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23/04/2012 04h24 J'ai eu la chance de voir cette expo à Milan l'année dernière et elle m'a complètement conquise. En plus d'etre...
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LES CHIMÈRES DE CHILLIDA Fondation Maeght
Par Maxime Rovere - Le 11/07/2011
La rétrospective Eduardo Chillida (1924 – 2002) organisée à la fondation Maeght n'est pas seulement la deuxième en France depuis celle du Jeu de Paume, en 2001. Tout se passe ici comme si l'artiste basque, ami de Braque, était chez lui dans un environnement aussi sublime que celui du musée de Saint-Paul-de-Vence ; son art travaille et transforme l'espace en quelque chose d'intime et de familier.
D'où vient cette évidence avec laquelle les œuvres prennent leur place dans les salles successives ? Tout simplement d'une grande familiarité. « Il faisait soixante centimètres de plus qu'elle, mais ma grand-mère l'appelait quand même 'mon petit' », raconte Isabelle Maeght. À l'ouverture de la Fondation, « Eduardo » était le plus jeune parmi les artistes représentés, bien qu'il fût aussi estimé que Juan Miro ou Alexander Calder. Tous les étés, les familles Maeght, Miro et Chillida se réunirent ici, autant pour profiter de la saison à l'ombre des grands pins que pour réaliser les gravures et les terres chamottées présentées aujourd'hui. C'est dire qu'Ignacio Chillida, commissaire de l'exposition et l'un des huit enfants du sculpteur, connaît bien les lieux.
Forts de cette connivence, les deux familles ont donc rassemblé, dans cet espace privilégié, leurs collections respectives des œuvres d'« Eduardo » : parmi les 184 pièces exposées, seules 28 proviennent de prêteurs publics ou privés. On peut voir là une manière de valoriser un patrimoine, mais il y a, en plus, une forme de partage ; car l'atmosphère de confiance et l'intimité avec les œuvres se communiquent très rapidement au visiteur. Tandis que les gardiens de salle, mobiles et discrets jusqu'à l'invisible, laissent jouer les enfants, il vous semble soudain avoir vous-même connu Chillida, avoir toujours porté son œuvre en vous.
Sculpter l'espace
Eduardo Chillida, Arco de la Libertad, 1993, © Adagp, Paris 2011C'est que son art a la simplicité des grandes propositions. Souvent monumentales, souvent en bronze, toujours jouant des pleins et des vides, ses sculptures sont conçues pour être appréhendées immédiatement par le corps, et aider les visiteurs, disait-il, « à passer de leur dimension, qui est beaucoup plus petite, à une autre, celle de la sculpture. Et de celle-ci à une autre, celle de l'espace, du ciel, de l'univers ». Pourtant, passé l'Arc de la Liberté, créé pour le Bicentenaire de la Révolution française, l'exposition est surtout consacré à des pièces de taille intermédiaire, humaine. Passés les premiers dessins académiques (« comme cela lui semblait trop facile, mon père décida de changer de main – et il se mit à dessiner de la main gauche ! », raconte Ignacio Chillida) on se trouve rapidement initié à la véritable manière de ce sculpteur d'exception : il ne crée pas seulement des formes, il expérimente dans l'espace. Voyez les titres : « Rumeur de limite I » (1958) ou « Rond autour » (1955), ou encore, d'après Pythagore, « Musique de Sphères ». Cette nouvelle manière ne le quittera jamais : il plante dans le bois ses « enclumes de rêve », conçoit des « maisons de poète » en miniature, introduit dans la pierre la dimension de la mesure. L'« Hommage à la mer III » (1984) transforme ainsi un gros bloc d'albâtre, dont le dessous est laissé brut, en un piège à lumière à la fois impénétrable et translucide. Ses collages en papier semblent eux-mêmes en quête de la troisième dimension. Gêné par l'usage de la colle, dont l'intrusion lui semblait appauvrir le dialogue entre espace et matière, Chillida dédica de suspendre les feuilles découpées à des fils, donnant pour titre à la série : « Gravitation ».
Perspectives dans le temps
Cette exposition, explique Olivier Kaeppelin, nouveau directeur de la Fondation, est la première représentante de ce qu'il souhaite concevoir comme une série : celle des « grandes expos d'été » consacrées aux artistes que la Fondation Maeght a soutenu au long de son histoire. Pour le reste, la programmation, monographique ou thématique, sera tournée vers d'autres grandes collections, et fera jouer le dialogue avec les artistes plus récents. Cette « mise à jour » devrait permettre à la Fondation, encore administrée de manière familiale, d'ouvrir de nouvelles salles et de renouer avec les arts vivants. On croise les doigts pour que ce rêve se réalise plus vite que les « Peignes du vent », conçus par Chillida pour les rochers du littoral de San Sebastian en 1952, dont le chantier commença en 1977, et fut terminé en 1999.
Voir : les oeuvres d'Eduardo Chillida
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