RSS

INTERVIEW DE FREDERIC TADDEI Extension du domaine de la culture

Propos recueillis par Mélanie Carpentier et Thomas Yadan pour Evene.fr - Décembre 2008 - Le 05/01/2009

« INTERVIEW DE FREDERIC TADDEI »

2 personnes ont déjà commenté cet article

Voir les commentaires

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
2 avis
  • Membres (2)  

Depuis deux ans, Frédéric Taddeï officie sur France 3 avec une émission unique en son genre : 'Ce soir ou jamais'. Regard original sur le monde, définition large de la culture, l'animateur a réussi à imposer un style et une vision en accord avec les exigences du service public.

Ne lui parlez pas de la différence entre vulgarisation et démocratisation de la culture, il n'en a que faire. Son relativisme culturel consiste à ne pas se résigner à choisir entre Tolstoï et Dostoïevski. Ne lui demandez pas ses coups de coeur culture, il se refuse à toute prescription. Le propos de Frédéric Taddeï, animateur télé et radio (sur Europe 1), est avant tout pragmatique et ouvert. A la tête d'un programme culturel singulier par son rythme et ses desseins, l'ancien de 'Paris dernière' se régale quotidiennement à décortiquer, sans philistinisme ni démagogie, la complexité d'un réel à travers les réflexions exigeantes et hétérogènes des écrivains, artistes, cinéastes, intellectuels français ou étrangers. L'occasion dans cet entretien de s'adresser également au professionnel des médias capable d'appréhender les lubies du public sans rien enlever à la profondeur des perspectives culturelles.

En vous lançant dans l'aventure 'Ce soir ou jamais', aviez-vous le sentiment d'un manque à combler sur le petit écran ?

A l'origine, France Télévisions a décidé de remplacer ses programmes de deuxième partie de soirée - du lundi au jeudi - par une émission culturelle quotidienne et en direct. Ils se sont adressés à moi. Un peu réticent au départ, car je ne souhaitais pas passer mes soirées sur un plateau de télévision, j'ai senti malgré tout qu'il y avait un pari à tenir : imaginer une nouvelle forme d'émission culturelle compatible avec une deuxième partie de soirée. Je ne voulais pas forcément une émission calquée sur le modèle d''Apostrophes' où l'on invite six écrivains autour d'une table pour qu'ils racontent leur livre. J'ai eu envie d'une actualité vue par la culture, une forme flexible avec certains jours un débat, d'autres jours l'interview d'une personne seule. Une émission beaucoup plus axée sur les événements et la compréhension du monde que sur l'actualité culturelle.


En effet, votre émission a ce sous-titre explicite : "l'actualité vue par la culture"…

Ce soir ou jamaisLa culture est une alternative à l'information pour comprendre l'actualité. L'info parle au moment où la vague vient s'écraser sur la plage. Pour nous, l'intéressant c'est la mer en dessous de la vague. Je fais donc plutôt confiance à la culture dans sa définition la plus large : les gens qui pensent, qui réfléchissent, qui rêvent, qui rient autour d'un sujet. Si j'arrive à avoir les meilleurs sur un sujet d'actualité, je pense que les téléspectateurs vont s'apercevoir que c'est beaucoup plus complexe, passionnant et clair que ne l'ont laissé entendre les éditorialistes, chroniqueurs et journalistes. On veut donner un sens à l'actualité, une ampleur pas forcément immédiate.

On vous a reproché de ne pas faire une émission authentiquement culturelle ?

Ce qu'on m'a reproché c'est de ne pas faire une émission culturelle. Philippe Tesson, le roi des chroniqueurs - sur 18 chaînes de télé, il donne son avis sur tout (il est par ailleurs un très bon journaliste et critique de théâtre) - s'est fait, à une époque, leur porte-parole. Il proclamait que ce n'était pas une émission culturelle parce qu'on n'y parle pas de sujets spécifiquement culturels. Pour lui, une émission culturelle, c'est tout simplement un programme, vieux de vingt-cinq ans, inspiré d''Apostrophes', où l'on vient parler de livres et de ce qui sort demain dans les salles. Moi je préfère, plutôt que de parler de l'actualité culturelle, inviter un écrivain pour un livre qu'il a peut-être écrit il y a dix ans mais qui a encore beaucoup à dire sur les problématiques d'aujourd'hui.

Quelles exigences et contraintes vous imposez-vous ?

