RSS

EXPOSITION 'AU BORD DE L'EAU' - ERIK SAMAKH A MAUBUISSON Ça marque

Boris Daireaux pour Evene.fr, photos (c) Marc Domage - Juillet 2006 - Le 09/08/2006

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
0 avis
  • Membres (0)  
EXPOSITION 'AU BORD DE L'EAU' - ERIK SAMAKH A MAUBUISSON

L'exposition, qui se tient à l'abbaye de Maubuisson, dure jusqu'au 28 août. Elle a pour ambition d'asseoir le talent d'un artiste très proche de la nature et dont les installations sont aussi visibles dans le parc autour de l'abbaye. Retour sur un artiste marquant.

Au bord de l'eau

C'est un personnage un peu à part que cet Erik Samakh. Un peu à part parce qu'un peu en marge de l'époque, de ses modes ou des aléas du milieu de l'art contemporain. Né en 1959 à Saint-Georges-de-Didonne, en Charente-Maritime, il a commencé dès les années 1980 à mettre en place des installations qui mêlent la prise de son dans la nature à de la vidéo, l'informatique à des objets, l'électronique à des éléments de la nature. De Samakh, on sait peu de choses, si ce n'est qu'il est professeur détaché à l'école d'art d'Aix-en-Provence, qu'il vit à Serres, dans les Hautes-Alpes, et que c'est là qu'il possède son atelier. Car Samakh n'est pas un bavard. Ce qui ne veut pas dire que c'est un artiste replié sur lui-même, bien au contraire. Mais c'est quelqu'un de proche de la nature, qu'il dit "observer" et "essayer de comprendre" sans "agir" sur elle. Attentif aux bruits, aux sons qu'elle prodigue. Ce retrait de soi, cette qualité d'écoute sont les éléments premiers qui guident la démarche de Samakh. Manière d'écouter le monde, d'enregistrer ses palpitations, ses battements, sans intervenir sur lui, sans vouloir le modifier. De cette position de retrait, de cette prise d'écoute, de cette attention portée au vivant naissent les installations de l'artiste français, qui combinent des technologies complexes à des éléments simples de la nature comme l'eau, les arbres ou les oiseaux.

L'exposition à l'abbaye

Pour cette exposition, Samakh a choisi d'investir le parc, la grange à Dîmes et plusieurs salles de l'abbaye. Dans la grange à Dîmes, le spectateur est plongé dans une salle sombre, entouré de huit écrans censés symboliser les parois du ventre d'une baleine ! Projeté de manière imaginaire dans son ventre, le spectateur observe avec stupéfaction et un peu d'effroi les palpitations filmées de peaux luisantes de batraciens ou autres poissons dont les coeurs battent autour de lui à rythme lent et régulier. Première incursion dans l'univers organique de l'artiste, première confrontation avec le vivant. Plus loin, le charmant parcours de l'exposition amène le spectateur à l'ancien parloir de l'abbaye, vaste édifice datant du XIIIe siècle, magnifiquement conservé. C'est là qu'Erik Samakh a conçu une installation sonore et vidéo qui associe des cannes en aluminium disposées dans l'espace, équipées de haut-parleurs et suspendues aux crochets des voûtes. Les cannes émettent d'étranges sons peu identifiables, des conversations chuchotées qui rappellent la règle de saint Benoît qui présidait à l'abbaye, celle de faire voeu de silence, excepté dans cette salle où il était permis de chuchoter.
La suite du parcours débouche sur une installation beaucoup plus épurée et contemplative, qui consiste en deux miroirs d'eau qui révèlent l'architecture dans le reflet inversé des voûtes qui se projettent sur l'eau. Manière de souligner, de mettre subtilement en valeur l'architecture du lieu tout en rappelant son histoire. Ce qu'il y a de remarquable dans le travail de Samakh, c'est sa capacité à combiner les technologies les plus pointues aux éléments de la nature les plus primaires, faisant en sorte que cela ait l'air simple, mais sans que l'on puisse en même temps comprendre les artifices à l'oeuvre dans son travail. Jouant sur la perception et la participation du spectateur, Samakh réussit le pari magnifique de bluffer ce dernier en l'empêchant de saisir les ficelles qui président à telle ou telle installation. Dans l'ancien parloir, on ne devine pas par exemple comment les sons peuvent sortir des cannes. Dans la salle des Religieuses, où se situent ses miroirs d'eau, il est impossible d'imaginer la profondeur de l'eau, ce qui crée une certaine frustration, mais instaure aussi un jeu ludique de cache-cache avec l'artiste.
Et c'est ce qui rend si claire et si cohérente la démarche de l'artiste. En combinant avec des éléments naturels les technologies les plus avancées de prises de son, de diffusion du son et de la lumière, Samakh ramène toujours ses installations à une dimension humaine qui n'exclut pas le "regardeur" mais le fait au contraire participer à l'oeuvre, qui est à vivre, à construire physiquement avec lui. C'est cette humilité de l'artiste qu'il faut saluer.

