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The Dark Knight Rises : les comics à lire avant le film

Par Valentin Portier (avec Manuel Delort) - Le 19/07/2012

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The Dark Knight Rises : les comics à lire avant le film

Avant la sortie tant attendue du dernier volet de Batman le 25 juillet, passage en revue des aventures du super-héros qu’il faut avoir lu avant de voir le film de Christopher Nolan. D’autant que le cinéaste s’en est plus ou moins inspiré.

Depuis sa création en 1939 par Bob Kane et Bill Finger, le chevalier noir en a vu de toutes les couleurs. Les plus grands auteurs et dessinateurs se sont frottés au mythe de l’homme chauve-souris, souvent pour le meilleur. Des perles graphiques dont Nolan a su s’inspirer pour réinventer Batman au cinéma après les errements crypto-homo-fluos de Joel Schumacher. Evene répertorie les sagas plus ou moins facilement disponibles en France qu’il faut absolument avoir lu, qu’on soit un fan de Bruce Wayne, de Nolan, ou même d’aucun des deux. 

 

The Dark Knight Returns, 1986 *****

Dernière édition en date, Panini Comics, 2009.La renaissance d’un héros commence par sa fin. Salué par la critique comme un chef d’œuvre absolu dès sa sortie, le roman graphique de Frank Miller a pour premier mérite d’avoir fait table rase de la période kitsch de Batman. Exit donc le héros bondissant et les whizz bam « To The Batmobile, Robin ! » et place à la créature gothique et sombre. 
The Dark Knight Returns se veut le crépuscule d’une chauve-souris. La Guerre Froide est toujours en cours, et tous les super-héros semblent avoir pris leur retraite, à l’exception notable de Superman, arme massive des États-Unis. Bruce Wayne a définitivement raccroché son masque dix ans auparavant après la mort du deuxième Robin, abandonnant Gotham à sa fange et sa vermine. Mais la névrose initiale, incarnée par un rongeur volant, est toujours là.
S’il ne devait y avoir qu’une seule histoire du Batman à emporter sur une île, ce serait celle-ci, et pour de très nombreuses raisons. Portrait d’une Amérique des années 80 violente, où les médias sont omniprésents, le roman graphique ausculte aussi le patriotisme des comics, et la violence propre aux super-héros. Batman incarne en ce sens l’antithèse de l’héroïsme à l’Américaine. Chaque scène d’anthologie cède la place à une scène encore plus mémorable (la mort du Joker est d’une beauté crue). Avec Miller, la chauve-souris entre dans son ère moderne. La plus belle des résurrections. 

Les emprunts de Nolan : Le Dark Knight du titre, évidemment. On peut aussi noter que le troisième film et la BD partagent les mêmes initiales : TDKR. Il y a aussi le design plus réaliste et martial de la Batmobile, qui n’est jamais appelé ainsi chez Miller ou Nolan. Gotham City est dépeinte comme une ville malade. Les films de Nolan reprennent aussi la théorie qu’au final, Bruce Wayne est peut-être le masque d’une créature qui ne vit que pour punir le crime au point d’avoir perdu son humanité. 

 

Année 1, 1987 *****

Urban Comics, 19 euros avec DVDAprès la fin de Batman, Frank Miller s’intéresse aux débuts du super-héros. Dans une Gotham gangrenée par la pègre et la violence, le jeune Bruce Wayne revient de son exil forcé, après la mort de ses parents. Il veut faire le bien, mais comprend vite qu’il doit devenir plus qu’un homme. « Oui, père, je serai chauve-souris », comprend-il un soir alors qu’une créature ailée pénètre avec fracas dans sa bibliothèque.
Année 1 est considéré presque unanimement comme la meilleure histoire de Batman. Sa réédition par Urban Comics est une excellente nouvelle. La preuve, avant même sa sortie, l’édition du livre avec le dvd de son adaptation animée, était déjà en rupture de stock. Si on préfère la beauté mélancolique de The Dark Knight Returns, Année 1 est néanmoins une réinvention magistrale, réaliste et intime, liant les destinées du milliardaire névrosé à celle du Lieutenant Gordon, idéaliste qui se demande comment élever un enfant dans une Gomorrhe moderne. L’ambiance est celle d’un polar poisseux, où la dimension super-héroïque est presque anecdotique. Car contrairement à Superman, qui représente la « Vérité, la Justice et  l’American Way », Batman est un mythe, une ombre dans la nuit. 

Les emprunts de Nolan : Batman Begins reprend quasiment la trame du roman graphique, sans Catwoman et en y ajoutant Ras’Al Ghul et l’Épouvantail. Quand tout le monde (ou presque) loue l’approche réaliste de Christopher Nolan, ce dernier peut vivement remercier Miller. 

 

The Killing Joke, 1988 ****

Paru en 2009 chez Panini Comics.Quand Alan Moore, scénariste hissé au rang de divinité avec des œuvres telles que Watchmen ou V pour Vendetta s’attaque à Batman, il s’attarde en fait sur son ennemi juré, le Joker… Comique raté qui devient par la force des choses criminel malgré lui, puis clown psychopathe, le Joker n’avait jusque là jamais eu les honneurs d’une genèse.
Ses origines font écho à son projet, où il tente de briser psychologiquement Jim Gordon pour démontrer qu’une seule mauvaise journée peut transformer un homme en fou. L’histoire est courte et les cases sont découpées avec brio. L’argument central reprend un thème déjà-vu, mais est ici développé magistralement : Batman est aussi fou que le Joker, mais sa folie se manifeste autrement. L’un n’est que le reflet de l’autre, ayant chacun eu un mauvais jour dans leur vie. La fin de la bande-dessinée, fait en ce sens, froid dans le dos. 

