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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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50E ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE BRANCUSI L’esthétique de la simplicité
Thomas Yadan pour Evene.fr - Juin 2007 - Le 25/06/2007
Brancusi nous a quittés il y a 50 ans dans l’atmosphère survoltée de son atelier parisien. Atypique, son oeuvre a révolutionné le monde de l’art et plus particulièrement celui de la sculpture. Regards sur quelques productions symboliques.
“La simplicité n’est pas un but dans l’art, mais on arrive à la simplicité malgré soi en s’approchant du sens réel des choses”, notait Constantin Brancusi entre de multiples aphorismes. Celui-ci reflète à merveille l’ensemble des productions du sculpteur. La simplicité chez l’artiste peut être considérée comme un mouvement direct, esthétique et inconscient vers l’essentiel. Ainsi, son travail, progressivement, s’émancipera des formes traditionnelles pour devenir autonome, subjectif et novateur. L’objectif de Brancusi a été de relier les antagonismes, de dépasser les contradictions afin d’élaborer une oeuvre gracieuse, raffinée et significative.
Ainsi, plusieurs thématiques ressortent avec évidence de l’ensemble de son travail : la modernité, l’influence des cultures étrangères ou lointaines et les variations sur le thème de la féminité. Face à une production considérable, le choix des sculptures restera arbitraire mais exprimera, malgré tout, la singularité de l’artiste : la modernité.
Contre le “bifteck”, la pureté des lignes et la liberté de représentation : ‘La Muse endormie’
La Muse endormie (c) Hirshom - Artists Rights Society, New York / ADAGP, Paris “A quoi bon la pratique du modèle ? Elle n’aboutit qu’à sculpter des cadavres”, écrivait sévèrement Brancusi. Et paradoxalement, son oeuvre la plus célébrée reste vraisemblablement un portrait, celui de la baronne Renée Frachon, intitulé ‘La Muse endormie’. Mais à défaut d’une reproduction réaliste ou mimétique, le sculpteur roumain va inscrire son style et renouveler le genre. En effet, apprécié des spécialistes comme des profanes, probablement grâce à une esthétique simple qui jaillit instantanément, ‘La Muse endormie’ est l’expression même du génie artistique de Brancusi. Fidèle à un art du fragment et de l’inachèvement révélé par Auguste Rodin, la muse puise son originalité dans la suppression totale du corps et la disparition de l’identité du modèle. Subsiste une tête ovale, posée horizontalement et légèrement inclinée. De l’original en marbre aux tirages en bronze va s’insinuer tout le raffinement, la pureté des lignes et le refus absolu de ce que Brancusi détestait dans la tradition : l’apparence du “bifteck”, c’est-à-dire la reproduction objective, caricaturale et naturaliste des sentiments dans la contorsion des corps ou l’étirement excessif du visage. Ainsi, Brancusi pousse-t-il cette défragmentation à son paroxysme afin d’exalter la saveur de l’implicite et la quête de l’essentiel. Modernité dans la pratique et dépouillement de la reproduction, commence également une tentative de définition de la féminité.
L’hommage de Man Ray, avec ces deux têtes figées l’une à côté de l’autre l’instant d’une photographie exalte à merveille le style épuré et la précision de la démarche de Brancusi.
L’oeuvre intempestive : ‘La Princesse X’
Cette quête d’une réduction de la féminité sera constante. Quand Brancusi, en janvier 1920, présente au Salon des indépendants sa ‘Princesse X’, il pense avoir touché l’essence même de la femme en la transformant en sexe masculin afin de rappeler l’unité de l’être inscrit dans la symbolique androgyne. A l’imitation et au dénoté se substitue un art de l’abstraction et de l’essentiel. Malheureusement, intempestive et ambiguë, cette oeuvre subtile et exigeante va déclencher les hostilités du conformisme et de la bienséance au sein du salon, après que Matisse ou Picasso se sont écriés “Voilà un phallus”, créant le trouble et la gêne chez le président du jury Paul Signac. Privant l’oeuvre de sa symbolique et de ses signifiés artistiques, ce jugement sera suivi d’une mise à l’écart puis d’un retrait du salon sous l’ordre du préfet de police. Véritable scandale, cette décision va déclencher une contestation objectivée sous la forme d’une lettre publiée dans Le Journal du peuple et intitulée ‘Pour l’indépendance de l’art’. Signée par des personnalités telles que Cocteau, Picasso, Blaise Cendrars ou Marie Curie, ce scandale représentera avec évidence le statut particulier et la portée subversive et complexe de l’art face aux structures figées et aux moeurs réactionnaires de la société. Ce que Brancusi ne cessera jamais de représenter dans sa manière très personnelle de rendre le réel.
Qu’est-ce qu’une oeuvre d’art : ‘Les Oiseaux dans l’espace’
Autre exemple de divergences entre Brancusi et les canons artistiques des institutions, la fameuse controverse entre la douane américaine et l’oeuvre intitulée ‘Les Oiseaux dans l’espace’ (1931-1936). Symbolique d’une légèreté verticale et subtilement élancée, cet objet va être réduit à un simple morceau de métal qui ne pourra, selon les douanes profiter de l’exonération de taxes réservées aux oeuvres d’art. L’événement, loin d’être anecdotique, aboutira à un procès dont le sculpteur sortira vainqueur deux ans plus tard. Surtout, il pose la question inaltérable du statut de l’oeuvre d’art. Qu’est-ce qu’une oeuvre d’art ? Le figuratif est-il indispensable ? Comment juger la modernité ?
