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Théo Van Rysselberghe, la touche belge

Par Manuel Delort - Le 21/06/2012

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Théo Van Rysselberghe, la touche belge

Le Musée de Lodève dans l’Héraut consacre, jusqu’au 21 octobre, une exposition au peintre belge Théo Van Rysselberghe (1862-1926), père du pointillisme, dénicheur de talents et technicien hors-pair qui sut sublimer ses contemporaines.

 

Un cadre idyllique et idéal. Bourgade perchée dans les hauteurs de l’Héraut, à deux pas du plateau du Larzac, Lodève sent bon la bruyère et le farniente. Au beau milieu de ce village aux murs pastel, le musée communal – et confidentiel – installé dans le Palais du Cardinal de Fleury, accueille une exposition consacrée au peintre belge Théo Van Rysselberghe (1862-1926). Centré sur les années les plus productives de l’artiste, le parcours a pour ambition de mettre en valeur un artiste qui a su se questionner sans cesse, très attaché à la technique qu’il avait acquise aux Beaux-Arts de Gand et en même temps soucieux de vivre avec son temps. 

Pointilleux

© Musée d'OrsayL'Entrée du port de Roscoff, 1889, © Musée d'OrsayComment définir Van Rysselberghe ? D’abord comme un hyperactif, un artiste bouillonnant, incapable de tenir en place. Dès l’âge de 20 ans, il file au Maroc. Comme beaucoup avant lui - on songe à Delacroix - il y sera ébloui par la lumière. À son retour, il expose ses toiles à Bruxelles et fonde le groupe des Vingt (ou vingtistes), collectif d’avant-gardistes belges. Figure de l’impressionnisme flamand, le peintre a l’art de dénicher des nouveaux talents. Et pas des moindres : Van Gogh, Toulouse-Lautrec, ces « apporteurs du neuf », comme il les nomme, et qu’il invite à diverses expositions. On connaît la suite. Influencé par la photo, Van Rysselberghe s’éloigne pour sa part du courant impressionniste : cette avant-garde n’exploite pas assez la technique. Elle est, selon lui, trop attachée à l’intuition. Justement, pour s’appuyer au mieux sur celle-ci, le Belge peint des portraits en reprenant une construction très photographique. Le cadrage lui est primordial et ses décors en second plan sont des plus structurés. À cette rigueur, il aime associer des éléments modernes, comme des motifs issus du japonisme utilisés également par les Nabis (Portrait d’une jeune fille en rouge). Et pour toujours plus de précision, il diminue l’épaisseur de ces touches en exerçant par petits points. Le pointillisme, ou néo-impressionnisme, naît sous sa main. Ainsi, la couleur gagne en intensité. Ce qui donne cet effet que l’on dirait aujourd’hui « pixélisé » qui permet plusieurs lectures de l’œuvre (tant les paysages que les portraits) si on la regarde de près ou de loin. 

L’amoureux des femmes

© Musée départemental Maurice-DenisPortrait d'Alice Sèthe, 1888, © Musée départemental Maurice-DenisL’autre grande caractéristique de Théo Van Rysselberghe ? Sa capacité à sublimer ses sujets. En particulier les femmes. Avec un traitement dépouillé et harmonieux, les lignes, les formes et les couleurs semblent s’associer parfaitement sur ses toiles. En témoigne le Portrait d’Alice Sèthe, qu’un poudroiement d’or vient magnifier. À l’inverse des impressionnistes, qui s’inspirent souvent des muses de l’Antiquité et idéalisent leurs modèles, Van Rysselberghe préfère les femmes de son temps, les « belles chairs » aux formes plus sportives : dans Les Baigneuses à Cavalière et Les Baigneuses autour d’un rocher, sa fascination pour les reflets et les corps explose. Le musée de Lodève expose aussi le Ruban écarlate, sans doute son œuvre la plus connue. Et là encore, le tableau est à nouveau un prétexte pour rendre flamboyants les effets de la lumière. À propos de ces nus, son gendre, l’écrivain André Gide, dira que « Théo a trouvé le moyen de les peindre d’une chasteté absolue, oui, le nu hygiénique ». Ce chantre de la pudeur et de la lumière, « vivait dans la clarté », dixit don épouse Maria. Et c’est cette limpidité éclatante que Lodève parvient, dans sa riche sélection, à illustrer.

À la Une : détail du  Ruban écarlate, 1906, collection particulière.

 

 

Théo Van Rysselberghe, l’instant sublimé. Jusqu’au 21 octobre 2012 au Musée de Lodève – Square Georges-Auric, 37 700 Lodève.Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Tél. 04 67 88 86 10.

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