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INTERVIEW PASCALE MARTHINE TAYOU Lyon indomptable
Par Maxime Rovere - Le 02/03/2011
Pascale Marthine Tayou est un artiste d'origine camerounaise désormais établi sur la scène internationale.Il présente jusqu'au 15 mai à Lyon 'All ways allways' dont Evene est partenaire : en plus d'exposer un ensemble important de ses œuvres au Musée d'Art Contemporain, il investit également plusieurs endroits de la ville. Visite (non-) guidée d'un univers où convergent des influences de tous pays et de tous temps.
En plus du Musée d'Art Contemporain, vos œuvres sont exposées dans des lieux de Lyon assez inattendus : un commissariat, une grande surface, un cabinet d'avocats… Comment les avez-vous choisis ?
Mon idée était d'explorer des espaces en lien direct avec le quotidien, et grâce à cela, de rencontrer d'autres regards. En plus du Musée, j'ai donc pensé à des lieux où l'art n'oserait pas s'aventurer. Ce qui était drôle, c'était que mes interlocuteurs me demandaient souvent d'utiliser leurs vitrines. Mais ce n'est pas cela que je recherchais ! Je voulais habiter avec eux, intégrer mes œuvres à leur univers – quitte à être indiscret. Mais je ne voulais rien imposer et les interactions se sont faites rapidement. Par exemple, à « La Maison Orientale », boutique qui vend des objets du Maghreb, nous avons posé un petit sac de riz dans lequel un écran montre des oiseaux qui mangent du riz. La première fois, le responsable était très discret. Lorsque je suis revenu quelques jours plus tard, il a commencé à émettre des avis, à s'impliquer dans l'œuvre : « Ce sac est trop petit ; pourquoi ne pas le faire un peu plus grand ? » Voilà, le lien était fait, j'étais adopté. Chez Bahadourian, magasin d'alimentation très couru à Lyon, le commerçant voulait exposer mes sculptures dans la vitrine, à côté d'une photographie de son père. J'ai dit : « Non, si je veux exposer chez vous, c'est pour me sentir protégé. Dans la vitrine j'aurai trop froid. Si vous nous mettez à l'arrière, moi et votre papa, ce sera bien. » Ensuite, lorsque j'ai vu sa palette d'épices, je lui ai demandé si je pouvais refaire cette palette et la signer comme une œuvre personnelle. Il a aimé l'idée, elle est donc présentée au Musée d'Art Contemporain.
All ways allways, © Blaise AdilonDans vos œuvres, certains matériaux sont d'origine naturelle, d'autres sont des déchets. Votre goût pour la récupération (les sacs en plastique, les bidons) apparaît moins comme un propos écologique que comme le choix d'un véritable support d'expression – c'est cela qui est original.
Oui, j'essaie de récupérer ce qui reste des choses que l'on voit – du moins, ce qui me semble intéressant dans ma propre façon d'être, d'agir, de faire. J'essaie de miser sur ces restes pour construire un univers aussi clair que possible. Au fond, je ne reprends des éléments physiques que pour exprimer cette recherche intérieure. Je ne suis ni activiste ni militant.
On n'est donc pas dans une écologie politique, mais dans une sorte d'écologie personnelle ?
Oui, on peut voir ça comme ça. Une écologie personnelle qui correspond à une géographie intérieure. Je vis en Belgique et je suis originaire du Cameroun ; rien ne peut m'éloigner de ce que je suis. Mais on peut utiliser d'autres labels, d'autres identités, d'autres symboles. Dans le cadre de mon travail, on voit bien que je suis nourri de la poussière de Yaoundé ou des microbes de Nkongsamba. Mais je voyage aussi beaucoup et je porte aussi avec moi la poussière de Pékin ou de Wall Street.
L'exposition du MAC témoigne de ce nomadisme : on y voit notamment un grand mur couvert d'enseignes lumineuses qui déclinent « Open » sous toutes ses formes, mais aussi, plus loin un panneau constitué de craies de couleur qui témoignent d'une forme de nostalgie. Votre nomadisme se déplace aussi dans le temps ?
Open, © Blaise AdilonLe nomadisme est une manière pour moi d'interroger mes fondamentaux. Dans l'espace d'un musée, parmi des œuvres d'art visuels, cette question apparaît sous une forme plastique, mais elle pourrait être philosophique ! En tant qu'artiste, j'interroge mes origines, mon éducation, mon bagage. Mais il arrive souvent que quelqu'un que je ne connais pas et qui n'a pas mes origines, explique parfaitement une œuvre. C'est cela le nomadisme. Toute la difficulté est de traduire une démarche, quelle qu'elle soit, sans la figer. Comment exprimer ce qui se passe dans les marges, à un endroit précis et déterminé ? Notre besoin d'ouverture aboutit à notre propre remise en cause, mais la recherche des chemins transversaux permet une forme d'équilibre. Je suis donc un nomade par nécessité, en quête d'une destination inconnue.
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