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08/05/2012 01h48 salut Monsieur Rodney moi c'est Boussou Kassi je suis un Acteur résident en Côte d'Ivoire, je viens de voir cet article sur ce...
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CULTURE, POLITIQUE ET COMMUNICATION Le "Peoplelitique"
Thomas Yadan pour Evene.fr - Mars 2007 - Le 19/03/2007
Entre une transformation de l'art de gouverner et une redéfinition de la culture, la communication pointe le bout de son nez. Constat acerbe et pessimiste d'une mutation de l'homme public, qu'il soit artiste ou politique, en une nouvelle espèce médiatique : le peoplelitique.
La culture est la grande absente de la campagne présidentielle. A défaut de son évocation dans les programmes, les politiques invitent ses représentants médiatiques comme un gage de leur bonne foi - Sevran, Doc Gynéco, Hallyday sont aux cotés de Sarkozy pour fêter son investiture, Béart, Jeanne Moreau ou Ariane Mnouchkine participent à la soirée "société civile" organisée par Ségolène Royal. Quand le discours fait défaut à un projet culturel concret, on compense par la monstration médiatique de peoples. Cette proximité de fait entre les acteurs de la politique et de la culture semble paradoxale puisque, a priori, la pratique politique diffère de la chose culturelle. On peut dès lors s'interroger sur cette complicité de circonstances. Peut-être l'identité même des objets en question s'est-elle effacée au profit d'une crédibilité illégitime : la notoriété.
L'idée de culture
La culture a connu un phénomène de massification considérable. En accord avec une démocratisation croissante depuis la fin du XIXe siècle, la chose culturelle s'est faite de moins en moins élitiste, à déborder son cadre initial, pour intégrer les couches les plus populaires de la société. Cette globalisation n'a pas été sans conséquences, elle a transformé la culture en l'intégrant dans l'espace du divertissement et du loisir, corollaires de l'ordre marchand, dont la consommation est le fondement. Ainsi, ce n'est pas "une culture de masse qui, à proprement parler n'existe pas, mais un loisir de masse" (1) qui a succédé à une inégalité de diffusion. De la Culture immortelle, autonome, intransigeante, le marché n'en a traduit que la partie consommable, relative, négociable, cherchant à combler l'individu par un processus subtil de stimulation et de contrôle (publicité, par exemple) du désir. Ainsi, les communicants au service du marketing auraient corrompu l'identité culturelle en la relativisant, non par souci éthique de démocratisation, mais avec la volonté mercantile de mieux l'appréhender, de mieux la prévoir.
De la politique…
La chose politique n'a pas la même identité que la culture. Elle est intéressée et pragmatique. Longtemps, les desseins de l'autorité ont dépendu d'un absolu : droit divin pour la monarchie, raison universelle pour les Lumières, mouvement despotique de l'histoire pour le stalinisme, nationalisme exclusif et exacerbé pour l'hitlérisme, etc. La fin justifiait les moyens, en quelque sorte, sacrifiant inévitablement l'individu au profit du collectif. A contrario, la démocratisation d'une société se définit avant tout par le déclin de cette absoluité des fins et par une relativisation de l'action politique en fonction de valeurs et de principes partagés. La fin se confond avec les moyens puisque l'essence de la démocratie repose sur le consentement. Ce consentement implique le discours, le débat, le dialogue, l'échange, etc. L'interlocuteur devient la condition du bon fonctionnement démocratique et sa représentation va imposer la manière de convaincre. C'est ici qu'apparaît la fêlure. La politique moderne a fait le choix d'appréhender l'électeur comme un consommateur et non plus comme un citoyen. Elle a confondu la démocratisation de l'information, du savoir, de la citoyenneté avec sa massification. Ici, intervient la communication….
Les bienfaits de la communication
Omniprésente et complémentaire, dans un certain sens, de la démocratie moderne, elle a permis le développement massif du dialogue, de la consolidation du lien social et a engendré une représentation plus en accord avec les diversités sociales, religieuses, idéologiques et culturelles. La culture et la politique n'ont pu ignorer la multiplication des supports de diffusion et la nécessité de les utiliser. Durant cette campagne présidentielle, l'Internet, par exemple, a pris une place considérable et la télévision et la radio ont su préserver leur statut par l'originalité et la multiplicité des émissions. Ainsi, la démocratisation de la politique, le développement de l'individualisme aurait permis l'émancipation progressive du citoyen et l'éveil d'une société plus juste et plus égalitaire. En quoi la politique devrait alors, parallèlement à la culture, s'inquiéter d'une massification de son usage ?
Le désordre du discours
Contrairement à l'optimisme de Dominique Wolton, il semble évident que la forme spectaculaire de la communication fonctionnelle a triomphé avec la globalisation du marché aux dépens du normatif (2).