Poussant l’abstraction et la connotation à son paroxysme, ‘Les Oiseaux dans l’espace’ signifie, en effet, plus qu’il représente. Symbolique de cet imaginaire humain, de cette vexation ontologique de ne pouvoir voler, la série des oiseaux est la conséquence d’une insatiable phénoménologie artistique et d’une digression esthétique sur un sujet précis : le vol et les oiseaux (première version intitulée ‘La Maïastra’, réalisée en 1910-1912). “Mes oiseaux sont une série d’objets différents sur une recherche centrale qui reste la même”, revendiquait Brancusi. Il n’est dès lors pas étonnant que cette démarche personnelle et profonde aboutisse à une abstraction sublime et conceptuelle étrangère à l’ordre rigide de l’administration.
L’influence de l’art premier : ‘Le Baiser’
Brancusi s’est rapidement intéressé aux cultures étrangères (indiennes, bouddhistes) et lointaines (égyptiennes, grecques), aux variations esthétiques et aux nuances artistiques infinies du monde. De l’art asiatique aux arts premiers africains, toutes les productions avaient à ses yeux une valeur inestimable, sources intarissables de créations et de réflexions. Avec ‘Le Baiser’ (1907-1908), il exploitera au maximum les qualités spécifiques de cette forme d’expression. Rendre tout d’abord hommage au matériau aux dépens des formes. L’oeuvre se construira à partir des exigences et des prédispositions du matériau employé et non plus en fonction d’une idée antérieure consumant égoïstement la matière. Ainsi, d’un bloc de pierre sortira un couple en pleine effusion, renvoyant à la version platonicienne de l’amour fondée encore une fois sur l’unité androgyne du couple. Exploiter aussi la vivacité et l’intensité instinctive de ses oeuvres douées d’une représentation particulière du monde et d’une puissance créatrice inaltérée par l’artificiel pour tendre vers l’essentiel. Plusieurs tirages vont être effectués, mais celui posé au cimetière de Montparnasse profitera de sa symbolique puisqu’il sera dédié à la mémoire de l’histoire d’une jeune femme russe qui se donna la mort après un amour déchu avec un ami roumain de Brancusi. La force de l’artiste réside précisément dans cette capacité à relier la puissance de l’instinct, du sacré et de la vie avec une conception très occidentale, plus pathologique et psychologique de l’amour. La modernité artistique devient authentiquement universelle.
Une promenade dans la salle de sessions du musée du Louvre permettra un rapprochement explicite avec une sculpture nommée ‘Matowa’, esprit malveillant et androgyne à l’allure d’homme ou de femme, en fonction des circonstances, afin de séduire une victime isolée qui ne tardera pas à mourir d’une fièvre après l’acte d’amour. Une autre manière esthétique d’exorciser les vacillements conjugaux.
L’infinité des perspectives ou l’altérité en art : la ‘Léda’ en bronze
Brancusi aimait saisir l’essence des choses et cela paradoxalement dans la multitude des sensibles. Il s’amusait alors à provoquer les nuances et les perspectives aux yeux de l’observateur circonspect pour le pousser à déborder les évidences. L’influence dadaïste repoussant les limites de l’abstraction, la proximité avec Tristan Tzara, Erik Satie ou Francis Picabia l’aideront probablement à concrétiser cette démarche. Avec ‘Les Oiseaux dans l’espace’, le sculpteur réalisera une variation esthétique à partir d’un thème unique. Avec ‘Léda’ (1926), il atteint spontanément le paroxysme de cette vision quasi épistémologique provenant du mythologique. ‘Léda’ transcende le réel tout en le glorifiant. Jeu subtil de perspectives, cette représentation subjective de la féminité réincarnée en cygne, polie au maximum au point de se confondre avec un miroir, est posée sur un socle réalisant un mouvement circulaire. L’objet existant par lui-même finit également par refléter le monde et les personnes qui l’entourent. “Ce sont les regardeurs qui font le tableau”, pouvait alors déclarer son ami Marcel Duchamp. Ainsi, les nuances et les variations du réel s’objectivent dans l’instant. Le spectateur vivant en direct la facticité et la contingence du sensible découvrait progressivement les mensonges de la certitude sensible.
Cette réappropriation du multiple, ce renoncement à l’évidence du réalisme, cette quête insatiable vers l’essentiel, vers une forme absolument juste ont été les enjeux de Brancusi. Bercé par les courants artistiques des plus rationnels aux plus novateurs, il restera le symbole, non pas d’une synthèse ou d’un “entre”, mais d’un bond prodigieux vers une modernité totalement novatrice. Quand une main caressa avec autant de volupté la matière, quand un esprit exalta avec autant de grâce l’obscurité des essences, quand un geste exprima avec autant de pureté la présence des lignes et les absences de superflu, il devint dès lors possible d’exprimer la modernité comme une esthétique de la simplicité.
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