Le pari réussi de l'artiste

Une autre installation de l'exposition montre un miroir circulaire d'eau qui reflète un battement de peau de batracien projeté au plafond de la voûte. C'est une installation étrange, difficile à saisir. Mais encore une fois, on marche, si l'on peut dire, happé d'une part par ce puits qui semble sans fond, inquiet d'autre part par le reflet au fond de l'eau d'un coeur de grenouille qui bat.
Chez Samakh, les choses marchent par deux. Une chose simple et une chose complexe. On se souvient qu'en 2003, il avait demandé aux habitants de replanter des arbres sur l'île de Vassivière à la suite de la tempête de 1999 qui avait ravagé ces mêmes plantations. Et là encore, la participation du spectateur à l'oeuvre était une chose essentielle selon lui dans l'élaboration du travail. A Maubuisson aussi, c'est le spectateur qui fait l'oeuvre, la fait vivre au gré de ses sensations, de l'intensité de sa relation avec la nature.

Les flûtes solaires

Le parcours de Maubuisson se clôt sur le meilleur, si l'on peut dire, sur ce qui constitue en tout cas le clou du spectacle. Sur de grands arbres qui entourent le parc, Samakh a disposé des flûtes solaires. Ce sont de véritables instruments de musique qui fonctionnent avec des capteurs solaires fixés sur elles et qui, selon l'intensité du soleil, jouent plus ou moins une musique aléatoire. Et c'est véritablement un enchantement lorsque l'on découvre ces flûtes disposées dans les arbres. Auparavant, on avait entendu des sons, des notes indistinctes provenir de tel ou tel endroit de la clairière. Mais Samakh n'est pas un enchanteur, encore moins un joueur de pipeau. C'est quelqu'un qui vit un lien profond avec la nature. Ecoutez, vous n'entendez rien ? Pas même le son d'une flûte ? Vous ne les voyez pas ? C'est l'artiste qui les cache malicieusement dans les arbres. Il n'y a là aucune manipulation, juste un jeu avec le spectateur, une féerie pour les yeux et les oreilles de celui qui aime les arbres, souhaiterait davantage écouter les oiseaux, prendre conscience de la nature. Samakh révèle la nature, comme il révèle l'architecture, l'histoire de l'abbaye. Avec élégance, "sans rien y ajouter". Pour notre plus grand bonheur.

vos commentaires

 
votre avis sur cet article : (Jusqu'à 1500 caractères)

Pour aller plus loin

Les événements associés

Erik Samakh

Erik Samakh

Demain: Abbaye de Maubuisson - Saint-Ouen-l'Aumône (95310) Dates : du 29 Mars 2006 au 28 Août 2006 TERMINÉ

Cette exposition personnelle d'Erik Samakh sera l’occasion de découvrir, ou redécouvrir, le rôle de cet artiste pionnier qui, depuis les années 80, recourt à l’informatique et à l’...

Plus sur Erik Samakh Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

fil culture

Les Bee Gees perdent l'un des leurs

MusiqueLes Bee Gees perdent l'un des leurs

Plus sur Les Bee Gees perdent l'un des leurs
 

les Avis des membres

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour
Plus

citation du jour

« Je crois que la vérité fait toujours scandale.  »

de Henri-Georges Clouzot

En savoir plus sur cette citation

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (11)
     

privilèges

Plus

vidéos

  • Exposition Néon à la Maison Rouge La Maison rouge honore l'art du néon, discipline méconnue

  • Maya

Plus

photos

  • Histoires de voir - Histoires de voir, Show and Tell

    Histoires de voir Virgil Ortiz, Animal Trainer Trio, 2011 Céramique peinte Collection Virgil Ortiz

  • Histoires de voir - À la Fondation Cartier pour l'art contemporain, l'art tire au brut

    Histoires de voir Mamadou Cissé, 2005 Crayons et feutres sur papier, 41,7 x 29,4 cm Courtesy Galerie Bernard Jordan, Paris - Zurich

agenda

toutes les expositions

Découvrez toutes les expositions dans l'une de ces catégories :