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Evol, un artiste à Blocks

Propos recueillis à Londres par Frédéric Bassedef - Le 08/12/2011

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Evol, un artiste à Blocks

L’artiste berlinois expose à Londres les pochoirs d’immeubles est-allemands, ceux qu’il a coutume de coller sur le mobilier urbain de sa ville. Vingt ans après la chute du Mur et des dernières illusions du communisme, rencontre avec Evol qui revendique une démarche subversive et ludique.

« L’art n’imite pas le visible, il rend visible.» Cette belle définition de Paul Klee confirme qu’Evol n’est pas un street-artist, mais un artiste tout court. Ce peintre et plasticien allemand s’est fait connaître grâce à sa série des « Blocks » : des pochoirs, d’après des photos de façades d'immeubles, qu’il réduit et colle sur le mobilier urbain de Berlin Est. Une ville dans la ville qui transcende un urbanisme gris, vestige de « l'avant Mur ». Une réflexion politique et esthétique - à base de béton, métal, carton, peinture et « saleté » comme il aime à définir ses textures - sur le paysage de la métropole allemande et sur la façon dont ses habitants y vivent. Rencontre à Londres en plein montage de son exposition à la Galerie Pow, la même que Banksy.

Comment avez-vous eu l’idée du projet "Blocks" ?

J’aime flâner à la recherche de lieux à investir et m’imprégner de ce qui s’y passe. Pas seulement les interventions conscientes, mais aussi les traces involontaires laissées par les habitants. Je me demandais donc constamment quoi faire avec ces boîtes électriques, qui sont partout, dans chaque ville, chaque pays, comme un standard mondial. Et j’étais tellement fauché à cette époque que j’ai été dû pousser la porte d’un Pôle emploi. Le plus proche de chez moi était situé au cœur de l’un de ces gigantesques complexes immobiliers. La situation était déjà assez déprimante en soi, mais cela a été une claque supplémentaire, architecturale cette fois. Même si ce type de construction à moindre coût n’est pas une invention de l’ancienne RDA, ces blocs d’appartements sont encore un symbole du régime communiste. À cause du grave manque d’espaces habitables après la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement a lancé un ambitieux projet immobilier pour créer des appartements abordables pour les ouvriers.

Pourquoi avoir choisi de photographier ces immeubles pour en faire des pochoirs ?

Contrairement aux maisons de centres-villes qui tombaient en ruine, ces projets étaient la promesse du rêve socialiste enfin exaucé, car ils offraient une meilleure qualité de vie à chacun. Mais, en dehors du fait que le gouvernement n’avait plus d’argent, le rêve a tourné au cauchemar « (dys)fonctionnel ». Pas seulement dans les villes de l’Est, mais partout on trouve ces « containers », posés bien loin du centre ville, pour que ni les touristes ni les urbanistes ne les voient. Pour moi, ce sont des symboles de l’erreur humaine et d’une société de classe. J’ai donc pris quelques photos des façades et j’en ai fait des pochoirs pour les ramener au cœur de la cité.

Que voulez vous éveiller chez le spectateur ? Quelles réactions provoquent vos réalisations ?

Ce que je viens de dire n’est peut être que mon opinion personnelle. Généralement, je ne cherche pas à provoquer quoi que ce soit chez le spectateur. Je n’ai jamais aimé qu’on me dise quoi dire ou faire. Si j’ai attiré l’attention des gens avec un objet que personne ne regardait avant, je les ai peut-être rendus un peu plus conscients de leur environnement. Et il y a bien sûr un côté ludique à miniaturiser. Je suis ravi de voir les gens réagir en dessinant des drapeaux aux fenêtres, des petits graffitis ou en personnalisant mes œuvres avec leurs personnages à eux. Quand je vois mes œuvres abîmées, je me dis que j’ai été irrespectueux et que j’ai marché sur les plates-bandes du street artist local…

Vous considérez-vous comme un street-artist ?

Non. En fait, je n’aime pas ces termes réducteurs. Je suis juste un artiste qui aime autant utiliser un lieu public que de travailler dans un studio. Chaque méthode offre certains avantages que l’autre ne fournit pas.
J'aime confronter ces productions aux lieux et aux gens
qui y vivent. Le commerce omniprésent est abrutissant, tout comme l’absence de présence humaine dans le paysage urbain.

Vous travaillez sur plusieurs supports, quel est celui que vous préférez ?

J’apprécie la spécificité de chaque matériau, j’aime jouer avec leurs caractéristiques propres. Mais si vous me demandez mon préféré, je dirai la saleté. Et le temps. Mais là ça en fait deux.

Quel est votre rapport au commerce dans l'art ?

Dans un monde idéal, les gens devraient faire ce qu’ils font le mieux et être correctement rétribué pour cela. Qu’on soit cordonnier ou artiste (si tant est qu’on puisse être un meilleur artiste qu’un cordonnier). Ensuite, c’est aux gens de décider combien ils apprécient votre travail. Ce n’est pas moi qui ai décidé qu’une paire de chaussures vaut des millions de livres mais peut-être que certaines personnes grimpent mieux aux murs avec celles-ci…

 

Evol, jusqu’au 23 décembre à la Galerie Pow - 46-48 Commercial Street, London E1

Merci à Valentin Portier pour la traduction et à Fréderic de bassedef.com.

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