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La collection des Liechtenstein, de l'art en Bard !

Par Maxime Rovere - Le 18/01/2012

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La collection des Liechtenstein, de l'art en Bard !

Entre Chamonix et Turin, un immense fort du val d’Aoste s’est reconverti en centre culturel. Là, sur le promontoire vertigineux de Bard, une grande exposition rassemble jusqu’au 31 mai 2012 quatre-vingt chefs d’œuvre de la collection du Prince de Liechtenstein. Un choc esthétique accessible depuis les stations qui s’égrènent autour du Mont-Blanc – parfait complément d’art aux joies du ski.

Le lieu est encore peu connu en France, bien qu’il soit proche de la frontière. Napoléon, s’étant heurté au fort de Bard en 1800 (on peut encore voir les impacts de balle sur certaines façades du bourg) voulut le détruire ; il fallut attendre deux siècles, pas moins de 50 millions d’euros de travaux et l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver à Turin, pour que cette place stratégique se réveille en 2006, métamorphosée en centre culturel. À présent, les plus grandes collections souhaitent s’y exposer : après les œuvres de Miro prêtées par la Fondation Maeght en 2011, c’est au tour du prince du Liechtenstein d’y montrer les trésors de sa collection de peintures. Surprise ! Ce qui aurait pu être une exposition patrimoniale classique devient ici un pur enchantement. Serait-ce l’air des montagnes ?

Le fort sans failles

Guido Reni (1575-1642)Saint Jean l’Evangéliste lisant, Guido Reni (1575-1642)Sans doute l’aspect du fort lui-même n’y est-il pas pour rien. Pas moins de trois funiculaires successifs, d’où la vue est à couper le souffle sur la vallée d’Aoste, sont nécessaires avant d’accéder aux bâtiments supérieurs où ont lieu les expositions. Là, l’atmosphère confortable d’un intérieur intelligemment rénové fait contraste avec l’éperon rocheux qui veille sur la vallée. Au sol des salles, les vieilles pierres usées donnent aux volumes, fragmentés en modules relativement petits, une solennité ancienne, austère, profonde. On ne déambule pas tout à fait ici comme ailleurs – chaque pas semble compter. En ce sens, le fort de Bard redonne corps à ce qu’il faut bien appeler l’expérience de l’art : pas seulement des tableaux qu’on vous met sous le nez, mais un chemin qui vous mène à travers la nature, sur des lieux d’histoire, dans des bâtiments invraisemblables où le génie et le calcul des hommes ont rassemblé ce qu’ils ont de plus précieux : une sorte de dispositif optique où tout est plus dense, plus intense, au point que l’on repart en portant sur le reste (la nature, l’histoire et les hommes, donc) un regard neuf et bienveillant. Voilà ce qu’on désigne par « expo de peinture au fort de Bard ».

Collection de collectionneurs

Pierre Paul Rubens (1577-1640)Mars et Rhéa Silvia, Pierre Paul Rubens (1577-1640)En montrant le meilleur de l’immense collection des princes du Liechtenstein, le directeur Gabriele Accornero a fait le pari de l’excellence. D’une certaine manière, la collection princière a l’aspect d’un miroir à facettes : tout se passe comme si la dynastie s’était livrée, au long de sept générations, à une sorte d’autoportrait de famille parmi les chefs d’œuvre européens. Si l’on a oublié où la principauté se situe, il suffit de tracer les trois angles des goûts artistiques des princes – peinture flamande, allemande et italienne – : le Liechtenstein se trouve, comme par hasard, au centre du triangle. Certes, par leur exceptionnelle qualité, les tableaux valent par eux-mêmes. Parfois, ils jaillissent avec évidence, à l’image de la toile mystérieuse et théâtrale de Hayez, où deux jeunes femmes complotent ensemble un plan de vengeance, ou comme l’immense tableau de Jordeans et Snyders, « Les dons de la mer », où chairs humaines et corps luisants se mêlent, ou enfin, comme « Le triomphe de la mort », grande danse macabre de Jan Brueghel le Jeune, effrayante et comique. Certaines salles constituent des ensembles : ce sont les variations de Peter Paul Rubens autour d’un même thème (Mars et Rhéa Silvia), qu’il décline en plusieurs toiles et en une tapisserie, ou encore, un peu plus loin, plusieurs figures recueillies ou lisant. Une Vierge de Pasinelli, une Catherine de Marinari, puis un saint Jean-Baptiste de Guido Reni s’alignent sur un même mur, devant lequel on parle en chuchotant.
De cette manière, le fort de Bard achève de s’affirmer comme un lieu au rayonnement international. Avec une exposition Chagall prévue pour cet été, il pourrait devenir l’exemple d’une belle réussite dans la manière dont la culture investit les zones industrielles sinistrées, pour leur donner un nouvel essor.

Exposition « Les Trésors du Prince. Rubens, Brueghel, Rembrandt, Cranach, Canaletto, Hayez… ». Fort de Bard, jusqu’au 31 mai 2012.

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