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Ethique photographiqueEXPOSITION VIVA, UNE AGENCE PHOTOGRAPHIQUE AU JEU DE PAUME
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la photographie humaniste est apparue comme le réceptacle idéal pour rassembler les espoirs de lendemains chantants. Elle est à son apogée pendant les années 1950. Mais des années 1960 va naître un autre regard. Plus dur, moins complaisant. La violence du contexte colonial éveille les consciences individuelles. Avec la guerre du Vietnam, l'approche de la photographie se retrouve profondément bousculée. La faune de photographes qui couvrent l'événement prend réellement conscience de sa responsabilité dans la transmission de l'information. Et un certain nombre d'entre eux vont se retrouver à faire le jeu, voire à s'inscrire ouvertement en faveur des mouvements de "contre-information" organisés par les "anti-guerre". Traditionnellement cantonnés dans un travail d'illustration, ils vont choisir de proposer une autre lecture des événements, en rupture avec les thèses relayées par les arcanes médiatiques officiels. Avec cette guerre, les photographes, comme l'opinion publique, réalisent les capacités du langage photographique à transmettre des réalités/vérités différentes. Le groupe comme alternative
Créée en février 1972, ses géniteurs, huit photographes "génération 68" ont tous la trentaine passée et le regard affûté : Alain Dagbert, Martine Franck, Hervé Gloaguen, François Hers, Richard Kalvar, Jean Lattès, Guy Le Querrec et Claude Raymond-Dityvon. Plus coopérative d'auteurs-artistes qu'agence de presse, le groupe Viva cherche à prolonger les acquis hérités de son aînée, l'agence Magnum (1947), et à se démarquer des trois agences - Gamma (1967), Sipa (1969) et Sygma (1973) - qui dominent le monde de l'image de la presse illustrée à coups de cadences infernales et de clichés "chocs". Viva est un outil de travail qui appartient à part égale à chacun de ses membres. On y défend le respect de l'oeuvre et du droit d'auteur en assurant l'indépendance et la liberté du photographe vis-à-vis des exigences du marché. La confrontation comme moteur de recherche esthétique
Trop souvent corsetée dans la catégorie "art mineur", la photographie entrevoit enfin avec Viva une possibilité de se libérer des dogmes esthétiques que lui imposaient jusqu'à présent sa filiation avec la peinture en termes de discours, de cadrage ou de construction. A la fois réinventer une nouvelle façon de construire des images sans chercher à uniformiser les élans novateurs. Sur les traces des William Klein (qui soutiendra d'ailleurs l'agence Viva dans son entreprise en lui laissant ses archives en distribution) et Robert Frank qui, depuis quelques années, malmènent déjà les compositions classiques de la photographie, Viva s'aventure vers de nouvelles formes de langages. L'image prend la parole…
"Familles en France"
Les raisons d'un échec
De 1980 à 1982, un ultime souffle d'espoir traverse l'agence Viva, avec l'accueil de "nouvelles écritures photographiques". Outil de recherche formelle, Viva adopte une approche purement artistique, à l'instar des tentatives de Yves Jeanmougin de croiser la photographie avec d'autres activités ou de varier les supports en s'appuyant sur l'outil audiovisuel. Mais en vain : Viva ne parviendra jamais à trouver le juste équilibre entre contraintes économiques et libertés de création. Portée par une époque, elle fut condamnée à mourir avec elle. Il n'en reste pas moins que l'agence Viva constitue un témoignage précieux sur les années 1970 et a nettement tracé les contours du paysage photographique actuel. Sans s'en réclamer ouvertement, nombreux sont les photographes qui portent en eux aujourd'hui l'héritage éthique et esthétique des photographes Viva. (1) Alain Garnier, "Sept photographes pour une agence", in Le Nouveau Photocinéma, juin 1972, p.42 (2) Alain Garnier, op.cit (3) Alain Garnier, op.cit (4) Texte collectif de présentation de Familles en France, septembre 1973 Mathieu Menossi pour Evene.fr - Février 2007
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