Le discours, désormais tributaire de l'image, est vidé de sa substance conceptuelle ou idéologique pour devenir confession, reflet de soi. Car semblable à la culture, le politique a perdu l'objet de son discours et seule la communication normative semble pouvoir transmettre avec fidélité. Comme le notait Arendt, le loisir se fout de la choséité de la chose, ne s'intéresse pas à l'identité de l'objet culturel. Sa cause est la consommation, c'est-à-dire sa ruine, son existence éphémère et sa destruction. L'artiste n'a plus rien à dire de fondamental sur sa création, alors il parle de lui. Le politique, orphelin de projets concrets, soignant son image, se raconte au lieu de parler de ses interlocuteurs. Le dessein est de convaincre, non d'argumenter. Il n'y a plus de communion (sauf à de rares moments) mais communication. Acceptant l'ordre marchand, qui fabrique divertissements et convergence d'opinions, les acteurs politiques et culturels médiatiques ont dû s'adapter. La mise en scène spectaculaire de la représentation du monde a réduit l'identité à l'image et le discours à la sophistique... Et dialoguer avec eux ne consiste plus à appréhender leurs arts ou leurs programmes politiques mais à correspondre avec leur image transformée en marchandises (pourquoi Richard Berry mange-t-il un yaourt ?).
La légitimité du discours
Le discours pose aussi la question de la légitimité. Jacques Brel pouvait digresser dix minutes sur la cigarette avec une profondeur et une éloquence déconcertantes, dorénavant l'artiste se met à nu chez Fogiel (Luchini a d'ailleurs joliment répondu au présentateur : "Parler de soi à la télévision, ce n'est pas terrible, ce n'est pas immonde, mais ce n'est pas poli"). Le politique justifiait son statut par son jugement affûté ou la sincérité des valeurs qu'il défendait, aujourd'hui, il disserte sur son ego (voir la vidéo de Badinter : 'Sarkozy sur canapé'). Mais la démocratisation a eu un effet paradoxal. L'éclatement irréversible des repères figés de la parole a permis une désacralisation, une liberté plus grande pour plus de monde aux dépens d'un pouvoir élitiste et aristocratique. D'un autre coté, il semble qu'en brisant les normes de légitimité, la faculté de juger (qui est le propre du politique), la capacité à universaliser une expérience particulière, à théoriser pour agir effectivement, toutes ces qualités requises pour gérer la cité se soient effondrées. Alors, les politiques prennent exemple sur les acteurs culturels médiatiques, en exagérant artificiellement la proximité et en abandonnant leurs prérogatives.
On ne s'étonnera donc pas de cette complicité entre les politiques et les représentants de la culture. La notoriété se distribue et se partage, mais en définitive tout revient à plaider pour soi.
Les nouveaux chiens de garde
Le reproche ne peut se restreindre aux politiques, aux artistes ou aux intellectuels. Les journalistes et les médias portent une lourde responsabilité. La volonté citoyenne de se réapproprier la chose publique vient aussi de cette absence de critique, de contradictions sincères ou jugement fiable. Le journaliste trop souvent réduit au rôle de chroniqueur, d'animateur commentant les sondages inconsistants, a perdu la confiance des électeurs. Ils jouent trop souvent le jeu des politiques et n'aident pas les artistes à sortir de cette descente vers l'ego médiatique. D'ailleurs, les livres politiques sont peu enclins à renseigner sur les programmes ou les valeurs, trop rivés à la personne, à l'identité ou à la vie intime. Ils jouent le jeu de la peoplisation. Le politique regarde son nombril et les journalistes le soutiennent fraternellement. Car la notoriété concerne aussi le journaliste et cette solidarité ressemble plus à un échange de bons procédés qu'un choix éthique et responsable vers une plus juste démocratie (voir le livre de Serge Halimi : 'Les Nouveaux Chiens de garde').
La communication a des conséquences positives sur le processus démocratique. Mais au lieu de considérer l'éveil de l'individu, le système semble le préserver dans une structure rendant sa manipulation et sa réduction plus évidentes. Il ne s'agit pas de jeter l'anathème sur ces activités et de considérer le passé comme meilleur, mais de prendre la mesure des mutations de la société moderne. Car, accepter les lois du marché, c'est renoncer progressivement à des identités politiques et culturelles intègres, c'est renoncer au mouvement soutenu de la personne vers l'activité culturelle et l'acquisition d'une autonomie effective de citoyen. C'est surtout, confondre les bienfaits de la démocratisation avec les relents nauséabonds et mercantiles de la massification.
(1) Hannah Arendt : La Crise de la culture, p. 266, éd. Gallimard, folio essais, Paris 1972.
(2) Dominique Wolton distingue la communication normative "qui renvoie à l'idéal de la communication : informer, échanger, partager, se comprendre (…) partager, communier dans la tradition chrétienne", de la communication fonctionnelle qui "liée au progrès technique renvoie à l'idée de transmission et de diffusion." Voir le livre Sauver la communication, éd. Champs Flammarion.
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