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INUIT : QUAND LA PAROLE PREND FORME L'art devient conteur d'histoire

Marine Quevaine pour Evene.fr - Décembre 2004 - Le 13/12/2004

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INUIT : QUAND LA PAROLE PREND FORME

Un voyage dans le Grand Nord à la découverte d'une culture qui tente de perdurer malgré les obstacles de la vie quotidienne.

Le Musée de l'Homme s'intéresse à la grande famille des Inuits. Plus particulièrement à l'art créatif de ses hommes et de ses femmes qui vivent une période transitoire dans l'histoire de leur peuple. Depuis déjà quelques années, les Inuits ne ressemblent plus vraiment à ceux que l'on appelait les "Esquimaux". Ce terme, aujourd'hui très péjoratif, ne signifie plus grand-chose. Pire encore, le mythe s'effondre quand on sait qu'ils ne vivent plus dans des igloos, qu'ils ont Internet à haut débit dans chaque village, qu'ils chassent avec des fusils dernier cri et qu'ils roulent en gros 4X4. En France, une première exposition sur l'art inuit a eu lieu à Paris, au Grand Palais en 1971. Le récent succès inespéré de l'exposition de Lyon, qui a reçu plus de 90.000 visiteurs a donné envie à l'équipe du Musée de l'Homme de présenter cette culture aux visiteurs de Paris.

Un peuple en pleine mutation

Ce peuple de 45.000 personnes vit en Alaska et au Groenland, sur une superficie cinq fois plus grande que la France, avec quatre zones distinctes. Raymond Brousseau, directeur du Musée d'art inuit de Québec et qui depuis 49 ans consacre sa vie à ce peuple, a prêté de nombreuses oeuvres pour cette grande exposition. Comme il l'explique, sa passion pour les Inuits fut comme "un coup de harpon". Jusqu'en 1955, les Inuits étaient nomades, ils façonnaient eux-mêmes leurs outils, chassaient pour survivre et travaillaient les peaux des animaux tués lors de la chasse. Le rapport avec la nature est d'ailleurs primordial dans leur vie quotidienne. Une vie qui est aujourd'hui chamboulée par tous les changements climatiques qui les obligent à aller chercher de la nourriture sur d'autres terres et à faire du commerce avec les pays voisins. Une température qui descend à moins 40 degrés et qui est de moins en moins supportée par la population. Dans quinze ans, les Inuits ne seront plus ce qu'ils ont toujours été, les générations se succèdent encore mais les valeurs se perdent.

La richesse des oeuvres

Face à cette évolution de la vie vers la modernité, les Inuits utilisent l'art créatif pour parler de leurs traditions, de leurs coutumes et de leur histoire. Pour cela, ils travaillent les os de baleines, de morses, les pierres naturelles comme le granit, et le bois. Raymond Brousseau cherche à nous faire comprendre qu'à travers une seule sculpture, c'est tout un contenu inuit riche, qui peut-être dégagé. Les miniatures sont les oeuvres les plus travaillées et les plus recherchées. Sur un petit bout d'os ou de pierre, c'est une vie qui est racontée. On perçoit aussi les qualités des chasseurs telles que l'observation et la patience qu'ils transcrivent dans leurs sculptures. Ce n'est pas la grandeur de l'oeuvre qui compte, c'est le symbole. Les artistes ont des démarches de plus en plus fortes. Ils évoquent les maux de leur société à travers le travail de leurs mains.

Un travail profond, porteur d'un message

La première sculpture de l'exposition paraît d'ailleurs toute simple : un homme accroché à un caribou. Mais avec un spécialiste tel que Raymond Brousseau, on découvre la vérité autour de l'oeuvre. Le caribou est un animal sauvage, il ne laisserait pas un cavalier monter sur lui comme cela. Ce cavalier est d'ailleurs étrange car il porte des vêtements de femme. C'est en fait un chaman. Cette sculpture représente donc un rêve, un voyage vers les dieux. Les artistes, qui sont tous autodidactes, se lancent aussi des défis techniques. Les plus jeunes, utilisent des outils avec une pointe de diamant, les plus anciens restent traditionnels et sculptent plusieurs scènes sur un crâne de morse avec finesse et humour. Les scènes représentées sont diverses et variées. Les thèmes de la famille et des animaux sont les plus récurrents : faucons, hiboux, nervals, baleines et ours sont travaillés dans tous les matériaux et de façons très différentes. Mais il y a aussi de nombreuses références aux problèmes d'alcool et de suicide qui déciment chaque année un peu plus ce peuple. Les chamans et autres dieux et déesses comme la déesse des mers, Sedna, ne sont pas oubliés. Cette dernière contrôle la nourriture, donc la survie, du peuple ; les autres chamans protègent au quotidien des dangers de la nature. Un rapport essentiel lie les Inuits à leurs chamans. On découvre ici la valeur de leur tradition.

Une ouverture vers la réalité

La fin de l'exposition est consacrée à cinq artistes contemporains qui avec humour et curiosité s'ouvrent vers l'avenir. La plus belle oeuvre de cette exposition selon Raymond Brousseau est 'La Femme de l'Alaska' représentante d'une nouvelle génération. Un magnifique travail minutieux et précis, qui lance un message à tous les regards. Cette oeuvre évoque l'avenir avec les enfants sans oublier le passé. Ce peuple est conscient de la dimension internationale que prend son travail. Dès 1960, les Inuits ont organisé dans les villages des coopératives qui se chargent de vendre leurs oeuvres au reste du monde. L'artiste est d'ailleurs considéré comme la personne la plus importante de son village. Il évoque la tradition et parle des réalités quotidiennes. Un rôle important pour un peuple qui est en pleine perte d'identité.

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