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Au service des publicsINTERVIEW FABRICE HERGOTT
L’espace d’exposition du musée d’Art moderne est compliqué, comment l’avez-vous appréhendé ? C'est un des plus beaux lieux de Paris qui contient à la fois de grands espaces très nobles et d’autres plus compliqués, le tout permettant de nombreuses combinaisons entre les présentations des collections et des expositions. La présentation de deux expositions temporaires est donc dictée par l'architecture, qui divise l'espace en plusieurs plateaux. J'aimerais toutefois arriver à donner plus de mobilité entre les différents niveaux. Quelle ambition nourrissez-vous pour ce musée ? L'ambition que j'ai pour ce musée est qu'il reste une référence mondiale et que, par ailleurs, il soit vraiment très vivant, très dynamique, avec des choix d'expositions très grandes. Cela passe-t-il par une démarche propre au musée ou par la coopération des musées parisiens dans leur ensemble ? Je pense que le musée rayonnera d'autant plus que les musées parisiens seront plus forts. Il y a, à l'heure actuelle, une grande activité culturelle à Paris et il est important d’entretenir une certaine complicité avec les autres institutions. Il s’agit, à terme, de redonner à Paris ce statut de grande ville artistique en matière d'art moderne et contemporain. Je voudrais, avec mes collègues d'autres musées faire en sorte que les artistes, les collectionneurs puissent avoir réellement un grand intérêt et un grand plaisir d'être à Paris. Dans cette perspective, une volonté de proposer des créations originales d'expositions ou des reprises ? Aussi bien des reprises que des créations d'exposition car il faut inscrire notre programmation dans un circuit international et, parallèlement, réaliser des expositions ambitieuses qui revisitent les principaux mouvements de l'art moderne. La programmation est un exercice compliqué, le principal est d’arriver à faire en sorte que ce soit attractif. La nationalité des artistes présentés intervient-elle dans cette programmation ?
Avez-vous encore le temps de découvrir des artistes ? Oui, bien sûr, il est impossible de faire ce métier sans être en permanence dans un état de découverte et de recherche, de remise en cause même de ce que l'on sait et je suis sans arrêt à la recherche de nouveaux artistes, de nouvelles oeuvres, à reconsidérer mon point de vue sur des artistes que je n'aurais pas assez vu ou mal vu. Tout cela fait partie du métier ; l'art contemporain n’amène que peu de certitudes, on est sans arrêt dans l'interrogation. Vous sentez-vous défricheur de nouveaux talents ? C'est un peu prétentieux de dire qu'on peut dénicher de nouveaux talents, mais en tout cas je crois que c'est essentiel d'avoir un regard attentif sur ce que font les collectionneurs et les artistes. Et d'avoir la possibilité de les écouter. Finalement, s'occuper d'un musée c'est faire part d’une vision et, parallèlement, avoir une capacité d'écoute, de regard. Un musée avance en se posant des questions sur ce qu'est l'art d'aujourd'hui et l'art du passé. Vous concentrez-vous sur les jeunes publics ? Nous essayons de présenter des artistes et des oeuvres qui puissent toucher un public plus jeune. De même, nous souhaitons les accompagner dans les expositions et dans les collections, créer un dynamisme plus profond qui donne envie au public jeune de rencontrer l'histoire de l'art moderne et de l'art contemporain. Il s’agit donc de s'accorder à ce fait que ce public est aujourd'hui très informé, très intelligent et qui, je crois, s'intéresse à ce qui est vivant et nouveau. Cela s’intègre à notre volonté de ne pas limiter notre regard au domaine strictement contemporain mais de l’élargir à l’art en général.
