie socialiste voire communiste, rejet de l'hégémonie bourgeoise, désir de recommencement radical : pas de doute, l'esprit de la Figuration narrative est éminemment "soixante-huitard". Un utopisme partagé que confirment les actions collectives entreprises par ses représentants dès le début des années 1960, dont le clou reste incontestablement le 'Havana Mural' de 1967. Adami, Arroyo, Aillaud, Erró, Monory, Recalcati et Rancillac, sur invitation du gouvernement castriste, apportent leur touche anonyme à la fameuse fresque dédiée au Lider sacralisé. Autant de prémices dont le caractère ouvertement politique promet un engagement univoque dans les "événements". Mais la réalité sera moins lisse. Car si ce mouvement figuratif arrimé à son contexte socio-politique trouve effectivement un point d'ancrage sans précédent dans la dynamique révolutionnaire, Mai 68 éveille par la même occasion des passions contradictoires, soulignant les différences au sein d'un groupe d'artistes réunis avant tout par un projet plastique. Deux camps se forment dès lors pour mieux se dévisager au travers du lorgnon idéologique.
"Soixante-huitards révoltés", "maoïstes", "fascistes"… (4). C'est à une poignée de ses peintres que la Figuration narrative doit ces étiquettes les plus sulfureuses. Arroyo, Recalcati, Aillaud, Cueco voire Fromanger ; leur destin sera étroitement lié à celui de la Jeune Peinture, collectif d'extrême gauche créé en 1953 dans le but de défendre les "intérêts moraux et matériels des jeunes peintres". Ces militants affirmés perçoivent la peinture comme un instrument de lutte politique ; instrument qu'ils déploieront allègrement à travers la ville dès le premier coup de pavé. Claquant la porte de l'atelier le 12 mai, ils assiègent l'Ecole des beaux-arts dans le cadre d'un "Atelier Populaire" improvisé. 87 affiches propagandistes sont réalisées en quelques jours : la révolution picturale bat son plein. Ce seront les mêmes qui, aux côtés d'autres représentants de la nouvelle figuration engagée, présenteront leurs grands formats virulents sur "la guerre du peuple" à la Salle rouge pour le Vietnam, exposée au musée d'Art moderne de la ville de Paris en 1969. Quelques-uns des 400 coups d'une génération désenchantée, dont l'apogée coïncidera avec le fiasco de la coopérative des Malassis : en 1972, Cueco, Fleury, Latil, Parré, Tisserand, Zeimert boycottent l'exposition '60-72 – douze ans d'art contemporain en France', organisée par Georges Pompidou, en décrochant publiquement leur colossal 'Grand méchoui'. Soit un ultime pied de nez au pouvoir.
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