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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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MAORI, L'AME DES GUERRIERS Spécial Coupe du Monde de rugby
Par Maxime Rovere, envoyé spécial en Nouvelle-Zélande - Le 07/09/2011
Tandis que la Coupe du Monde de rugby commence le 9 septembre 2011, le Musée du quai Branly accueille à partir du 6 octobre une exposition conçue par les Maoris eux-mêmes. C'est l'occasion d'alterner les matchs et les expositions. Délimitons le terrain avant de plonger dans la mêlée.
« Le rugby, ici, n'est pas un sport. C'est la religion nationale ! » s'amuse Peter Sharples. Vous pensiez que le membre fondateur du Maori Party, élu au Parlement et actuel Ministre des Affaires Maories de Nouvelle-Zélande, allait évoquer les montagnes sacrées et les noms de rivières pour expliquer la culture et la vibrante spiritualité de son peuple. Lorsqu'un Maori se présente, la coutume veut même qu'il remonte le temps jusqu'à dire le nom de la pirogue où se trouvaient ses ancêtres, au XIIIème siècle, lorsqu'ils mirent le pied pour la première fois sur ces îles lointaines. Pita Sharples le fait. Mais telle est l'originalité du pays qu'il n'y a pas d'un côté les sirènes de la modernité et de l'autre les bons sauvages, ni même les sauvages de la modernité accablant les peuples premiers. Non seulement les Maoris ne furent jamais sauvages (quoique vaillants guerriers), mais les Anglais qui les colonisèrent le furent relativement moins ici qu'ailleurs. Par le Traité de Waitangi, les chefs de tribus (nommées iwi) reconnurent paisiblement la souveraineté de la Couronne d'Angleterre. C'était en 1840. Depuis, l'économie a sans doute grignoté injustement les terres maories, mais le débat politique a également fini par intégrer leur héritage et leur rayonnement culturel parmi ses préoccupations. Le pays qui reçoit la Coupe du Monde est donc autant celui du rugby que des montagnes sacrées. Sa situation culturelle est unique au monde, riche de passé et pleine d'avenir.
Tradition
Le haka des All Blacks,, © François Bouchon / Le FigaroQuoi qu'il arrive, tout commence par un haka. De nombreux peuples du Pacifique connaissent cette danse destinée à impressionner les spectateurs et que l'on fait un peu partout en Nouvelle-Zélande. L'équipe nationale des All Blacks chante généralement le Ka Mate (« ka mate ! ka ora ! » dit le refrain, c'est-à-dire « je meurs ! je vis ! ») ou, depuis 2005, un poème moins guerrier, le Kapa o pango (dont la première phrase dit « laissez-nous nous unir avec notre terre »). Cela témoigne des deux aspects les plus intéressants de la Nouvelle-Zélande : d'une part, l'extraordinaire raffinement des rituels maoris, qui changent d'une tribu à l'autre et peuvent s'adapter à des situations inédites, comme par exemple l'adoration nationale pour le rugby ; d'autre part, la singulière ouverture d'esprit des « pakehas » (habitants issus de l'immigration européenne) qui acceptent de mieux en mieux la part maorie de leur culture.
Métissage
Poutokomanawa et Poupou, © Museum of New Zealand Te Papa TongarewaLe musée national (Te Papa Museum) reflète bien cette situation : il expose côte à côte les grands trésors de l'art maori – ceux que va accueillir le Quai Branly – et les peintures des premiers colons. « Un premier musée maori, explique Arapata Hakiwai, son directeur, a ouvert en 1998 ; il s'agissait d'une sorte de mausolée d'une culture colonisée où les Maoris eux-mêmes ne venaient pas. Le biculturalisme a suscité l'enthousiasme du public. Aujourd'hui, le Te Papa a déjà accueilli plus d'un million de visiteurs ! »
Pourtant, le biculturalisme pose la question du métissage. Il n'y a qu'à écouter Phil, gardien de salle au Te Papa. Une phrase suffit à ce jeune homme, né d'un père chinois et d'une mère mi-anglaise, mi-maori, pour résumer toute l'ambiguïté du biculturalisme : « mon ascendance maorie est devenue plus importante depuis que je travaille ici ; mais j'espère entreprendre un jour des recherches sur mes origines chinoises. » Maoris et Pakehas commençent à savoir vivre ensemble, précisément au moment où d'autres communautés très importantes (chinoise, indienne) cherchent leur place.
Tekore
Hinemoa Awatere portant un taiaha lors du Hikoi, © Michael HallSous la pression d'une société mondialisée, les recherches plastiques des artistes maoris eux-mêmes éclatent dans des directions si diverses qu'il devient impossible de faire la différence entre leur héritage et les questions universelles qu'ils se posent. L'une des meilleures, Lisa Reihana, née en 1964, met régulièrement en scène les femmes de pouvoir de la communauté en jouant sur leur ambiguïté de genre (ses modèles ressemblent souvent à des hommes !). Moana Nepia, exposé à la City Gallery de Wellington, illustre par des corps en ombres chinoises un sentiment de vide (les Maoris ont un mot pour ça : tekore – quelque part entre l'angoisse et le recueillement…). C'est dire que la culture maorie n'est pas seulement celle d'un peuple ; elle reflète toutes les ambiguïtés de la modernité et de la vie urbaine, et la nouvelle génération maorie est avide de partage. Signe que l'on ne doit pas nécessairement choisir entre soi et les autres, le passé et l'avenir, ni même… le sport et la culture !
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