Les emprunts de Nolan : De l’avis même du réalisateur britannique et du regretté Heath Ledger, The Killing Joke est une des sources principales d’inspiration pour Le Chevalier Noir. 

 

Knightfall, 1993 *****

Paru chez Urban Comics le 6 juillet 2012.Ils sont venus, ils sont tous là, prêts à bouter le Batman hors de Gotham City. Dans Batman the Knightfall – tome 1, saga qui a inspiré Christopher Nolan pour clore sa trilogie, Bruce Wayne va mal et son double en cuir ne se porte guère mieux. Déprimé, sous traitement, l’Homme chauve-souris est vulnérable. Le vilain Bane l’a bien compris. Dans ce premier épisode d’une série de cinq, jusqu’alors inédite en France, les scénaristes ont peaufiné l’un des meilleurs ennemis de Batman. Moins complexe que le Joker, mais beaucoup plus « rationnel », c’est un surhomme dopé au venin, machiavélique mais patient qui fomente des plans pour anéantir Wayne/Batman. Et pour cela, cet anarchiste à la carrure de monstre s’est constitué une véritable petite armée de cinglés. Bane lâche en pleine nature tous les internés de l’asile Arkham, parmi lesquels les « méchants » qui ont jalonné les aventures de Batman depuis sa création par Bob Kane en 1939 : le Joker, le Ventriloque, Amydale, Double-Face, l’Épouvantail, Enigma, Poison Ivy, etc… 
Le dessin old school de Jim Aparo (le père d’Aquaman, décédé en 2005, a travaillé pendant 30 ans sur Batman) et le scénario de Doug Moench offrent une scène parmi les plus fortes de ces aventures, où la folie gangrène Gotham. La police est débordée, Batman au fond du rouleau et à bout de force. Même l’optimisme de Tim Drake alias Robin - le troisième du nom - n’y peut rien et finit par se fondre dans la noirceur ambiante. Culte.

Les emprunts de Nolan : Officiellement, c’est la saga qui a inspiré The Dark knight Rises. On peut s’amuser d’ailleurs du titre choisi par Nolan : L’ascension du chevalier noir, à opposer à La Chute du chevalier. Le vilain Bane est effectivement présent, avec le même but : contrôler Gotham City et détruire son super-héros. On y voit aussi un Batman qui s’accroche à sa solitude… D’où l’arrivée de nouveaux alliés au cinéma ? Mais on doute fortement que Nolan se soit inspiré des intrigues fantastiques et mystiques de cette histoire. Même le « venin » qui donne sa force à Bane n’est pas présent dans le film. 

 

 

Un long Halloween, 1996-1997 *****

Paru en 2009 chez Panini Comics.La saga de Jeph Loeb et Tim Sale en treize épisodes suit directement les événements dépeints par Franck Miller dans Année 1 et pourrait s’appeler Harvey Dent Année 1. Gotham City est toujours sous la coupe des mafiosi, et Batman, le procureur Harvey Dent et le commissaire Gordon font le pacte – aux conséquences tragiques – de débarrasser la ville du Romain, le parrain local. À Halloween, un tueur plus tard appelé Holiday entame sa série de meurtres, suivant les fêtes du calendrier (Thanksgiving, Noël, St Valentin). 
Le scénario de Jeph Loeb, imaginé comme un Cluedo au long cours, est l’un des plus intelligents traitant du Batman. Il est surtout l’un des meilleurs portraits de l’homme derrière le masque, l’orphelin Bruce Wayne, qui vit pour et à travers l’image de parents assassinés sous ses yeux. Les cases très graphiques de Tim Sale, tout en horizontales et verticales, viennent accentuer l’élégance du propos, qui se veut un hommage aux vieux films de gangsters des années 30 et 40. 

 

Amère victoire, 1999-2000 ****

Urban Comics, 35 euros.Et si les meilleures histoires de super-héros, comme pour toute mythologie, étaient celles qui revenaient inlassablement sur leurs origines, dans la douleur, la perte et l’abandon ? Amère victoire reprend là où Un long Halloween s’était arrêté : Harvey Dent est devenu Double-Face, la mafia de Gotham est morcelée après la mort du Romain. C’est sans compter sur le Pendu, meurtrier qui tue selon les fêtes du calendrier, comme son prédécesseur Holiday. Durant cette année, un jeune circassien répondant au nom de Dick Grayson perd ses parents tragiquement avant d’être recueilli par Bruce Wayne, orphelin lui-aussi. 
Tout comme Un long Halloween, Amère Victoire baigne dans une atmosphère de film noir. Son titre original, Dark Victory est d’ailleurs un clin d’œil au film de 1939 avec Bette Davis. Le personnage de Robin, sidekick bondissant et bavard que d’aucuns accusent de diluer la noirceur inhérente à Batman, est ici un élément essentiel. En prenant sous son aile un orphelin comme lui, le chevalier noir se souvient qu’il est avant tout Bruce Wayne, un enfant perdu. En ce sens, les deux planches parallèles racontées du point de vue d’Alfred, le fidèle majordome, justifient à elles seules l’existence d’Amère Victoire. Il est alors d’autant plus dommage que cette nouvelle partie de Cluedo ne se hisse pas au haut niveau de son prédécesseur, Un long Halloween

Les emprunts de Nolan : Amère victoire et Halloween sont les Batman favoris de Christian Bale. L’omniprésence de la pègre chez Nolan, plus que les super-méchants et les monstres de foire, est tributaire d’Année 1, et donc d’Un long Halloween. Les personnages vus dans ces BD ont un rôle plus ou moins important dans les films. On retrouve aussi le slogan « I Believe in Harvey Dent ». En plus du Joker, Le Chevalier noir revient sur l’histoire tragique du procureur et de sa transformation en Double-Face.

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