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GALERIE RX : EXPOSITION LEE BAE Le pinceau clair

Jean-Baptiste Touja pour Evene.fr - Avril 2006 - Le 10/04/2006

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GALERIE RX : EXPOSITION LEE BAE

La galerie RX à Paris expose du 23 mars au 29 avril 2006 les dernières réalisations du peintre coréen Lee Bae : installé à Paris depuis de nombreuses années, son travail singulier à partir du charbon de bois et inspiré par la calligraphie est ici présenté à travers ses oeuvres les plus récentes.

Alors que toute image pourrait relever du portrait en ce sens qu'elle tire, qu'elle extrait quelque chose, Lee Bae lui, a d'abord travaillé avec le charbon de bois à l'état brut pour à présent l'incorporer à sa peinture et la figer dans cet instant, non dans celui où elle excède la toile mais plutôt dans celui de l'avant : l'avant de son absorption par sa surface. Cette suspension est celle de la dynamique : d'abord du trait de l'image, son tracé, sa forme, et aussi sa force (intime). Alors l'image ne représente pas cette force : elle en est la présence. Une présence du sacré, non celui du religieux ce qui n'est pas à confondre, mais bien celui de la séparation de la surface : celle peinte et celle à peindre. L'identité de l'image, son rapport à l'intériorité et à l'extériorité est ici questionné : est-elle ici (), ou bien ailleurs (l'au) ?

Dès lors, dans l'apparition du noir, la mise à l'écart de la couleur blanche devient le lieu du distinct. La forme noire détourne le regard, le détourne et le distrait de la surface blanche pour mieux la révéler. Cette surface noire se distingue de la blanche : elle s'en détache doublement, dans son rapport à la tache et à l'identité. A travers ce dialogue, cette correspondance du noir et du blanc, entre le noir et le blanc, c'est son devenir image que Lee Bae met en présence, c'est-à-dire une mise en avant, une mise en identité, une mise en sujet, juste avant son retrait : une autonomie, une présence. Le lieu de l'arrêt, l'indice du mouvement caractérisent ce travail.

Lee Bae, dont les dernières réalisations sont exposées à la galerie RX, et dont il a déterminé l'accrochage, répond ici à quelques questions sur son travail, l'occasion de découvrir un artiste dont le regard traduit l'importance du dialogue, comme une béance du possible, et dont le geste réunit à la fois le peindre et l'écrire, et pour lequel "le blanc est un nid et un vide de couleurs".

Qu'avez-vous retenu de votre formation artistique à Séoul ?

J'ai commencé à étudier dès l'âge de 15 ans, avec un professeur privé : il m'a donné beaucoup de cours de calligraphie. C'est un cours exceptionnel, très précis, et il y a de nombreuses façons d'expliquer le texte. J'ai ensuite intégré l'école des beaux-arts à Séoul en 1975.

Est-ce là que vous avez rencontré Lee U Fan ? (son maître, NDLR)

Il n'était pas professeur de mon université, mais il enseignait au Japon et il donnait souvent des conférences en Corée. J'ai beaucoup été influencé par son esprit, et sa philosophie de l'art.

Quand vous êtes-vous établi à Paris ?

Je suis arrivé en février 1990, et Lee U Fan y était déjà installé. Nous nous sommes rencontrés à de nombreuses reprises, avons discuté de la culture occidentale, des différences d'esprit entre l'art français et coréen, nous avions de nombreux sujets de discussion !

Justement, y a-t-il des différences de regard sur votre travail en France et en Corée ?

Oui c'est vrai. Pour moi c'est une motivation que de travailler en France, et je voudrais montrer un état d'esprit de la culture coréenne, et que je suis un artiste qui a sa propre culture. Même si je travaille en France je ne peux devenir français, et ma façon de travailler vient de ma culture coréenne. Et quand je retourne en Corée, je ne veux pas travailler avec cette culture originelle, je voudrais montrer une manière d'analyser notre culture à travers mon expérience en Europe. Mais ce n'est pas la culture qui contient tout, c'est une certaine façon de travailler et de regarder l'art contemporain avec une autre culture, c'est le but de ma démarche !

Au début de votre travail, sous quelle forme apparaissait cette culture ?

