INTERVIEW DE REBECCA MANZONI A contretemps
Propos recueillis par Sophie Lebeuf et Mélanie Carpentier pour Evene.fr – Mai 2009 - Le 05/05/2009
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Tous les samedis soirs à 22h30 sur Arte, entre la France et l'Allemagne, 'Metropolis' dévoile sa programmation ambitieuse. Rencontre avec Rebecca Manzoni, rédactrice en chef de ce magazine télévisuel qui a choisi de prendre le temps de se pencher sur la culture et, surtout, de réfléchir au moyen de la diffuser au plus grand nombre.
Longtemps incarnée par la voix inoubliable de Pierre-André Boutang, l'émission 'Metropolis' s'est féminisée, au son du timbre chaud de Rebecca Manzoni. Journaliste spécialisée dans la culture, présentatrice de la chronique Eclectik sur France Inter, la jeune femme sème les graines de l'érudition dans les médias. Son défi à la tête de 'Metropolis' : intéresser un maximum de personnes sur des sujets aussi variés, et affirmer un ton dont la légèreté n'empêche pas la rigueur. 'Metropolis' c'est avant tout "la culture comme mission de notre vie" (1), où les arts et les idées sont les invités hebdomadaires, sur un ton drôle ou sérieux.
Trouvez-vous qu'on ne prend pas suffisamment son temps pour parler de la culture sur le petit écran ?
J'ai tout de suite senti chez Muriel Ménard et Patrick Sobelman, les producteurs de l'émission, qu'on était sur la même longueur d'ondes : on avait envie de réfléchir ensemble à la manière d'aborder la culture à la télévision. Et surtout, de prendre le temps d'y réfléchir. La formule du magazine permet cette réflexion. Dans le cadre d'une émission quotidienne, on va remplir pour remplir. Aujourd'hui, on croule tellement sous l'information que c'est peut-être mieux de proposer aux téléspectateurs un regard particulier. C'est une information qui a fait l'objet d'une réflexion, d'un point de vue, d'une critique. On ne parle pas d'un événement juste parce qu'il est dans l'actualité.
Comment déjoue-t-on les pièges des exercices promotionnels, de cette machinerie qui s'est mise en place autour de la culture ?
La promo, il suffit de la refuser. Je dis ça d'autant plus qu'on y a cédé, et qu'à chaque fois c'était l'enfer. Contourner la promotion, c'est aussi faire des liens entre des actualités en apparence disparates, trouver le point commun qui permet d'avoir une vue d'ensemble grâce à des thèmes transversaux. On parle de ce qui est dans l'actualité, mais différemment : tout réside dans le traitement. C'est important que les gens soient informés de ce qu'ils peuvent voir, lire, écouter, mais ce n'est pas la fonction de 'Metropolis'.
Justement, comment définiriez-vous la ligne éditoriale de l'émission ?
Je rêverais d'avoir une phrase pour définir la ligne éditoriale… Je dirais que c'est une façon de parler de la culture avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux.
Vous dites ne pas choisir vos sujets uniquement en fonction de l'actualité. Quels sont les autres critères ?
Conférence de rédaction dans les locaux de Metropolis (c) Evene Les sujets ne se choisissent pas à l'unité, ils se choisissent dans le cadre d'une émission. Il y a deux types de sujets. Ceux dont tout le monde aura entendu parler, et qu'on ne se refuse pas. A nous de trouver ce que nous pouvons leur apporter. Ensuite, il y a les sujets qui relèvent davantage de la découverte. Là, par contre, il s'agit plutôt de trouver le moyen de rendre cette découverte accessible et intéressante. Dans l'émission, les deux types de sujets s'équilibrent : le téléspectateur est rassuré par un sujet qu'il connaît et ensuite, on l'emmène vers quelque chose qu'il ne connaît pas.
Donc vous souhaitez à la fois plaire et instruire ?
Instruire, c'est ennuyeux. C'est important qu'il y ait un côté didactique, mais le terme "instruire", non, ça fait maîtresse d'école. Et ça sous-entend que nous, on sait, alors que la personne qui regarde ne sait pas. J'ai envie que la personne qui regarde 'Metropolis' se dise qu'elle a appris quelque chose, mais elle l'aura appris par elle-même. Notre travail lui aura donné envie de s'intéresser à un sujet. Quant à "plaire", on fait de la télévision, donc il y a évidemment un côté séduisant dans la démarche. Dans notre volonté de "parler de la culture avec sérieux sans se prendre au sérieux", il y a l'idée d'en parler avec humour, légèreté. 'Metropolis' est un magazine vivant, ce qui n'interdit ni l'exigence ni la rigueur.
Une des règles de l'émission, c'est qu'on ne vous voit pas à l'écran. Mais à partir de septembre, cela va changer. L'absence de présentateur permettait une mise en avant de la culture et non d'un personnage : qu'est-ce qui a fait évoluer cette conception ?
Ne pas voir le présentateur, c'était la tradition de 'Metropolis'. Pierre-André Boutang avait une voix très caractéristique, donc la nature correspondait parfaitement à la présentation. Toutefois, il y a eu une volonté de la chaîne de passer à ce qu'ils appellent une "présentation incarnée" : d'après les dires des dirigeants de la chaîne, le problème d'Arte, c'est le manque de visages, les émissions ne sont pas incarnées. J'ai présenté quelques émissions à Cannes, et ça m'a beaucoup amusée, notamment parce que c'est un autre mode d'écriture. Quand on sait qu'on va être vu, on n'écrit pas de la même façon, et c'est quelque chose qui m'attire. Ca m'intéresse aussi d'être une femme dans la télévision d'aujourd'hui - il y a évidemment du narcissisme là-dedans. Mais apparaître à l'écran ne veut pas forcément dire se mettre davantage en avant qu'un sujet. Je ne suis pas qu'une animatrice qui annonce les reportages : je connais les sujets et j'en ai travaillé la plupart.
N'est-ce pas un risque pour l'émission de perdre en singularité, de rentrer dans une uniformisation du traitement de la culture à la télévision ?
Ce n'est pas parce que je présente que la ligne éditoriale va changer : l'évolution est purement formelle. Je pense que ça peut affirmer le ton de l'émission, humaniser le propos. Ca peut aussi lui donner plus d'écho, parce que le présentateur permet une plus grande identification. Il y a une personnalisation de l'information aujourd'hui avec laquelle il faut composer. Ce qui est intéressant c'est de trouver comment s'y prendre, en gardant le cap, compte tenu de cette contrainte. A partir du moment où il y a un visage, une émission est associée à quelqu'un, la presse en parle plus facilement, et donc ça participe aussi à ce qu'elle soit plus connue et identifiable. Il ne faut pas négliger ça.
(1) www.arte.tv
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