RSS

Les Halles de Doisneau sans clichés

Par Olivier Bailly - Le 26/01/2012

« Les Halles de Doisneau sans clichés »

2 personnes ont déjà commenté cet article

Voir les commentaires

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
2 avis
  • Membres (2)  
Les Halles de Doisneau sans clichés

Le photographe, qui aurait eu cent ans cette année, n’a jamais cessé de photographier les Halles. Ses images, rassemblées dans un livre, sont exposées à l’Hôtel de ville de Paris du 8 février au 28 avril. Elle révèlent une autre image de Robert Doisneau. Explications.

On connaît l’histoire : en 1969, les Halles de Paris sont transférées à Rungis. Le marché ancestral, reconstruit de 1852 à 1870 par Baltard, n’est plus adapté à la ville qui se modernise. Les riverains souffrent des désagréments propres à cette foire quotidienne. Elle devient malcommode. Personne ne s’oppose vraiment à leur déménagement. Quant aux magnifiques pavillons de verre et de métal que le monde entier nous envie, pourquoi ne pas les transformer en équipements culturels ? Le gouvernement de Georges Pompidou ne l’entendra pas de cette oreille et détruira ce formidable patrimoine malgré la mobilisation des Parisiens. À travers ses photos, Robert Doisneau a témoigné de la vivacité de ce secteur, de sa transformation, mais aussi de la lutte de ces habitants pour qu’il (sur)vive. Une lutte qui perdure puisque l’aménagement des Halles pose encore de nombreuses questions aujourd’hui. Comme si ce quartier se vengeait.

Question de contexte

Le boucherLe boucherVladimir Vasak raconte cette histoire en détail dans sa robuste préface à l’ouvrage Doisneau Paris Les Halles dont les photos sont exposées dès aujourd’hui à l’Hôtel de ville. Journaliste à Arte, il a déjà préfacé Un voyage en Alsace, 1945, autre ouvrage du photographe. Dans cette introduction en forme d’enquête, il replace ces images dans leur contexte : « J’ai fait parler des anciens habitants du quartier, j’ai interrogé des politiques en charge du dossier à l’époque pour finalement me demander comment, de façon très dogmatique, on a tout détruit du jour au lendemain en 1971. » En 1933, Doisneau a vingt et un ans, il réalise sa première image des Halles intitulée « Les filles au diable » : deux donzelles assises sur une charrette à bras tirée par un gaillard à casquette, à proximité de l’église Sainte-Eustache. Le sol est lavé à grande eau, il fait jour, on remballe. Autour la foule s’affaire. L’Inauguration du Forum des Halles clôt cette série. Elle date de 1979 et représente un vieil homme seul, un appareil photo à la main, désemparé. Pendant 46 ans, Doisneau aura pris des milliers de clichés, dont quelques-uns en couleurs, méconnus et somptueux.

Au-delà de Doisneau

Le fameux "trou des Halles"Le fameux "trou des Halles"Ces photos permettent « d’aller au-delà de l’image classique » que l’on garde du photographe, souligne qui aurait eu cent ans cette année. Vladimir Vasak insiste d’ailleurs sur la dimension engagée du journaliste et reporter « essayant de garder la mémoire de ce qui s’est passé.
À partir du moment où il a su que le marché allait quitter le cœur de Paris il a voulu saisir ces instants-là. Sous les pavillons Baltard, il y avait des personnages, une histoire, une fonction sociale et ça il y tenait beaucoup. Ce qui l’intéressait, c’était ce petit peuple qui faisait tourner Paris, qui le nourrissait. » On le voit bien à travers ses portraits : du boucher aux vendeurs de poissons, des ces clients rapportant des victuailles à ces commis qui se réchauffent près des braseros, entre des piles de cageots. Mais Doisneau a pour ambition de dépasser le pittoresque. « Il se rend à Rungis pour essayer de comprendre, explique Vladimir Vasak. Il tombe sur des gens un peu perdus, un peu paumés et il est lui-même un peu égaré dans ce marché qui paraît trop grand pour lui. »

« L’homme à la dérive »

« Paris perd son ventre et un peu de son esprit », écrit Doisneau dans un texte lu par Christian Olivier, le chanteur de Têtes Raides, dans un web documentaire diffusé par France Télévisions parallèlement à cette exposition. Il poursuit : « Je me moque du noctambule qui ne n’y trouvera plus le bain de fraîcheur après les plaisirs frelatés de la nuit mais je pense à l’homme à la dérive, ses amis dans la ville endormie où les téléphones sont muets, il accostait aux Halles, un peu de chance, il y a trouvait de quoi vivre ; un peu de chance encore, il était adopté. » Comme si entre les lignes le photographe rendait hommage au journaliste et écrivain Robert Giraud, son ami qui, à la Libération, débarquant de son Limousin natal, se coltine des cageots pour survivre. Il racontera cette expérience dans Le Vin des rues, livre indispensable à qui veut appréhender Paris la nuit. L’artiste reconnaîtra sa dette envers Giraud, son guide nocturne à travers les Halles. Vladimir Vasak évoque cette amitié même si la plupart des photos présentent le marché des Halles au grand jour, comme le cœur battant de la capitale que la spéculation peut brutalement débrancher. Une brutalité dont le regard visionnaire de Robert Doisneau a su si bien représenter.