(c) Sébastien DolidonFrédéric Taddeï, (c) Sébastien DolidonMa première exigence était de ne pas faire une émission classique avec des chroniqueurs qui viennent donner leur avis. Depuis quelques années, une émission culturelle est devenue une espèce de tribunal et ça n'a pas été facile de faire accepter cette absence de chroniqueurs. Autre exigence : pas de promotion. Les invités - surtout du cinéma - ont envie de parler de leur film. Pour que ça ne ressemble pas à de la promo, il a fallu trouver un autre angle. Je ne voulais pas non plus inviter tous ceux qu'on voit tout le temps à la télévision pour éviter de créer des habitués d'une discipline, d'un sujet ou d'un conflit. Il fallait revenir à ceux qui pensent et travaillent vraiment, revenir aux originaux et éviter la décalcomanie. Enfin, ma déontologie personnelle c'est de pouvoir parler de tout et de ne pas m'interdire d'invités. Etre libre à la télévision ne dépend pas des dirigeants du service public ou du gouvernement, ça ne dépend que de vous. Etre libre, à la télévision, dans un journal ou ailleurs, c'est éventuellement penser contre vous-même, contre ceux avec qui vous travaillez. Résister à la pression de l'entourage, c'est cela être libre.

Peut-on vraiment inviter n'importe qui ? L'animateur n'a-t-il pas une responsabilité éthique ?

Il faut aussi penser contre son propre public. Il y a autant de personnes qui se demandent pourquoi j'ai invité Dieudonné que d'autres qui déplorent la présence sur le plateau d'Alain Finkielkraut. Vous avez là une responsabilité évidente. Le meilleur moyen est de les traiter à égalité. Les animateurs de télé se prennent souvent pour un procureur. Si vous êtes virulent avec Dieudonné et qu'en revanche vous êtes très gentil quand vous invitez tous les autres... vous n'êtes pas de taille car vous n'avez pas toutes les pièces du dossier. Vous ne faites que répéter un peu bêtement ce qui a déjà été dit. Personnellement, j'ai invité toutes sortes de gens que les autres n'invitent pas et je n'ai jamais eu de problème. Avec moi, vous ne pouvez pas dire qu'il y a un lobby invisible qui intervient à la télévision : personne n'est interdit, ni Dieudonné, ni Tariq Ramadan. Il y en a certainement quelques-uns qui m'en ont voulu de leur donner la parole. Je les ai pourtant traités de la même manière, je leur ai posé les questions que je me posais à leur sujet. C'est inattaquable. Je rétablis la démocratie dans cet univers qu'est la télévision. Je le dis en riant : je suis un rempart contre la violence.


Comment présentez-vous le principe de l'émission à vos invités, quelles contraintes évoquez-vous ?

Ce soir ou jamaisAujourd'hui on n'a même plus besoin d'expliquer en long et en large à Oliver Stone ce que va être l'émission, son attaché de presse s'en charge. Pour un artiste, c'est une plaie de faire de la promo. Combien de réalisateurs ont dit : "Qu'est-ce que c'était génial cette émission, je n'ai pas eu besoin de raconter mon film !" Quand l'attaché de presse raconte à Oliver Stone ce qu'est 'Ce soir ou jamais', il a du mal à croire que l'on va parler de politique américaine durant une heure. A la fin, il a même avoué qu'il n'imaginait pas qu'une émission de télévision comme celle-là pouvait exister. On peut redouter de dire aux attachés de presse que l'on ne va pas passer la bande-annonce et que l'on ne va pas forcément parler du contenu du film. Ils risquent de faire barrage car ils ne travaillent pas pour le réalisateur mais pour le distributeur du film. Mais si vous ressortez tout le temps les mêmes anecdotes débiles, vous ne vendez pas le film, ou tellement mal que ça dissuade les gens d'y aller. Il y a d'autres manières de donner envie aux gens d'aller au cinéma, 'Ce soir ou jamais' en est une. Si j'avais invité Pablo Picasso sur le plateau je ne lui aurais pas demandé de m'expliquer sa peinture.

Vous vous mettez souvent en retrait dans l'émission : on peut ne plus vous voir pendant un quart d'heure. Est-ce que ça vous permet une plus grande objectivité ?

Au départ, je voulais absolument disparaître tant que je n'estimais pas nécessaire d'intervenir. Ca n'a pas été compris par les téléspectateurs, qui pensaient que ça ne m'intéressait pas. Et ils n'avaient pas tort ! Car quand j'écoutais mais que je disparaissais, parfois ça ne m'intéressait plus. Aujourd'hui je suis plus présent, je ne pense pas pour autant empiéter sur le temps de parole de mes invités. Je ne fais pas non plus la vedette à leur détriment. Je ne crois pas avoir tous ces défauts qu'on reproche souvent aux animateurs de télévision. Mais, en même temps, je suis beaucoup plus présent et mes questions sont beaucoup plus dirigistes. Je les écoute tant que ça reste dans le cadre du débat mais dès l'instant où on s'écarte trop, je les ramène au sujet. Je les accompagne dans leur raisonnement. C'est pour cela que je n'ai pas de fiche dans la main. Quand vous avez une fiche, vous ne regardez pas les invités. Et quand ils parlent, ils ont besoin d'être soutenus par l'animateur ; je les regarde dans les yeux et ils me regardent dans les yeux. Parfois ils s'adressent à quelqu'un en particulier mais quand ils parlent à tout le monde, c'est à moi qu'ils parlent. Je manifeste quelque chose de toute manière, et ça aide aussi les téléspectateurs. C'était donc une erreur de ma part de trop m'effacer.

