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          LA POLÉMIQUE AUTOUR DE 'CE SOIR OU JAMAIS' Au nom de la Culture

          LA POLÉMIQUE AUTOUR DE 'CE SOIR OU JAMAIS'

          Depuis la rentrée, un événement culturel est apparu à la télévision : 'Ce soir ou jamais'. D'une forme incontestablement originale, l'émission est victime de la réprobation d'un certain nombre de représentants du monde cathodique.

          Le 12 novembre 2006, l'émission 'Arrêt sur image' a organisé la confrontation de Frédéric Taddeï (présentateur de l'émission) et Philippe Tesson (journaliste et chroniqueur), au sujet de la pertinence culturelle de 'Ce soir ou jamais', la nouvelle émission de France 3. Sans complaisance, Philippe Tesson n'a pas hésité à attaquer cette émission pourtant originale et de plus en plus regardée. Malheureusement, loin d'imposer une réflexion consciencieuse autour de certaines problématiques appropriées, le chroniqueur s'est empressé d'évoquer le manque de fond, l'illégitimité des sujets ou des invités (considérés comme en dehors de la sphère culturelle) et l'intolérable absence de chroniqueur. Il ne s'agit pas d'en rester à la simple polémique ou à une rudimentaire opposition de styles, mais d'extraire, de ce face-à-face, les enjeux de la culture à la télévision.

          Lire la biographie de Frédéric Taddeï
          La forme de l'émission

          La télévision est un média par l'image tributaire très (trop) souvent de la forme et de l'émotion. Il suffit de s'attarder quelque temps sur les programmes culturels ou de divertissements pour se rendre compte de l'homogénéité de leurs structures et de leurs fonctionnements. Débat autour d'une table, dans un décor moderne, agrémenté de chroniqueurs plus ou moins talentueux pour les émissions culturelles ; cercles de dérisions, de promotions et de spectacles pour les émissions de divertissements.

          'Ce soir ou jamais' apparaît incontestablement comme originale et audacieuse dans sa forme. Esthétique de surcroît, elle balade les téléspectateurs de thème en thème par une langoureuse absence de précipitation. Dénuée d'intimité pusillanime, la totalité de l'émission semble se jouer en direct (ce qui est de plus en plus rare) au gré d'une intersubjectivité et d'un dialogue, fidèles complices du hasard et de l'événement. Un décor propre à suggérer l'hégémonie du propos aux dépens du superflu. Que reprocher alors à cette émission ? Philippe Tesson nous dit : le fond. Qu'en est-il effectivement ?

          Culture et télévision

          Selon lui, la définition même de la culture semble confuse et falsifiée : "On parle de sujets qui n'ont rien à voir avec la culture." Comprendre : la culture n'est pas relative à l'histoire, aux sociétés ou aux individus, mais s'exprime exclusivement à travers un certain nombre de disciplines dont les oeuvres génèrent de l'universel et de l'infini. De cette objection se dévoile une véritable divergence au sujet de la culture. Philippe Tesson s'érige en défenseur d'une culture classique qui tente de refuser tout ravissement populaire ou adultérin. La culture procéderait de canons qu'il ne faudrait pas contrarier au risque de la falsifier.

          Pourtant, cette vision, même si elle part d'un bon sentiment - préserver l'autonomie de la culture - apparaît comme inopportune dans ce cas précis. En effet, la culture dans son "authenticité" n'a rien à faire à la télévision : appréhender un auteur passe inévitablement par la lecture de ses écrits, l'oeuvre d'art demande une proximité physique incontournable, l'exercice intellectuel exige bien souvent patience et ténacité, etc. La télévision a pour rôle de susciter la curiosité, de révéler des talents, d'opposer des opinions et non de prémâcher les choses culturelles afin de les recracher aux téléspectateurs sous la forme d'une marchandise ou d'un objet de divertissement. Toute médiation paternaliste entre l'individu (sa volonté et ses désirs) et la chose culturelle est un non-sens.

          La culture contre "les cultures"

          La singularité de l'émission de Taddeï réside précisément dans cette capacité nouvelle à inverser la tendance. Tout d'abord, il ne brade pas la culture ni n'incite à sa consommation (divertissement, promotion). Ensuite, il réussit à englober le réel dans l'espace culturel. Les événements mondains sont dès lors interprétés à travers une perspective originale qui évoque positivement "la culture" au pluriel. Comprendre un fait ou une tendance par la voie pertinente de l'analyse culturelle, interroger l'hétérogénéité sociale et idéologique sont des formes de réinvestissement dynamique de la culture dans l'espace télévisuel. Il n'y a donc pas travestissement de la culture (ni redéfinition extravagante ou abusive) mais un déploiement plus large de ses compétences et de son espace.

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