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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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INTERVIEW DE CLAIRE WILCOX Glamorama
Caroline Bousbib pour Evene.fr - Septembre 2007 - Le 24/09/2007
Glamorama intégral jusqu’au 20 janvier 2008, l’exposition ‘The Golden Age of Couture, Paris and London 1947-1957’ au Victoria and Albert Museum de Londres ravive la flamme d’une décennie débordante de luxe et de fantaisie. De l’or pur.
New Look, nouvelle vie. Qu’ils se soient appelés Cristobal Balenciaga ou Jacques Fath, Hardy Amies ou Victor Stiebel, de l’histoire à la mode, inoubliables sont les talents qui permirent le passage de témoin propre à distancer le cauchemar de 39-45. Au printemps de l’élégance, ce n’est pas un hasard si Corolle, la première collection présentée par Christian Dior tout juste deux ans après la fin de la guerre, évoquait l’épanouissement d’une fleur, à l’image d’une couture prête à faire son grand retour sur les bords de Seine comme sur les rives brumeuses de la Tamise. Héritier d’une longue tradition, le climat d’admiration et de compétition amicale entre les créations françaises et britanniques durant cette saison magique nous est restitué en détail au Victoria and Albert Museum. En experte, Claire Wilcox, commissaire de l’exposition et conservatrice du département mode de la vénérable institution, déshabille les dessus et les dessous de cette vague toujours aussi rafraîchissante et inspiratrice que fut le New Look.
Combien de temps a-t-il fallu pour que cette exposition devienne une réalité ?
Cela a nécessité trois ans de recherche et de restauration, de préparation des robes pour les rendre “présentables”. Plus de 95 % des modèles dans cette exposition proviennent des réserves du Victoria and Albert Museum. Nous avons travaillé très dur pour qu’ils retrouvent leur lustre d’antan, comme s’ils venaient de sortir tout droit de l’atelier.
En quoi la mode de cette décennie (1947-1957) a-t-elle été une révolution ?
Photograph by Cecil Beaton, (C) Cecil Beaton Archive, Sotheby’s Il faut rappeler que cette période suivait directement la Seconde Guerre mondiale. Ce New Look était à proprement parler une nouveauté formelle, quelque chose de complètement différent par rapport à ce qui s’était fait en mode auparavant, tellement plus féminin et romantique. D’autre part, cette décennie a marqué le début de la mode en tant que puissance commerciale lourde.
Vivienne Westwood a déclaré que la haute couture était le produit d’une discussion permanente et historique entre la Grande-Bretagne et la France. Cette exposition en est la preuve même, Christian Dior était d’ailleurs un anglomane invétéré. Pourriez-vous nous retracer les grandes étapes de cette relation passionnée ?
Il est toujours captivant de s’en référer aux chassés-croisés de l’histoire de la mode, en particulier lorsqu’il s’agit des différences et des similitudes entre les couturiers de Londres et de Paris. A ce titre beaucoup de couturiers anglais venaient dans la capitale française pour trouver l’inspiration, tandis qu’à Paris on admirait la tradition du “tailoring” anglais. Il y avait aussi un échange s’agissant de l’utilisation des tissus : les couturiers français se fournissaient en textiles fabriqués en Grande-Bretagne comme le tweed, les belles laines ou les tartans, alors que les couturiers d’outre-Manche achetaient des soieries de Lyon en quantité.
Anniversaire oblige, l’exposition réserve une place d’honneur à Christian Dior. Pensez-vous qu’en l’absence de cette figure, la couture française voire mondiale n’aurait pas trouvé une si belle renaissance après la Seconde Guerre ?
Fashion Shot by Cecil Beaton,(C) Cecil Beaton Archive, Sotheby's Dans la mesure où l’on ne manquait pas de merveilleux créateurs dans les années 1950, je pense que la mode aurait probablement débouché sur le New Look avec ou sans Christian Dior. Toutefois, Dior a permis de rassembler toutes les pièces du puzzle en une seule collection (sa toute première en février 1947) qui a résolument changé la face de la mode à tout jamais.
En Angleterre comme aux Etats-Unis, le New Look de Christian Dior a trouvé un succès à la hauteur du scandale provoqué par cette débauche de luxe. Cet écart d’appréhension était-il dû à un ressentiment matériel ou plus profondément idéologique ?
Ce qu’il y a d’intéressant dans le New Look, c’est que cette vague reflète absolument les changements de société, les variations d’humeurs de l’époque. En 1947, tout le monde souhaitait oublier la guerre, il y avait une sorte de précipitation à vouloir passer à quelque chose de plus léger. Et dans ce mouvement la mode est venue concentrer les attentes de toute une génération.
Venons-en aux protagonistes de cette exposition : les créateurs. A cette époque, existait-il une concurrence entre les couturiers français et britanniques ? Y a-t-il eu un vainqueur ?
Je dois avouer que Londres n’était pas en mesure de concurrencer Paris en matière de mode. Le style de Londres consistait en une mode portable, rationnelle. A Paris, les clientes venaient commander des robes de bal somptueuses. Quand elles venaient en Angleterre elles recherchaient la tradition de coupe britannique, une valeur sûre pour la qualité des textiles, des vêtements classiques.
En tout cas, le soir venu, la famille royale et la gent aristocratique n’ont jamais caché leur préférence pour les robes de bal de Christian Dior. D’où venait ce penchant ?
C’était surtout la princesse Margaret qui raffolait des créations de Christian Dior et qui plus généralement adorait la couture française. Quant à la reine, elle était dans l’obligation d’encourager les créateurs de son pays et de montrer l’exemple en arborant des tenues de jour plus “économiques” (à titre indicatif, le tissu fut strictement rationné en Angleterre jusqu’en 1949).
Dans cette aventure, quel rôle ont joué les photographes de mode et les mannequins ?
Les années 1950 ont marqué l’ascension des mannequins comme personnalités publiques, ainsi que pour les stars montantes de la photographie d’alors. Il n’y a qu’à voir les clichés de Suzy Parker pris par Richard Avedon, ou ceux saisis in situ dans les rues de Paris, dans le Marais. On sort du contexte classique du studio, c’est une petite révolution dans la forme qui a permis de changer durablement l’image de mode dans les magazines.
Ces derniers temps la relève revendique souvent l’influence des années 1950 dans leurs créations, selon vous qu’en est-il ?
D’une certaine manière la mode des années 1950 était plus simple, totalement dédiée à la plus haute des sophistications et tout ce qui pouvait en découler, notamment des coupes et des silhouettes très marquées. Je pense que c’est cette “spécificité” immédiatement reconnaissable qui plaît tant aux couturiers d’aujourd’hui, un besoin de se distinguer qu’ils veulent reprendre à leur compte.
Pour finir, qu’en est-il du Zemire, ce modèle mythique signé Dior qu’on croyait perdu ? Comment l’avez-vous retrouvé et quelle est sa place dans l’exposition ?
Nous avons trouvé le Zemire (1954) dans une maison de vente à Paris l’année dernière. Comme il avait séjourné quelques dizaines d’années dans une cave, il était vraiment en mauvais état mais j’avais la conviction que c’était le “chef-d’oeuvre perdu”. Nous l’avons totalement restauré de telle sorte que le modèle retrouve sa superbe couleur d’origine, et aujourd’hui il nous est présenté tel qu’on aurait pu l’admirer l’année de sa naissance, et constitue à coup sûr une pièce exceptionnelle au sein de cette exposition.
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