mardi 16 mars

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Une idée réchauffée ?

LE GRAND RECYCLAGE DE L'ECOLOGIE


Alors que la réalité du réchauffement climatique n'est plus à démontrer, tout le monde se prend à "jouer l'écolo" : des hommes politiques en mal de popularité aux responsables marketing des multinationales prêts à tout pour vendre des voitures ou des pots de yaourt, en passant par les citoyens qui s'achètent une conscience à coup d'équitable et de recyclable. Mais on voit chaque jour l'urgence poindre davantage, et l'heure n'est plus à la mascarade…


Chaude, la Terre ?

Le problème est simple : un doublement de la quantité du CO2 (dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre) dans l'atmosphère est envisageable d'ici à 2050. Il pourrait entraîner une hausse moyenne de température au moins dix fois plus rapide que les rythmes de changement depuis la dernière période glaciaire. Le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), l'organe de référence des Nations unies annonce un changement d'ère climatique, avec un réchauffement de la planète de 2,4 à 6,4° C à l'issue du XXIe siècle. Une telle augmentation entraînera une modification de la carte du monde. La nouvelle répartition des agricultures, l'exode des populations littorales et insulaires, la migration ou la disparition d'une partie des espèces animales et végétales détermineront un changement de civilisation.

Selon le rapport du très médiatisé économiste britannique Nicholas Stern, le réchauffement pourrait coûter 5.500 milliards d'euros à l'économie mondiale. La destruction de la nature entraîne la perte d'inestimables services vitaux rendus par les écosystèmes. Cette prise en compte du climat en économie a conféré à la crise écologique une nouvelle crédibilité aux yeux des dirigeants des pays industrialisés. Désormais, trop d'informations et de rapports scientifiques convergent, relayés par des porte-parole emblématiques tels Nicolas Hulot et Al Gore, pour que la réalité de la crise environnementale soit encore niée. Mais cette surabondance de signaux d'alarme a cependant un revers : le risque de leur banalisation. La société entière semble engagée dans une opération de "greenwashing" (blanchiment écologique) qui permet le recyclage des consciences plus qu'il n'incite à changer de paradigme.


Le boniment durable

Le problème avec la médiatisation récente de l'écologie est que tout le monde se déclare désormais écologiste. Et tous les moyens sont bons pour se donner une image verte. Le Pacte écologique de Nicolas Hulot signé par la plupart des candidats à l'élection présidentielle a offert une caution parfaite à ceux-ci. Le discours alarmiste de Jacques Chirac"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs" –, prononcé en 2002 à Johannesburg lors du sommet de la Terre, relevait également d'une injonction paradoxale, édictant des grands principes d'action qui n'ont guère été suivis d'effets. Ce discours reprenait en grande partie des conseils formulés dix ans auparavant au sommet de Rio, et jamais mis en application par la France. Quand l'hypocrisie devient la norme… Les ouvrages ou les films à la mode ('Pour un pacte écologique' ou 'Une vérité qui dérange' des sus-cités Nicolas Hulot et Al Gore) s'avèrent intéressants pour les constats qu'ils formulent, souvent alarmistes, mais ne remettent jamais en cause le système bancal dominant, fondé sur une croissance économique illimitée et la croyance en des ressources naturelles infinies. Les vraies propositions de changement rapide et radical ne sont pas légion dans les rayons des librairies ou dans les salles obscures. Du coup, les citoyens se donnent bonne conscience en triant leurs déchets, en achetant des produits "commerce équitable", ou en cotisant à une association de défense de l'environnement. Mais ils achètent des quantités énormes de viande (il faut douze fois plus de calories-pétrole pour produire un kg de viande que pour un kg de pâtes) et des fruits et légumes hors saison, qui viennent souvent de l'autre bout du monde (un kg de pommes d'Afrique du Sud est six fois plus coûteux en CO2 qu'un kg de pommes locales). Ils partent en vacances une semaine sous les tropiques (luxe de riche occidental dont les conséquences en matière de rejet de CO2 dans l'atmosphère sont faramineuses), mais possèdent une "voiture écologique" ! Ils achètent le dernier téléphone portable ou ordinateur à la mode mais recyclent leurs bouteilles en verre… Le fumeux concept de développement durable permet tous les excès, avec la tranquillité d'esprit et la caution verte en sus.

