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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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INTERVIEW DE GEORGES ROUSSE Photographe de l'invisible
Propos recueillis par Mathieu Menossi pour Evene.fr - Mai 2008 - Le 28/05/2008
De la création, Georges Rousse en a fait son mode d'existence. Exposé à la Maison européenne de la photographie à Paris jusqu'au 8 juin à l'occasion d'une rétrospective, Georges Rousse fait de la photographie le moyen le plus approprié pour traduire le vide en "sensations visuelles".
Architecture, peinture, sculpture, et finalement photographie. Georges Rousse entremêle les expressions artistiques, les articule les unes aux autres, en-dehors de tout cloisonnement. Et par ses figures, ses formes, ses couleurs, il révèle tout le dynamisme et la vitalité contenus dans des espaces que l'on croyait "morts" ou éventrés. Eternel voyageur, artiste total, il investit ces espaces à l'utilité dépassée et à l'humanité passée. Il en décortique la moindre ligne, la moindre courbe. Archéologue de l'invisible, il bouscule et transforme les perspectives pour revitaliser le vide, lui transmettre une nouvelle dynamique. Une façon de nous forcer à "voir" les choses. D'éveiller ou de réveiller une mémoire des lieux, une histoire collective, une conscience politique. Toujours dans une volonté d'apprendre et de transmettre. A l'inverse d'un art photographique qui consisterait à représenter le monde tel qu'il est, il impose ses propres conceptions des volumes, des couleurs et de lumière. Une oeuvre en mouvement perpétuel, loin de toute démarche conceptuelle.
Qu'est-ce qui vous a mené à tisser ces liens entre l'architecture, la peinture et la photographie ?
J'ai commencé par la photographie, à la fois pour gagner ma vie et pour essayer de développer ma propre démarche. Mes références étaient les grands maîtres américains de la photo de paysages, d'architecture. Puis j'ai souhaité intervenir sur l'espace photographique proprement dit. Non pas sur l'image mais sur la réalité directement. J'ai donc commencé à peindre des personnages sur les murs. Comme une projection de mes rêves. Et dès mes premiers clichés, j'ai senti qu'il y avait une relation forte entre l'espace et la peinture qui transparaissait à travers la photographie. Elle sublime le lieu. Elle écarte les éléments les plus désagréables. Les odeurs nauséabondes, la misère, les rats qui grouillent. On a donc un espace qui est finalement dans sa séduction la plus totale. Une séduction que l'installation tend d'ailleurs à augmenter. Ma photographie essaie donc de donner le mieux de l'architecture à un moment donné. Et tout ce qui est de l'ordre du vécu, du quotidien, de l'humain disparaît.
Pendant cette époque figurative, Vous disiez aimer la peinture parce qu'elle vous permettait de "repousser la photographie".
Dans mon travail, la photo et l'histoire de l'art ont une connexion forte. La peinture, notamment, permet de créer des glacis, des transparences, des matières. Alors que les rendus de la photo sont parfaitement lisses et inodores. Il y a des tas de subtilités de la réalité qu'elle ne parvient pas à restituer. J'étais alors tellement perturbé par la peinture qu'elle me paraissait bien "supérieure" à la photographie quant à ses possibilités d'utilisation. Mais tout cela ne fut qu'une phase. J'ai ensuite réalisé que c'est la combinaison de la peinture, de l'action sur l'architecture et de la photographie qui était mon véritable espace d'expression.
Comment abordez-vous chaque nouvel espace ?
Quand je découvre un lieu, il y a rapidement des lignes qui m'apparaissent évidentes et qui vont conditionner le projet que je vais réaliser. Dans ce cas-là, les éléments s'imposent à moi. Mais il m'arrive également d'appliquer à un même espace des créations différentes de façon à le faire évoluer. Ou au contraire, chercher à saisir dans quelle mesure une même installation peut agir sur une série de lieux différents. Comme une façon d'évaluer les différents rapports de forces qu'impose un espace donné. Les lieux ne m'appartiennent pas. J'en suis peut-être simplement le dernier occupant. Aujourd'hui, moderniser signifie souvent "détruire pour reconstruire". Je ne suis pas d'accord avec cette vision des choses. En sublimant ces espaces, je veux démontrer qu'il est toujours possible de les restaurer, de les transformer vers un ailleurs, de prolonger leur vie. Et plus encore, de leur redonner une autre dynamique.
Peut-on y voir une certaine forme de résistance, un refus de la destruction et de la disparition ? Une forme d'engagement, finalement…
J'ai parfois du mal à comprendre la démolition de tous ces espaces. J'essaie de faire parler la photo au-delà de la couleur ou de la forme. Je réagis, à travers la photographie, à tout ce qui est politique, social ou culturel. C'est mon mode de protestation. Au Japon, par exemple, dans une maison qui appartenait à la famille impériale, j'ai dessiné le plan de la ville d'Hiroshima en 1940. Entre mémoire de l'histoire et protestation contre le nucléaire. En Espagne, à l'institut Koldo Mitxelena, j'ai reproduit le plan de Guernica sur lequel on pouvait voir l'impact des bombes lâchées sur la ville en 1937. Il s'agissait de la première action militaire directement orientée contre des civils. J'ai effectué ce travail alors que l'armée américaine venait d'envahir l'Irak pour la seconde fois.
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