Quel va être le nouveau visage de l'émission à la rentrée ?

Ce soir ou jamaisOn me pose tout le temps cette question, mais rien ne va changer. Il n'y a pas d'évolution. 'Ce soir ou jamais' a été conçue, dès le départ, pour avoir des formes très différentes. D'un soir à l'autre, l'émission peut changer du tout au tout. Vous pouvez vous retrouver avec des gens qui vont discuter de l'actualité de la semaine ; le lendemain un entretien avec Catherine Deneuve et Jeanne Moreau ; le surlendemain avoir un débat entre Edgar Morin et Alain Finkielkraut ou entre Claude Lanzmann et Jorge Semprun ; le jour d'après un ministre peut arriver face à trois intellectuels. Ce sont des formes très différentes qui existent depuis le début de l'émission. Par exemple, on s'est aperçus que si le téléspectateur arrive au milieu d'un débat de trois ou quatre personnes, même si le sujet l'intéresse, il se dit que ce n'est pas la peine de le regarder car il a raté le début. Les gens préfèrent les tête-à-tête à ce moment de la soirée. Voilà pourquoi on privilégie ce concept depuis la rentrée.

Croyez-vous au concept d'émission de service public ?

(c) Sébastien DolidonFrédéric Taddeï, (c) Sébastien DolidonJe crois que ça n'a pas de sens. Je fais cette émission parce qu'elle me semble la mieux adaptée à l'horaire, à la chaîne, au registre que l'on m'a demandé de couvrir. Je fais une émission tout autant politique que culturelle. Sur une chaîne commerciale, vous avez une cible très précise. Sur le service public, vous n'avez pas de clients, il faut plaire à tout le monde. Quand j'étais sur Paris Première pour 'Paris dernière' je faisais 1,5 % de parts de marché. C'était trois fois la part moyenne de la chaîne, tout le monde était extrêmement content. D'autant plus content qu'on touchait pile la cible : les jeunes urbains, ceux qui sortent le plus, donc les gens les plus éduqués avec le plus fort pouvoir d'achat. Leur nombre, on s'en fichait. C'était juste la bonne cible à qui on voulait parler et vendre de la pub. Rien à voir avec le service public où l'on vous demande de plaire à peu près à tout le monde.

Vous êtes en accord avec la réforme de l'audiovisuel ?

Je suis ravi. Ca crée des difficultés, il ne faut pas se le cacher. L'émission va commencer à 22h15, heure à laquelle vous n'êtes pas dans le même état d'esprit qu'à 23h25. La vraie émission telle qu'on la connaît commencera à 23h et se terminera à minuit, ça c'est positif. Cependant, on va se retrouver en concurrence avec d'autres programmes... 'Ce soir ou jamais' est la seule quotidienne en concurrence avec des programmes différents. Tous les soirs ça change, parfois face à des émissions qui sont sur le même registre. A 22h15, je serai confronté à la fin du prime time des autres chaînes. C'est peut-être une mauvaise nouvelle en termes de parts de marché car il va falloir que je gagne beaucoup de téléspectateurs pour conserver mon audience, mais j'apprécie la réforme.

vos commentaires

 
votre avis sur cet article : (Jusqu'à 1500 caractères)
  • ruifilgo

    ruifilgo

    Sa note  

    28/03/2009 12h00 Juste pour remercier Frédéric Taddei pour son émission toujours juste, avec une densité optimale car ces invités sont de choix et conduits avec finesse. Sans fausse démagogie, comme c'est souvent le cas chez d'autres présentateurs. L'émission est très vivante : L'émotion de l'image du direct qui garde encore le parfum du journal de 22h30... c'est terrible ! La cerise ? Quand Frédéric dis "C'est à vous !" à l'éclectique musical, moment nous amenant vers la fin. Cependant... je ne pense pas que le service public doit plaire à tout le monde. Plaire à tout le monde n'est pas, plaire à n'importe qui... C'est plutôt le retour, espérons-le, à une vraie liberté que de proposer une émission comme celle-ci. "L'actualité vue par la culture" est tous les soirs l'excellence, qui garantie notre retour à la civilisation... Encore merci Mr Taddey.  

