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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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LES PARISIENNES DE KIRAZ AU MUSÉE CARNAVALET Délices du charme léger
Sophie Lebeuf pour Evene.fr - Août 2008 - Le 28/07/2008
Jusqu'au 21 septembre, les Parisiennes de Kiraz déambulent au musée Carnavalet. A presque cinquante ans, les demoiselles, tout en jambes, n'ont perdu ni leur chic ni leurs déroutantes reparties. Félines, gamines, ou tout simplement muses, mais qui sont ces créatures atemporelles ?
Au café, deux amies discutent : "Elle m'a dit tant de choses qu'il ne faut pas que je te répète, que je ne sais plus par où commencer !" Kiraz a-t-il volé cette discussion à la terrasse d'un café ? Si la légende fait mouche, le dessin tout en finesse n'est jamais définitif. Il propose, suppose, mais n'impose rien. L'ambiance est donnée, aux lecteurs de faire la suite. La suggestion paraît évidente dans les planches du dessinateur qui souligne d'ailleurs : "C'est une grande vérité. Suggérer, c'est beaucoup plus important que de dire les choses." (1) Et d'expliquer : "Je vois deux filles au café à la terrasse en train de bavarder. Je trouve ça magnifique, il y a une complicité, tout ça. Alors de temps en temps, je m'approche pour entendre ce qu'elles disent : elles parlent de sécurité sociale !" Alors Kiraz préfère rester en retrait, évite de "connaître les filles que j'admire, je reste loin…" Charmeuse tentation de l'inconnu. Vampirisation de l'inédit. Cette séduction, Kiraz la prête également à ses demoiselles. Si celles-ci évoluent parfois en porte-jarretelles, ou dans un bain moussant, elles ne tombent jamais dans le vulgaire. C'est une invitation au déshabillé, un aperçu ingénu de nudité, mais non de triviale drague, déballage de corps et grossière animalité. Les Parisiennes de Kiraz sont philosophes, elles se parent de métaphysique avec un chic insolent.
L'insoutenable légèreté de la femme
Baignade, 1990 - Collection de l'artiste Kiraz a 20 ans quand il débarque à Paris, après sa jeunesse au Caire : "J'avais des idées sur Paris grâce à mes lectures, mais pas plus. C'est vrai que le décalage était grand. Ces femmes qui marchaient librement dans les rues, c'était magnifique. Je me suis souvent exclamé : 'J'ai vu des libellules !' Il est certain que je n'aurais pas eu la même vision de Paris, si j'étais né ici." Les circonstances ont façonné l'artiste, lui-même accouchant de ces femmes longilignes, arrogantes, novatrices. Car si ces jeunes demoiselles recherchent elles aussi le prince charmant, elles affirment haut et fort, sans penser à mal : "Je voudrais trouver un homme riche que je n'épouserais pas pour son argent." Perchée sur ses talons aiguilles, la Parisienne de Jours de France rompt avec l'image de la femme au foyer, tributaire de son époux, vouée corps et âme à la propreté de la maison et la réussite des muffins. Elle est légère, délestée du poids de la domination masculine. Elle se prête à la désinvolture "sans aucun regret d'avoir croqué la pomme". (2)
On la voit déambuler le long des avenues, sac de shopping en main ou encore prenant soin d'elle dans des salles de bains. Pas de remords pour les quelques entorses faites au mariage. Pas de pitié pour la gent masculine. Avec une candeur déconcertante, elle retourne le coeur des hommes et dévore son indépendance. Et toute la malice de Kiraz repose justement sur cette attitude innée, gérée par une innocence infantile, impossible à maudire. Les Parisiennes sont d'une séduction incomparable, et leur statut de femme-enfant leur délivre un pardon sans borne. "On trouve ce qu'elles disent magnifique parce que c'est empreint d'innocence, il n'y a pas de calcul", explique l'artiste. Une jeunesse d'autant mieux illustrée que Kiraz se plaît à dessiner, parfois, les mères des Parisiennes, consolatrices et confidentes, auprès des baby-doll désemparées : "Il faut accorder nos violons, maman. S'il te demande pourquoi je le quitte, tu dis 'Parce que' !"
Domination du beau sexe
Gouache originale parue dans Jours de France, novembre 1982 - Collection de l'artiste "J'aime dominer les hommes… Mais je ne rêve que d'une défaite", se lamente une jolie blonde auprès de son amie. Sans complexe, elle annonce en vous dévorant des yeux qu'il y a en elle "plusieurs femmes. Comment voulez-vous que je puisse me contenter d'un seul homme ?" Indépendante, la Parisienne est sans scrupule pour le sexe opposé, garante de sa liberté. Elle repousse les avances, accepte avec une moue passablement boudeuse un verre "mais avec un cachet d'aspirine", dévoile sans pudeur ses candides mensonges : "Quelle surprise, Henri, de vous entendre avec le faux numéro que je vous ai donné"… Kiraz aime les femmes, il leur donne le pouvoir, qu'elles endossent avec une franchise déconcertante. Leur séduction est leur arme première et face à elles, les hommes sous les traits de crayons sont ridicules et gauches. L'artiste s'explique alors : "Les hommes sont des faire-valoir. J'ai tendance à faire l'homme ridicule pour rehausser le charme de la femme." Kiraz était même allé jusqu'à faire loucher tous les hommes de ses dessins, détail rectifié par Marcel Dassault, fondateur de Jours de France, qui publie l'illustrateur : "Pourquoi faites-vous loucher les hommes ? Vous voyez, ils sont bien quand ils ne louchent pas." S'il ne s'impose pas sur les pages, l'homme est omniprésent dans le discours des Parisiennes. Dès qu'elles se retrouvent, elles ne parlent que de lui, mais là encore, sans lui donner l'avantage. Elles le repoussent : "Il est honnête, travailleur, dévoué… mais moi je n'aime que les voyous" ou le jugent inapte, s'offusquant de sa grossièreté : "Il me demande si je suis libre ce soir. Ai-je une tête à avoir une soirée de libre ?"
(1) Propos de Kiraz recueillis par Sylvie Boulloud, commissaire d'exposition.
(2) Ange-Henri Pieraggi – Catalogue de l'exposition des Parisiennes.
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