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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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INTERVIEW DE MARC-OLIVIER WAHLER Un homme hors catégorie
Propos recueillis par Boris Daireaux pour Evene.fr - Septembre 2006 - Le 03/10/2006
A l’occasion de l’exposition ‘Cinq milliards d’années’, qui se tient jusqu’au 31 décembre 2006, le nouveau directeur du palais de Tokyo entend faire sortir l’art des carcans dans lesquels on l’enferme trop souvent. Rencontre avec ce personnage dont la première exposition parisienne jette les bases d’une vision artistique pour le moins originale.
Pouvez-vous nous parler de vous, de votre parcours, et comment vous êtes arrivé à la direction du palais de Tokyo ?
J’ai passé ces six dernières années à New York, où j’ai dirigé le Swiss Institute - Contemporary Art, qui est en fait un institut privé. Ce qui a été intéressant a été d’observer la distance de l’Europe par rapport aux Etats-Unis et de voir notamment comment fonctionnait le marché de l’art. Avant cela, j’ai fait des études de philosophie et d’histoire de l’art. J’ai ensuite été conservateur de musée des Beaux-Arts de Lausanne puis participé à la mise sur pied du MAMCO, à Genève. J’ai créé un centre d’art à Neuchâtel, qui est un centre à 100 % privé, en parallèle de mes activités de critique d’art et de curateur d’expositions.
Pouvez-vous nous parler du programme des trois expositions qui commencent en ce moment, de ses enjeux et de la particularité de son organisation ?
L’exposition s’appelle ‘Cinq milliards d’années’ et prend le prétexte d’un chambardement qui a eu lieu dans l’univers il y a cinq milliards d’années. A partir de ce moment-là, il n’y avait plus aucune illusion possible, car plus aucun point fixe dans l’univers. L’univers était en expansion. C’est à cette époque qu’il a connu une brutale accélération. L’idée est de sortir de cette logique qui est de consteller l’exposition comme un point fixe dans le temps et l’espace. Des artistes, dont Marcel Duchamp fait partie, travaillent depuis très longtemps sur l’idée du temps, sur l’idée de la relativité, sur celle de la relativité du jugement et du critère. Est-ce qu’il y a une vérité dans l’art ? Est-ce qu’il y a des critères qui sont plus valables que d’autres ? L’exposition a toujours un point fixe dans le temps et l’espace, avec un début, une fin, et une sorte de contenu autonome. Mais si l’on parle d’autonomie de l’oeuvre d’art, je pense qu’il faudrait maintenant parler d’autonomie de l’exposition. Ce que j’essaye de faire est d’intégrer les expositions dans un programme, c'est-à-dire de considérer le programme comme un médium. On a eu l’habitude de considérer l’oeuvre comme un médium. Il y a quelques dizaines d’années, on a considéré l’exposition comme un médium, avec des curateurs pour créateurs.
Moi, ce que je revendique, c’est le programme comme médium, et le programme, c’est une composition d’expositions, comme les expositions peuvent être une composition d’oeuvres. Pour moi, c’est important, parce que d’une part, c’est respecter ou être en phase avec le travail de l’artiste, et d’autre part, c’est respecter le visiteur. Parce que pour le moment, ce qui est demandé au visiteur, c’est de faire abstraction de tout, de sortir des expositions en disant : "Voilà, on a traité d’un thème." Ce que je voudrais, moi, au contraire, c’est qu’il puisse, en venant à la deuxième exposition, tisser des liens avec la première, anticiper sur la troisième.
Faut-il y voir une continuité avec vos prédécesseurs, Jérôme Sans et Nicolas Bourriaud ?
Chaque curateur arrive avec ses idées, mais je suis très proche de leur façon de concevoir un centre d’art. Mais le palais comme lieu de vie, c’est une idée que je vais développer, oui.
Vous êtes de nationalité suisse. Est-ce que vous allez vous attacher à monter plus particulièrement des artistes en provenance de Suisse ?
Je n’ai jamais fait attention à la nationalité des artistes. C’est vrai qu’Ugo Rondinone, Roman Signer, Gianni Motti, Decrauzat sont des artistes suisses avec lesquels je travaille, mais je travaille aussi avec des artistes français.
Connaissez-vous à l’avance le programme de vos futures expositions ?
J’essaye de construire assez à l’avance. On essaye d’avoir le financement le plus tôt possible. La prochaine session sera une grosse exposition avec Christophe Büchel, avec Dewar et Gicquel, Tatiana Trouvé, puis une exposition intitulée ‘Micronation’, avec des artistes qui ont décidé de créer leur propre Etat. Il y aura aussi un projet qui s’appelle ‘Musique pour plantes vertes’, qui est un projet sur la musique et les plantes vertes. La troisième session sera sur et autour de Steven Parrino, avec tous les artistes qui ont été influencés par lui et qui l’ont influencé de 1960 à nos jours. La quatrième, fin d’épisode, fin de bal, fin du feuilleton avec une carte blanche donnée à Ugo Rondinone, qui ne va pas exposer ses propres oeuvres mais être curateur.
Vous êtes nommé pour combien d’années ?
Entre trois et cinq ans.
Quelles sont les différences entre vos expériences américaine et européenne du monde de l’art ?
Le marché de l’art aux Etats-Unis est plus important qu’en Europe et influence le monde de l’art. Soit on accepte cet état de fait, soit on fait une programmation qui va un peu à l’encontre. Ici, on est plus sensibles à des critères et à une réflexion théoriques. Le programme que je fais ici, je ne pourrai pas le faire aux Etats-Unis. Ici, je sens beaucoup de résistance de la part des gens. Ce qui importe en France, ce sont les catégories et les critères. Moi, je fais en sorte que l’on se pose d’autres questions : "Où est la limite de l’art ? Celle de l’artiste ?" L’exposition ‘Cinq milliards d’années’ est un essai sur l’élasticité de l’art. La question serait un peu : "Jusqu’où peut-on tirer l’art vers la réalité, et jusqu’où peut-on tirer la réalité vers l’art ?" Il m’importe de voir quels sont les points de friction. Il n’y a pas de point de rupture, à mon avis, puisque l’art est assez élastique pour tirer vers l’infini. Mais il n’empêche, pendant le vernissage de l’exposition, j’ai vu des gens pour qui il n’était pas possible de mélanger un propos de sculpture à la tronçonneuse avec un Marcel Duchamp ou un Charles Ray. Aux Etats-Unis, on ne se poserait même pas la question. Ces catégories sont en tout cas un aspect dont je dois tenir compte dans mes expositions.
D’où vient alors en France cette manière de catégoriser ?
La rationalité est un héritage du Siècle des lumières. C’est elle qui a fait la grandeur de la culture française. Cette présence a des bons côtés, comme par exemple une très grande force critique, mais si on prend le domaine scientifique, cela fait un demi-siècle que l’on a évolué, parce que si l’on raisonnait, dans l’esprit scientifique, en terme de catégories, on n’avancerait pas.
Et la Suisse dans tout cela ?
La Suisse, pour moi c'est plutôt un concept…
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