Comment définiriez-vous le terme même de "culture" ? Je pense que la culture est quelque chose qui nous permet de mieux vivre, c'est un élément d'enrichissement indispensable dans la vie de tout le monde parce que c'est ce qui nous donne les outils pour, fondamentalement, débrouiller une situation difficile dans l'existence. Qu'elle soit personnelle, intime ou publique, la culture est vraiment quelque chose qui développe nos capacités d'attention, de réaction et décuple notre intelligence dans toutes les situations de la vie. De ce fait c'est absolument fondamental. Cela doit nécessairement être un service public parce qu'il s'agit vraiment d'un apport à la vie quotidienne de chacun ; la culture permet de prendre une distance avec toute forme de régime politique qui essaierait de vous asséner une vérité unique. Que penser du rapprochement entre l’éducation et la culture ? C'est la même chose. Je pense que la culture est un élément fondamental de l'éducation et c'est aussi ce qui, dans l'éducation, est vraiment de l'ordre du plaisir. La culture c'est en quelque sorte le plaisir de vivre, c'est l'appréciation du plaisir de vivre. De ce point de vue-là, c'est absolument indispensable, c'est-à-dire que l'on vit beaucoup mieux, que l'on est plus heureux en ayant un peu de culture. La culture c'est en fait ce qui vous permet de vous sortir de l'état végétatif. Une impasse de la culture dans le débat présidentiel ?
Vous voyez une raison à cette absence ? Peut-être que l'on considère que ça va de soi ? Peut-être a-t-on le sentiment que la culture est élitiste alors que c'est justement quelque chose d’universel, de démocratique ? Or, la culture ne se limite pas à la musique classique ou aux auteurs du XVIIe siècle, elle est protéiforme et extrêmement large. Et je crois que l'offre culturelle doit être à la mesure de l’explosion de champs culturels qui caractérise ces dernières décennies. Dans quelle mesure l’Etat doit-il s’impliquer ? Le plus loin possible en soutenant très fortement les institutions qui ont une mission de service public. Garantir par exemple l'accès au plus bas prix possible, à disposition du plus grand public, des objets, des oeuvres de la plus haute qualité, je crois que c'est vraiment la mission de l'Etat. Car s’il est le garant du bon fonctionnement de la société, il est aussi le garant de la neutralité, d’une ouverture à la culture qui ne soit pas dictée par une visée commerciale. Sentez-vous un frémissement dans cette campagne ?
Comment appréhendez-vous le changement de gouvernement ? Aussi longtemps qu'un musée est considéré comme un service public, que les élus sont derrière ce service public, je ne vois pas en quoi cela pourrait changer, je pense que j'essaie de faire en sorte que le service public soit le plus possible un service pour le plus grand public, et les différentes sensibilités politiques ne peuvent altérer cette détermination. Malgré l’absence de figures tutélaires, ressentez-vous encore une certaine inspiration au niveau culturel ? Il y a toujours besoin d'avoir des personnalités très fortes, c'est indispensable. Je crois que le souffle existe de manière peut-être un petit peu plus diffuse, mais la situation n'est pas la même ; beaucoup de gens prennent encore des positions en matière de politique culturelle. Il y a toujours en France de grands écrivains, de grands philosophes, de grands artistes mais c'est vrai qu'il n'y a pas de figure qui sorte véritablement du lot. Une idée de l’avenir de la culture ? On a toutefois le sentiment aujourd'hui en France, d'un développement souterrain, d'une très grande activité culturelle qui n'est pas assez visible mais pourtant très présente, notamment à Paris, qui reste une ville avec un bouillonnement énorme, et cette ébullition va sans doute continuer jusqu’à produire quelque chose d'absolument fabuleux et d'important. On est dans une sorte de frémissement actuellement, de plus en plus intense. Sans doute les choses vont atteindre un point de rupture d'ici quelques années qui fera que la situation en France sera extraordinairement intéressante, même si ce n'est pas incarné par une personne. Mais quand on agit, quand on pense, il y a toujours des gens, des figures qui sortent, qui sont peut-être là et que l'on ne voit pas encore assez. Guillaume Benoit pour Evene.fr - Avril 2007
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