Si l'on ne peut remettre en cause le fond de l'idée de "développement durable", il est à regretter que le mot "développement" soit synonyme de croissance économique dans l'acceptation commune. On assiste ainsi à un florilège d'hypocrisies de toutes sortes. Jacques Gillaizeau, conseiller régional PS des Pays de Loire, estime par exemple que le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes sera "un modèle de développement durable". En effet, "aucun bourg ne sera survolé et on diminuera les flux automobiles grâce au raccordement de l'aéroport avec les transports collectifs". Ou quand construire un nouvel aéroport devient une action écologique, quand on sait qu'un avion qui vole coûte autant à l'environnement que si chaque passager prenait une voiture individuelle pour faire le trajet… De même, la directrice du bureau de la protection de l'environnement de la Direction générale de l'armement (!), Hélène Perret affirme : "Une arme doit détruire à l'instant T, mais il faut la rendre inoffensive après. N'oublions pas que les armes sont en majorité utilisées en exercice ou envoyées à la destruction : pensons à la santé de ceux qui les manipulent." Oui, les mitraillettes vont sauver la planète ! Dans un autre genre, la Coupe du monde de rugby 2007 a eu beau être, au dire de Jean-Louis Borloo, la "première grand-messe sportive internationale conçue comme un modèle en termes d'éco-événement", elle n'en a pas moins dégagé quelque 570.000 tonnes de CO2 en raison du trafic aérien qu'elle a suscité. Le concept de développement durable relève d'une illusion, il a servi à entretenir une fiction collective de l'action, et fourni une cosmétique verte aux multinationales les plus polluantes davantage qu'il n'a déclenché la "rupture" dont il a été question notamment autour du Grenelle de l'environnement.


Le Grenelle de l'hypocrisie

Nicolas Sarkozy, entouré d'Al Gore, de Wangaari Maathai, deux prix Nobel de la paix, de Nicolas Hulot et de Jean-Louis Borloo, a annoncé toute une série de mesures "écologiques" au sortir du Grenelle de l'environnement. Derrière cette belle image, Al Gore aurait touché 100.000 euros d'indemnités pour sa présence lors de cette conférence de presse, selon le Canard enchaîné... Et le détail des mesures présentées est intéressant à analyser. Quand le gouvernement s'engage à diminuer de 50 % les pesticides d'ici dix ans, le texte précise que cette diminution se fera "si les méthodes alternatives font leurs preuves". Le développement de l'agriculture biologique est aussi annoncé, avec comme objectif de porter les surfaces des cultures de 6 % en 2012 à 20 % en 2020 (14 % en Autriche à l'heure actuelle), mais sans aide à la reconversion. Pourquoi ? Les nouvelles réglementations européennes prévoyant une "bio au rabais" (avec possibilité de certains intrants chimiques, de contamination aux OGM…), le gouvernement pense sans doute faire monter le taux de la bio en changeant seulement la définition. Concernant les transports, nos dirigeants ont rejeté la demande des associations de taxer le kérosène des avions à la même hauteur que les carburants automobiles, et ont refusé l'application de la mesure la plus simple qui soit : l'abaissement de la limitation de vitesse sur les autoroutes. Le programme de construction de ces dernières sera limité "à la résolution des cas de sécurité et de congestion, ou d'intérêt local. Ce principe s'appliquera avec bon sens." Quand l'expression "langue de bois" prend tout son sens… Dans un aveuglement quasi pathologique, le soutien aux agrocarburants est réitéré sans aucune remise en cause, malgré les avertissements de danger de hausse des prix alimentaires et des problèmes inhérents à l'agriculture intensive. Manger ou conduire, il faudra (bientôt) choisir... Sur les déchets, on peut rappeler que le recyclage, vu comme la panacée, ne demeure qu'un pis-aller : les réseaux sont extrêmement complexes, la chimie du recyclage est lourde et polluante, et on estime qu'un tiers des camions transporte déjà des déchets... La piste à suivre aurait dû être la réduction des déchets à la source, voire la fin de la surconsommation et du matérialisme ambiant... Mais c'est un autre débat. Enfin, sur le sujet sensible du nucléaire, Nicolas Sarkozy a simplement annoncé "le gel du nombre de sites nucléaires", ce qui constitue de la poudre aux yeux puisque les sites existants ont une capacité d'accueil de nouvelles installations nucléaires (cf par exemple le réacteur EPR de Flamanville qui se construit sur un site existant, l'usine d'enrichissement par centrifugation Comurhex/Georges Besse II qui se construit à au Tricastin à Pierrelatte)...

Sur le délicat sujet des OGM, les annonces faites ressemblent aussi à des effets de manche. Après avoir déclaré vouloir interdire celles-ci, le projet de loi qui vise à mettre en oeuvre les recommandations du Grenelle et à transposer en droit français la directive européenne sur les OGM a été réécrit par le Sénat dans un sens favorable aux semenciers, et adopté le 8 février dernier par les sénateurs. Ceux-ci ont ainsi créé "un délit de fauchage" de champ d'OGM passible de deux ans de prison et 75.000 euros d'amende. Le texte, actuellement à l'Assemblée nationale, n'oblige pas non plus les producteurs de semences à participer à l'indemnisation en cas de contamination par des OGM des récoltes des parcelles voisines. Cette indemnisation en cas de présence fortuite d'OGM au delà d'un seuil de 0,9 % sera de la responsabilité de l'exploitant du champ. Ces modifications inspirées par les membres de la majorité pro-OGM font bondir les écologistes. "Ce projet de loi est une imposture politique qui s'attache à tordre le cou aux prescriptions du Grenelle", estime ainsi Noël Mamère. "Ils ont fait main basse sur l'UMP afin de défendre des intérêts mercantiles (...) la force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale (…) ils m'ont approché et j'ai refusé de leur parler", accuse le sénateur UMP de la Manche Jean-François Legrand dans une interview au quotidien Le Monde.


