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Michel-Édouard Leclerc dans le landerneau de l’art contemporain

Propos recueillis par Maxime Rovere - Le 13/06/2012

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Michel-Édouard Leclerc dans le landerneau de l’art contemporain

Le Fonds Hélène & Édouard Leclerc ouvre ses portes au public le 24 juin prochain aux Capucins de Landerneau (Finistère) avec l’exposition inaugurale « Gérard Fromanger. Périodisation 1962-2012. » Lorsqu’il évoque ce nouvel engagement dans l’action culturelle, Michel-Édouard Leclerc s’anime, convaincu que l’art « peut aujourd’hui nous sortir du marasme ».

Le Fonds Leclerc n’est ni une galerie, ni un musée, ni une fondation d’entreprise, ni une collection privée. Est-ce une nouvelle forme de mécénat ?

©Gérard FromangerGérard (autoportrait), 2011, ©Gérard FromangerSon originalité est d’être une histoire collective, puisqu’il s’agit d’un « fonds de dotation » qui regroupe plus de 550 donateurs pour soutenir un programme de deux expositions par an à Landerneau. Et c’est mieux que le mécénat, parce que le plus souvent, le mécène n’est considéré que comme un moyen. On le remercie pour son financement, mais s’il essaie d’être co-acteur d’un événement ou d’une création, on l’accuse de chercher à les « récupérer » et cela peut les tuer. Par exemple, lorsque les centres Leclerc sont devenus sponsors du Festival d’Angoulême, la violence des réactions – y compris chez de jeunes artistes – alors qu’on venait de sauver le festival, m’a surpris. Comme le sujet me passionnait, je me suis impliqué moi-même, j’ai accueilli les artistes, écrit un livre (Itinéraires dans l'univers la bande-dessinée), j’ai défendu ce mode d’expression en témoignant de mon intérêt, sans être expert, en toute bonne foi. J’ai compris alors que pour rendre service à la culture, il fallait continuer à soutenir des manifestations, des émissions de télévision, mais aussi se doter d’un véhicule juridique qui échappe aux codes de la marchandise. Avec le Fonds Leclerc, nous sommes enfin co-acteurs d’un événement culturel. Pas pour tirer la couverture à nous, mais pour faire quelque chose avec les autres.

Ce mode d’action dépasse-t-il vraiment la publicité ?

La publicité est une façon de dire son engagement, et nous avons déjà fait deux campagnes de pub avec des images inspirées de mai 68. Mais la récupération de leurs codes avait profondément choqué les artistes – y  compris Gérard Fromanger. Ils voulaient bien détourner les codes de la société de consommation pour dénoncer l’aliénation consumériste, mais ils refusaient que quelqu’un entouré des clichés capitalistes puisse aimer leurs images, leur démarche, et s’approprie à son tour leur souci de liberté. Du coup, c’est à Fromanger que j’ai pensé pour la première exposition de Landerneau. Il n’a pas dit oui tout de suite ! Mais il a finalement été sensible à notre combat pour l’accessibilité de l’art auprès du grand public.

Pourquoi avoir choisi Landerneau ?

Nous avons une dette morale envers cette ville : c’est là qu’ont démarré mes parents et les premiers centres Leclerc, là encore qu’ont été lancés les premiers espaces culturels Leclerc. Le couvent des Capucins que ma famille a restauré dispose de 1200 m2 d’exposition, et bientôt, avec la chapelle, 1600 m2. Et puis, il y a beaucoup de manifestations culturelles en Bretagne, mais sans dénigrer ce qu’on y trouve déjà – des FRAC, des DRAC, etc. – il y a un vrai vide en art contemporain dans l’Ouest de la France. Il ne trouve pas ses marques populaires.

Est-ce pour cela que vous avez défini une première thématique autour des « figurations » ?

©Gérard FromangerGérard Fromanger. En Chine à Hu-Xian , 1974, ©Gérard FromangerComme je suis arrivé à l’art contemporain par la bande-dessinée, j’ai envie de présenter des œuvres qui ne soient ni académiques ni exclusives, qui évitent d’imposer au public une rupture avec ses codes. Les valeurs du marché de l’art contemporain ne sont pas une validation suffisante. Il faut briser le discours de la sphère marchande, trouver le moyen de faire que nos contemporains aillent vers l’art contemporain. Quand on dit aux gens que cet art est consubstantiel à leur mode de vie, ils n’y croient plus. Mais s’ils repartent furieux d’une exposition, on n’a rien gagné ! Je crois à une sensibilisation progressive, comme en œnologie : même avec des petits crus, on peut prendre goût à la dégustation, puis on a envie de lire des livres, et grâce aux commentaires et à force de tâtonnements, on devient prescripteur. C’est comme cela que le public peut aller vers l’art contemporain et, à terme, regarder les expérimentations non comme des provocations, mais comme des recherches. Les performances, les vidéos, les installations viendront dans un second temps. Et lorsque les grandes expositions nous auront permis d’acquérir une légitimité, nous pourrons soutenir de jeunes artistes.

Votre engagement pour l’art prend les habitudes du milieu un peu à revers…

Cela fait deux ans que je fais le tour des musées, des fondations, des galeries. Tout le monde m’a demandé quelle était ma ligne artistique, le sens de mon engagement, m’a soupçonné de vouloir collectionner des œuvres. Il y a un discours corporatiste qui tolère mal l’intrusion d’un élément extérieur. Mais nous allons faire appel à des curateurs, à des artistes ! Leclerc aujourd’hui est la marque préférée des Français, pourquoi ne pas mettre cela au service de l’art ? C’est ma manière d’assurer une fonction de médiation. Il faut que l’art contemporain ait l’humilité de parler à ses contemporains, quels que soient leurs codes. Notre fonds veut placer l’art parmi le peuple, pour le peuple et avec tous ceux qui le veulent, sans chercher ni le profit ni l’exclusivité.

D’où vient ce souci de médiation ?

Je me sens une responsabilité vis-à-vis du public. Je suis aujourd’hui convaincu que l’art peut nous sortir du marasme. Il y a dix ans, je pensais encore que ce n’étaient là que des mots. En réalité, l’art est devenu indispensable à notre société qui s’est repliée sur elle-même. Il y a beaucoup de créativité en nous, mais à chaque fois le système la bouffe, qu’il soit marchand, capitaliste, urbain, culturel aussi. Voilà pourquoi l’art contemporain est aussi important. C’est une fenêtre ouverte sur le ciel. Il redonne envie d’être curieux !

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  • Jackbrel

    06/07/2012 01h13 « L'art peut aujourd’hui nous sortir du marasme » Il y en a encore qui essaye de nous « marasmer » comme ci on pouvait encore s'en sortir, et qui plus est grâce à l'art. La vente d'une œuvre sort en tout cas une épine du portefeuille.  

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