Le livre : Doisneau Paris Les Halles. Préface Vladimir Vasak, éditions Flammarion, 30 €.
L'exposition :Hôtel de ville de Paris. Du 8 février au 28 avril. Gratuit

vos commentaires

 
votre avis sur cet article : (Jusqu'à 1500 caractères)
  • eronoele

    eronoele

    Sa note  

    10/02/2012 06h37 Oui, l'œuvre de Doisneau est multiforme. Sait-on qu'il a photographié la première sculpture monumentale cybernétique de Liège (1961),qui va être restaurée à l'occasion du 100ème anniversaire de son auteur, Nicolas SCHÖFFER ? Photos d'œuvres et d'architectures traditionnelles, photos de gens du peuple, photos d'œuvres d'avant-garde et photos d'artistes exceptionnels... Je rêve d'une belle exposition DOISNEAU - SCHÖFFER ou SCHÖFFER-DOISNEAU Centenaires. en 2012 !..  

  • OMBRAGEUX

    OMBRAGEUX

    Sa note  

    09/02/2012 01h52 La vie des Halles a été au cœur de Paris un considérable événement quotidien qui concernait une immense population. On ne peut comprendre le Paris des XIXe et XXe siècles - et même la relation Province-Paris - de ces époques sans avoir une vision du monde des Halles.Robert Doisneau, qui aimait voir vivre ses contemporains, attentivement bienveillant, a témoigné de cela avec art,  

Pour aller plus loin

Les livres associés

Doisneau Paris les Halles

Photographie

Doisneau Paris les Halles

de Robert Doisneau

Editeur : Flammarion | Parution : 23 Novembre 2011

En 1971, les pelleteuses se sont attaquées à la destruction des pavillons Baltard, victimes d'...

Plus sur Doisneau Paris les Halles Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les événements associés

Doisneau Paris les Halles

Photo & vidéo

Doisneau Paris les Halles

Dates : du 8 Février 2012 au 28 Avril 2012 TERMINÉ

Robert Doisneau prend sa première photo dans le quartier des Halles en 1933. Il restera fidèle au quartier pendant 40 ans, revenant sans cesse visiter ce lieu, prendre son pouls, fixer sur...

Plus sur Doisneau Paris les Halles Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les lieux associés

Hôtel de ville de Paris

Monument historique

Hôtel de ville de Paris

Paris

Au XIVe siècle s'élève déjà, à l'emplacement actuel de l'hôtel de ville, sur l'ancienne place de la Grève, un bâtiment où se regroupe une des plus puissantes corporations de la ville, celle...

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les stars & célébrités associées

  • Robert Doisneau

    Robert Doisneau

    Photographe français
    Né à Gentilly Né le 14 Avril 1912

    Le diplôme de graveur-lithographe en poche, Robert Doisneau est formé à la photographie par André Vigneau. Il devient rapidement photographe indépendant pour l'agence Rapho. Il vend ses...

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  

fil culture

Doucerain et Margerin en signature

LivresDoucerain et Margerin en signature

Plus sur Doucerain et Margerin en signature
 

les Avis des membres

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour
Plus

citation du jour

« Cannes c'est un endroit bizarre où l'on montre des films qui ne sont pas sûrs de sortir à des gens qui ne sont pas sûrs d'y aller.  »

de Gilles Jacob

Extrait du Interview à la Tribune En savoir plus sur cette citation

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (6)
     

privilèges

Plus

vidéos

  • Exposition Néon à la Maison Rouge La Maison rouge honore l'art du néon, discipline méconnue

  • Maya

Plus

photos

  • Histoires de voir - Histoires de voir, Show and Tell

    Histoires de voir Virgil Ortiz, Animal Trainer Trio, 2011 Céramique peinte Collection Virgil Ortiz

  • Histoires de voir - À la Fondation Cartier pour l'art contemporain, l'art tire au brut

    Histoires de voir Mamadou Cissé, 2005 Crayons et feutres sur papier, 41,7 x 29,4 cm Courtesy Galerie Bernard Jordan, Paris - Zurich

agenda

toutes les expositions

Découvrez toutes les expositions dans l'une de ces catégories :