3e FESTIVAL DES OUVERTURES UTILES Les squats, FOU artistique
Emilie Trochu pour Evene - Mai 2009 - Le 14/05/2009
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Des squats d'artistes dans Paris, ça existe encore ? Oui, et plus que jamais. Sur les trente-cinq que l'on suppose, vingt-six sont "officiels" et vingt-deux se fédèrent autour du festival intersquat bi-annuel le FOU. Une troisième mise au point du 15 au 24 mai 2009, avec cette fois une ouverture sur l'Europe.
Alors que le week-end du 16 mai sera l'occasion de déambulations nocturnes dans les musées, il permettra également de célébrer une autre culture, non institutionnelle mais complémentaire : celle du squat artistique. Le FOU (Festival des ouvertures utiles) se tient du 15 au 24 mai dans 22 structures alternatives d'Ile-de-France, plus ou moins jeunes, plus ou moins sur le fil de la légalité, mais toutes dans la précarité. Depuis que l'occupation illégale par des artistes est devenue un phénomène de société, souvent dénigré, parfois récupéré, elle reste à la fois une source de polémiques, et un vivier de conceptions innovantes du "vivre ensemble". Si l'événement propose concerts, portes ouvertes, ateliers, repas, débats et une foule d'autres activités, son caractère festif ne doit pas cacher le quotidien des artistes squatteurs, le même depuis les années 1980 : huissiers, procédures judiciaires, expulsions... le tout pas toujours dans les conditions les plus démocratiques. Pourtant, avec un acharnement sans faille qui traduit bien la pérennité de leurs doléances et la ténacité de leurs convictions, les squats se multiplient, évoluent et s'activent. La troisième édition du FOU en est l'expression la plus flagrante.
Revenus dans l'ombre
Il fut un temps, entre 2003 et 2004, où les squats artistiques apparaissaient régulièrement au sommaire des journaux et magazines. Le règne du "bobo" touchait à son paroxysme, où il était de bon ton de traîner nonchalamment dans des lieux à l'esthétique désaffectée, au parfum d'illégalité bon enfant. C'était l'époque où il devenait politiquement problématique d'expulser des squats d'artistes surtout quand ceux-ci pouvaient devenir aussi populaires que le 59 rue de Rivoli, dont l'immeuble fût d'ailleurs racheté par la Mairie de Bertrand Delanoë pour détourner l'inévitable issue. Un temps où l'association Usines Ephémères, après vingt ans de baux précaires avec divers propriétaires, posa définitivement ses valises sur un canal Saint-Martin devenu très branché, et d'ailleurs convoité à l'époque par les frères Costes. Le moment où enfin, le Palais de Tokyo prenait la vague en se donnant sérieusement des airs de friche, avec pour mission de montrer l'exemple d'une occupation gentiment contractuelle. Quid depuis cette tentative de récupération ? Si le Point éphémère fait carton plein tous les soirs, si les Frigos ont trouvé leur légitimité dans les plans de rénovation de l'Est parisien, est-ce à dire que les artistes sont rentrés dans le rang ? Loin s'en faut. Ouvertures et fermetures s'enchaînent toujours à un rythme difficile à suivre, mais maintenant qu'est venue l'ère des beaux discours, la constance de la précarité pose problème.
Artistico-social…
Vue de l'exposition de Jean-Louis D'Angelo au centre Miro, (c) Emilie TrochuDorénavant, les rares fois où les squats font l'objet d'entrefilets dans les médias, c'est lorsqu'une expulsion paraît un peu trop musclée. Faits divers plutôt que rubriques art ou société. Or c'est bien d'art et de société dont il est question derrière les portes nécessairement discrètes de ces lieux pirates. D'art parce que ceux qui remplissent les étages des immeubles à l'abandon sont des artistes qui, à défaut d'avoir les moyens de se payer un atelier ou un logement sans pour autant sacrifier leur pratique artistique, faute d'avoir un jour une réponse positive du côté des municipalités, doivent trouver d'autres alternatives. Parce que tous organisent des expositions, des ateliers, des concerts et bien d'autres formes de création. La plupart d'entre eux s'accordent à dire que, si le squat est d'abord une nécessité, il devient ensuite autre chose : un mode de vie pour certains, une source d'inspiration pour d'autres. Jean-Louis d'Angelo, réalisateur et artiste peintre, précise que s'il rêve d'avoir un jour son propre atelier, il garderait un pied dans ce réseau, pour les rencontres, l'énergie et les opportunités. L'émulation et le dynamisme que génère la précarité, est un formidable moteur de création et de nombreux squatteurs ne souhaitent d'ailleurs pas entendre parler d'une occupation définitivement établie. Juste de trois mois à deux ans, "pour se poser un peu". C'est d'ailleurs l'ambiance générale du centre Miro, le dernier-né des squats parisiens, installé depuis deux mois dans un ancien centre médical rue de Miromesnil. Mehdi Mammar et Brahim Driouache, deux des fondateurs du centre et coutumiers de cet environnement instable considèrent que l'art reste leur priorité. "Bien sûr on vit en collectivité, mais l'essentiel c'est d'avoir son propre espace pour faire son art et ensuite, être le plus accessible possible au public."
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