  • jardin du sud

    jardin du sud

    Sa note  

    19/01/2009 12h00 L'émission de F. Taddeï est en avance sur ce qu'on est en droit d'attendre de la TV publique. Il faut espérer que la suppression de la pub nous amènera des émissions de ce style, en début de soirée. Les producteurs ne doivent plus se soucier de l'audimat ! Le succès viendra avec la qualité des programmes, le bouche à oreille fera le reste...  

Pour aller plus loin

Articles & dossiers associés

  • LIBERTE D'EXPRESSION ET DISCOURS POLITIQUE

    LIBERTE D'EXPRESSION ET DISCOURS POLITIQUE

    Peut-on tout dire en politique ? Le cas Dieudonné

    La polémique autour de la liste du parti anti-sioniste emmenée par l'humoriste Dieudonné M'bala M'bala prit fin avec un score insignifiant aux élections européennes. Cependant, loin d'être...

    Plus sur LIBERTE D'EXPRESSION ET DISCOURS POLITIQUE

    « LIBERTE D'EXPRESSION ET DISCOURS POLITIQUE »

    3 personnes ont déjà commenté cet article

    Voir les commentaires

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
    3
    • Membres (3)  
  • INTERVIEW DE REBECCA MANZONI

    INTERVIEW DE REBECCA MANZONI

    A contretemps

    Tous les samedis soirs à 22h30 sur Arte, entre la France et l'Allemagne, 'Metropolis' dévoile sa programmation ambitieuse. Rencontre avec Rebecca Manzoni, rédactrice en chef de ce magazine...

    Plus sur INTERVIEW DE REBECCA MANZONI

    « INTERVIEW DE REBECCA MANZONI »

    1 personne a déjà commenté cet article

    Voir les commentaires

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
    1
    • Membres (1)  
  • LA POLÉMIQUE AUTOUR DE 'CE SOIR OU JAMAIS'

    LA POLÉMIQUE AUTOUR DE 'CE SOIR OU JAMAIS'

    Au nom de la Culture

    Depuis la rentrée, un événement culturel est apparu à la télévision : 'Ce soir ou jamais'. D'une forme incontestablement originale, l'émission est victime de la réprobation d'un certain...

    Plus sur LA POLÉMIQUE AUTOUR DE 'CE SOIR OU JAMAIS'

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  
  • LIBERTE DE TON ET MEDIAS

    LIBERTE DE TON ET MEDIAS

    Ca se gâte !

    Alors que les émissions ‘Arrêt sur images’ et ‘La Bande à Bonnaud’ viennent d’être supprimées, de nombreuses interrogations planent autour de la prétendue indépendance des journalistes....

    Plus sur LIBERTE DE TON ET MEDIAS

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  

Les livres associés

D’art d’art !

Beaux Arts

D’art d’art !

de Frédéric Taddeï, Marie-Isabelle Taddeï

Editeur : Le Chêne | Parution : 1 Octobre 2008

Les plus grandes oeuvres d'art, les plus grands artistes, une minute 15 de discours et plein d'...

Plus sur D’art d’art ! Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les stars & célébrités associées

  • Frédéric Taddeï

    Frédéric Taddeï

    Journaliste, chroniqueur et animateur de télévision français
    Né à Paris Né le 5 Janvier 1961

    Celui qui se considère comme un “écrivain mais raté” est pourtant considéré comme le journaliste le plus cultivé du PAF. Frédéric Taddeï débute sa carrière en 1990 dans les médias en créant...

    « Frédéric Taddeï »

    9 personnes ont déjà commenté cet article

    Voir les commentaires

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
    9
    • Membres (9)  

fil culture

Sin city 2 : Alba et Rourke de retour

CinémaSin city 2 : Alba et Rourke de retour

Plus sur Sin city 2 : Alba et Rourke de retour
 

les Avis des membres

  • leboncoeur

    leboncoeur

    Sa note  

    A propos de : Rodney Ascher

    08/05/2012 01h48 salut Monsieur Rodney moi c'est Boussou Kassi je suis un Acteur résident en Côte d'Ivoire, je viens de voir cet article sur ce...

    Voir tous les avis

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour
Plus

citation du jour

« Je crois que la vérité fait toujours scandale.  »

de Henri-Georges Clouzot

En savoir plus sur cette citation

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (14)
     

privilèges

Plus

vidéos

  • Donna Summer - Hot stuff Le titre lui valu un Grammy Awards en 1979

  • Clip Charlotte Gainsbourg

Plus

photos

  • Charlotte Gainsbourg - Charlotte Gainsbourg

    Charlotte Gainsbourg (c) DR

  • Tahar Rahim - Tahar Rahim

    Tahar Rahim (c) Sébastien Dolidon

agenda

Tous les auteurs & célébrités

Découvrez tous les auteurs & célébrités dans l'une de ces catégories :

et aussi