La Corée, située entre le Japon et la Chine est beaucoup influencée par cette dernière, d'où l'importance que nous portons à l'encre de Chine. Quand j'ai commencé à étudier avec mon professeur de calligraphie, il m'a donné un cours sur la façon de peindre le bambou : et alors que le bambou est de couleur verte il m'a demandé de le peindre avec de l'encre de Chine noire ! Je lui ai alors dit : "Mais le bambou n'est pas noir !" Et il m'a répondu : "On ne peint pas, mais on écrit !" L'écriture c'est-à-dire, peindre l'esprit du bambou. C'est ma grande motivation aujourd'hui : le noir pas uniquement comme couleur, mais aussi son rapport à l'écriture.

Et le noir du charbon aussi : à votre arrivée à Paris vous aviez acheté un sac de charbon de bois qui allait être décisif dans votre oeuvre. Combien de temps à duré son utilisation à l'état brut ?

Exactement pendant 10 ans. Avant mon arrivée à Paris je n'avais jamais utilisé le charbon de bois, et je m'en suis servi de 1990 à 2000. En l'an 2000 j'ai été sélectionné par le musée d'Art moderne de Séoul comme l'artiste de l'année. Pendant un an j'ai travaillé à la préparation de mon exposition : j'ai montré 10 ans de travail à Paris. Après cette grande exposition je suis retourné en France, et je voulais avancer différemment, je ne pouvais plus utiliser la même méthode qu'auparavant et je voulais de la nouveauté. A présent je travaille sur cet aspect lisse, d'absence de matière, ce support très lisse comme une pellicule de film. En même temps je veux donner cette image : le papier de Chine, comme le papier de riz, absorbe l'encre de Chine. Aujourd'hui mon travail dit cette absorption, c'est l'évolution qui le caractérise.

Quand mélangez-vous alors le charbon de bois à la peinture acrylique ?

A partir de 2001 précisément.

Lee Bae, voulez-vous bien commenter un peu votre dernier travail ? (Il s'agit d'un polyptique composé de 4 panneaux, NDLR)

J'y ai travaillé cet hiver, et ce tableau me touche particulièrement. Il est comme une image de paysage. Ce sont des éléments de paysage : il y a des feuilles, une branche d'arbre, quelques animaux. Le corps humain est une circulation de la nature, et avec ma propre circulation de la nature je voudrais peindre. J'aime ce tableau dans sa reconstitution de la nature : je ne m'intéresse pas aux mélanges mais aux rencontres, qui sont une motivation, une invitation à dialoguer. Tout devient possibilité.

Une nature qui est présente aussi avec ce charbon de bois, et qui est en relation avec la dimension industrielle de la peinture acrylique. Qu'en est-il de ces "accidents" présents sur la toile ?

Ce sont des accidents organisés. Ils servent de médium entre le blanc et le noir, ce sont des liens.

A propos de l'organisation de la toile : vous y dessinez un dessin préparatoire ?

Non, je peins directement sur la toile, mais avant je réalise beaucoup d'esquisses sur papier pour chercher la forme ou l'élément de travail, c'est seulement après que je peins. Je travaille à l'horizontale, la toile est posée sur une table.

Dans l'art contemporain quels sont les artistes que vous regardez particulièrement ?

J'apprécie le travail de nombreux artistes ! Simon Hantaï qui me passionne depuis longtemps, Pierre Soulages également dont le travail est immense… J'aime beaucoup le travail des artistes français, mais le marché de l'art français aujourd'hui selon moi s'est affaibli par rapport à d'autres pays comme l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse... De plus on ne fait pas assez la promotion des artistes français : regardez comme on célèbre Giacometti à l'étranger. Le système de découverte de nouveaux artistes, ce système d'encouragement n'est pas assez efficace, j'ai de gros regrets par rapport à cela. J'aime par exemple la motivation qui anime la galerie RX. J'ai récemment dîné avec Philippe Cognée dont j'apprécie particulièrement les réalisations : avant de le connaître j'avais vu ce qu'il faisait à l'occasion d'une acquisition récente du centre Georges Pompidou, je suis tombé à la renverse ! Ce qu'il fait est incroyable. Mais voilà, combien de personnes on eu l'occasion en France d'apprécier son travail ? Et s'il était américain le prix de ses oeuvres serait multiplié par 10... Comment dès lors donner une motivation, stimuler l'intérêt du public, je m'interroge par rapport à cela et j'ai quelques regrets par rapport au marché français et à la reconnaissance qu'il porte aux artistes.

Votre prochain rendez-vous Lee Bae ?

Du 26 au 30 mai je serai présent à la KIAF (Korea International Art Fair, NDLR) avec la Galerie RX à Séoul dont j'ai hâte de voir les présentations puisque la France sera à l'honneur à l'occasion de cette édition !

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