RSS

INTERVIEW DE MARCELLINE DELLBECQ Dellbecq et ongles

Propos recueillis par Boris Daireaux pour Evene.fr - Juin 2006 - Le 27/06/2006

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
0 avis
  • Membres (0)  
INTERVIEW DE MARCELLINE DELLBECQ

L’artiste française, qui a exposé à la galerie Frank Elbaz, revient sur sa jeune carrière et le rôle proéminent de l’écriture et de la performance dans son travail de plasticienne.

Parlez-nous de votre parcours : comment vous êtes arrivée à faire de l’art et à devenir artiste ?

J’ai découvert l’art à travers la photographie, lorsque j’étais adolescente. J’étais dans une toute petite ville en province, et je me suis d’abord intéressée au Velvet Underground, le groupe qui gravitait autour de Warhol. De là j’ai découvert Warhol, puis Diane Arbus et la photographie américaine. Je me suis alors vraiment intéressée à la photographie et suis partie aux Etats-Unis à l’âge de dix-huit ans pour l'étudier. J’ai habité un an à Chicago, puis un an à New York. A Chicago, j’étais dans une école d’art générale et j’avais une spécialité en photographie. A New York, j’étais à l’International Center of Photography, qui est exclusivement centré sur la photographie. A l’époque, c’est tout ce qui m’intéressait. Je voulais être photographe, pas vraiment avec l’idée de faire de la photographie artistique, mais j’aimais bien tout l’univers rock’n’roll. J’avais surtout très envie de produire des images. Après cela, je suis rentrée en France, et j’ai fait les Beaux-Arts de Caen, une école d’art ni mauvaise, ni excellente, pendant cinq ans. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire et petit à petit, mon travail de photographie s’est transformé en travail d’écriture. J’ai ensuite fait un DESS de critique d’art à Nanterre. Et beaucoup écrit sur d’autres artistes. C’est après cette année-là que mon travail est devenu très littéraire.

Comment concevez-vous l’écriture au sein d’un travail plastique ?

J’ai toujours aimé écrire, mais je ne me suis jamais dit que j’allais en faire mon métier. C’est comme si j’étais venue à cela presque par hasard. C’est en déviant de ma route de productrice d’images que je me suis retrouvée dans le champ de l’écriture. La présence des mots dans le champ de l’art n’est pas nouvelle, mais au moment des artistes conceptuels, il ne s’agissait pas du tout de narrativité en fait. Après, Vito Acconci, ou Sophie Calle, ont mêlé arts plastiques et littérature et maintenant, je pense que ce sont vraiment des disciplines qui s’entrecroisent. Autant, la littérature se nourrit des arts plastiques, autant l’inverse est vrai. Edouard Levé, Valérie Mréjen sont des artistes qui ont une pratique de l’écriture qui est une discipline à part entière, légitime. Je ne me situe ni dans un champ, ni dans l’autre. Je ne considère pas que je sois écrivain, parce que ma façon de produire ne passe pas que par l’écriture. En tout cas, j’essaye de donner à l’écriture des formes plastiques, en passant par des objets, des lectures en "live" , qui sont une façon d’incarner le texte et de lui donner un autre statut, aussi, dans une forme plus physique. Il y a peut-être un cloisonnement des disciplines, mais même Zola ou Balzac ont à un moment donné écrit sur des peintres. Je crois que ces deux univers peuvent très bien se côtoyer.

La narration est-elle toujours au coeur de votre travail ?

Je pense qu’elle est toujours au coeur de l’écriture mais ce n’est pas ainsi qu’elle démarre. Je commence toujours par un travail de description. Pendant un moment, j’ai parlé d’ecphrasis : c’est la description fictionnelle d’une oeuvre d’art. L’idée est de passer par le regard, de retraduire par les mots ce que je vois (dans la réalité aussi bien que dans une peinture ou une photographie) et à partir de ce travail de description, d’en élaborer une fiction.

Et donc, par la lecture, ou la performance, de retraduire un univers qui est d’abord visuel ?

Oui, je pense qu’il y a plusieurs choses intéressantes dans la performance. D’abord le côté évanescent du texte et de la voix, et en même temps, donner au texte une incarnation physique, qui en temps que lectrice, est aussi une adrénaline que je ne connaissais pas.

Qu’est-ce que la lecture, la performance apportent par rapport au texte lui-même ?

Dans mon cas, ce sont des textes qui sont presque cinématographiques. Il y a aussi l’idée, qu’à la manière de projeter un film, les mots agissent presque comme des images, et tout comme la projection possède un temps donné, avec un début, une fin, le texte aussi n’existe que dans le temps de la lecture.

Pensez-vous qu’il existe des catégories entre les différents champs artistiques, la littérature et les arts plastiques notamment ?

Je pense qu’en France, on est champions de cela, de catégoriser. Un artiste ne peut pas faire de musique, un écrivain ne peut pas faire de danse, parce qu’il n’est pas danseur. Aux Etats-Unis, c’est très différent. Beaucoup d’artistes excellent dans des disciplines différentes. Ils sont en même temps critiques d’art, commissaires d’exposition, et personne ne leur pose de questions. Ici, c’est beaucoup plus compliqué. En même temps, j’ai une spécificité, celle de l’écriture, qui me permet d’être un peu en marge.

Quelle est la place des objets dans votre travail ?

Je ne produis pas d’objets. Je n’ai pas ce besoin d’incarner les choses dans une forme, ou alors c’est une forme très volatile, comme la parole, ou une pièce sonore.

Que diriez-vous de la forme de vos textes ?

C’est une forme très courte. Les textes que j’écris sont des textes écrits pour être lus. C’est presque comme un tout. Ce qui compte, c’est à la fois le texte et sa mise en scène. Il n’y a rien de théâtral (pas de décor) mais ma présence sur scène est physique et en même temps très discrète puisque je suis toujours rétroéclairée, ce qui fait que l’on voit ma silhouette, mais jamais mon visage. On voit que je suis là, mais on ne voit pas à quoi je ressemble.

vos commentaires

 
votre avis sur cet article : (Jusqu'à 1500 caractères)

fil culture

Doucerain et Margerin en signature

LivresDoucerain et Margerin en signature

Plus sur Doucerain et Margerin en signature
 

les Avis des membres

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour
Plus

citation du jour

« Cannes c'est un endroit bizarre où l'on montre des films qui ne sont pas sûrs de sortir à des gens qui ne sont pas sûrs d'y aller.  »

de Gilles Jacob

Extrait du Interview à la Tribune En savoir plus sur cette citation

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (6)
     

privilèges

Plus

vidéos

  • Exposition Néon à la Maison Rouge La Maison rouge honore l'art du néon, discipline méconnue

  • Maya

Plus

photos

  • Histoires de voir - Histoires de voir, Show and Tell

    Histoires de voir Virgil Ortiz, Animal Trainer Trio, 2011 Céramique peinte Collection Virgil Ortiz

  • Histoires de voir - À la Fondation Cartier pour l'art contemporain, l'art tire au brut

    Histoires de voir Mamadou Cissé, 2005 Crayons et feutres sur papier, 41,7 x 29,4 cm Courtesy Galerie Bernard Jordan, Paris - Zurich

agenda

toutes les expositions

Découvrez toutes les expositions dans l'une de ces catégories :