La révolution verte

La nécessité d'un changement rapide et profond de la société se fait jour de plus en plus instamment. On ne peut vouloir sauver la planète et prôner en même temps une relance de la croissance économique. Jacques Attali, dans son rapport sur ce sujet, note que le "principe de précaution", base de tout progrès scientifique raisonné, est nocif pour celle-ci. Noyé dans la masse, minoré, le risque est maintenant que le discours écologiste soit galvaudé : on donne l'impression d'écouter tout le monde, on se donne une "légitimité verte", mais rien ne bouge… Sur une planète aux ressources limitées, les grandes réunions internationales n'abordent jamais la question de la croissance économique elle-même. Les mesures en faveur de la survie écologique ne sont acceptées que si elles n'entravent pas le principe de cette croissance ni la libéralisation du marché.

Les choix à faire exigent que l'Etat retrouve son rôle et sache arbitrer à long terme pour le bien commun, sans se plier aux intérêts à court terme des lobbies. S'il est bien compris, le défi du réchauffement climatique peut être une chance pour l'humanité. Remettre en cause les déplacements automobiles, c'est aspirer à des villes apaisées. Abandonner le nucléaire et les énergies fossiles centralisées revient à développer des modèles énergétiques locaux qui impliquent les citoyens. Diminuer les déplacements de marchandises à travers le monde, c'est relocaliser l'économie et combattre le chômage. Sortir de la dictature de la surconsommation, c'est recouvrer une liberté salvatrice. Il est grand temps de passer d'une société de l'avoir à une société de l'être. Loin du vocable scientiste et technocratique qui accole modernité, progrès, développement à la croissance économique, les tenants de la simplicité volontaire, les adeptes de la décroissance ont définitivement un temps d'avance.


Rémy Pellissier pour Evene.fr - Avril 2008


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L'avis [des membres]

Avis de sophie 203  La note none : 4/5
Très bon article, bien documenté et surtout en phase avec la réalité. Rester positif et croire que dame conscience habite tout un chacun, reste une utopie. Comme très justement écrit, l'écologie est devenu une tendance. Aujoud'hui pour être branché, il faut parler écolo. Inutile d'intégrer. Cette mode passera comme tant d'autres. En parler oui, l'appliquer un peu. Mais attention, pas touche à mon confort. Le prix de l'essence atteint des sommets. Qui grogne ? Les transporteurs routiers. Leurs revendications : l'état doit leur garantir une stabilité. Pourtant, autant s'y faire, tôt ou tard, cette énergie nous fera défaut. Nous sommes avertis depuis fort longtemps. Pour sauver notre chère bonne vieille planète, peu sont prêts à sacrifier un "surconfort". Laisser aux générations futures, un patrimoine en bonne santé reste en dehors de leurs priorités. A commencer par ces Messieurs, Sarkozy, Borloo, Al Gore (150 000 euros est un peu cher payé !). Au fait, comment se sont-ils rendus au Grenelle de l'environnement ? Pour être leader dans un domaine, il faut mobiliser les troupes, obtenir leur adhésion. Autour de moi, les résultats sont invisibles. Je vois toujours autant de voitures avec un seul occupant. Toujours autant de vacanciers voyageant en avion. Toujours autant d'emballages pour tout, partout et qui finissent aux ordures. Toujours autant de lumières éclairant nos nuits. Et pendant ce temps, la planète, elle, s'asphyxie et nous avec !






Avis de lilblue  La note none : 5/5
Excellent, bien documenté, humain, réaliste, un final tout bon... Mais que faut-il faire de plus pour provoquer une réaction en masse ? Mais que faut-il leur dire pour que le message : "il est trop tard" ne devienne la nouvelle blanchisserie de leurs consciences si molles ?
Merci à ces intelligences qui manient si bien leur plume pour parler ..."surhumain" ...

Avis de seb110  La note none : 3/5
Quid de l'énergie nucléaire ? La technologie actuelle de l'énergie nucléaire utilise des minerais qui seront épuisés d'ici 40 ans. Il faudrait donc diviser l'utilisation de ces minerais par 1000 afin qu'il en reste suffisamment pour les générations futures. Il semblerait que les nouvelles technologies nucléaires envisagées (centrales de 4e génération) utiliseront un minerai beaucoup plus disponible, et dans des quantités moindres. Ce qui devrait permettre d'estampiller "durable" l'énergie nucléaire. A une condition : que la société dans son ensemble accepte d'imposer à nos descendants la gestion de déchets durant des centaines ou milliers d'années. C'est un choix de société à faire.


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