-
08/05/2012 01h48 salut Monsieur Rodney moi c'est Boussou Kassi je suis un Acteur résident en Côte d'Ivoire, je viens de voir cet article sur ce...
Voir tous les avis
FRANCOIS NOURISSIER PAR PIERRE ASSOULINE Hommage
François Aubel - Le 16/02/2011
Dans son dernier livre, enquête littéraire sur Job parue chez Gallimard, Pierre Assouline raconte une de ses visites à son ami François Nourissier qui vient de s'éteindre à l'âge de 83 ans. Avec son autorisation et celle de son éditeur, nous publions les passages de 'Vies de Job' consacrés à celui qui influença durant de longues années la vie littéraire française.
Il y a les amitiés utiles, opportunes et les vraies, gratuites, reposant une indéfectible fidélité. Il arrive même que ces dernières se nouent entre un journaliste et un écrivain. Pierre Assouline a rencontré François Nourissier il y a une quinzaine d'années. À l'époque, il l'avait interviewé pour Lire, magazine dont il assurait la rédaction en chef. Depuis lors, les deux hommes se voyaient régulièrement. Et l'affaiblissement de l'académicien Goncourt, son ébranlement physique sous le talon de cette maudite « Miss P », la maladie de Parkinson comme l'appelait le romancier, n'avait rien changé. Pierre Assouline rendait visite régulièrement à François Nourissier à Sainte-Perine, l'établissement dans le XVIème arrondissement de Paris où l'auteur de 'Un petit Bourgeois' attendait la fin. Il y a dix jours encore, le journaliste avait tenu à lui donner son roman, 'Vies de Job' (éd. Gallimard), en mains propres. Parce que ce portrait littéraire du Juste de la Bible (évoqué tout prochainement sur Evene) avait été couvé, béni même oserions nous écrire s'il avait cru en Dieu par Nourissier. Cette absolution, Pierre Assouline, la raconte au début de son livre. Il y établit un parallèle entre les deux patriarches, entre Job et son ami écrivain, tous deux condamnés à ne plus avoir de maison. Et confie en quelques pages superbes son affection profonde pour l'homme et le grand auteur mort ce 15 février à l'âge de 83 ans. Extraits.
"Il a peur de la mort comme on en a peur lorsqu'on n'a aucune métaphysique à laquelle se raccrocher et que l'on en a une conscience aiguë. On raconte que l'évêque de Meaux avait l'habitude de célébrer ses propres obsèques une fois l'an afin de se familiariser avec la mort et d'en domestiquer la crainte. François Nourissier n'est pas désespéré mais inespérant et inespéré. Il n'y a que pour les autres, ceux du dehors, que la perspective de la toute fin est moins angoissante que celle d'avoir un jour à quitter sa rue à jamais. Trois fois il a pensé au suicide : « Un saut dans un établissement spécialisé en Suisse et hop ! » Mais non, pas de ça. Ce jour-là, il n'y a que son corps qui l'abandonne. Le reste tient bien grâce aux médicaments. Très bien même, si j'en juge par sa précision, sauf pour les noms, celui du chef de l'Etat : « Vous avez vu, le président Sarfati... »
Chaque jour qui passe le rapproche de sa nécrologie. On dira qu'il partage cette originalité avec quelques milliards d'humains. À ceci près que tous ne sont pas des viandes froides en attente de réactualisation dans les tiroirs des rédacteurs en chef. Il trouve une certaine volupté à en humer le morbide parfum et, à l'instar de Paul Valéry, de respirer quelques volutes de sa future fumée.
François semble las de tout mais pas de relire. Soudain il s'enflamme pour un roman anglais publié par Macmillan dont il ne parvient à se rappeler ni le titre ni l'auteur, mais qu'il relit pour la dixième fois depuis 1944. Et aussi La pêche miraculeuse de Guy de Pourtalès – mais combien peuvent-ils être, dans la France de ce début de XXIe siècle, à se souvenir de ce livre et de cet auteur… Ça paraît si loin, si enfoui. Il est vrai que peu d'écrivains contemporains sont par leur style aussi français que Nourissier. C'est un français en ce sens que tout, dans la clarté si précise et si classique de sa prose comme dans ses regrets, exprime d'une manière ou d'une autre la nostalgie de la France. Seule la conversation permet un temps de mettre le spectre de la fin à distance."
{...}
"Tandis que je pousse François sur sa chaise pour le ramener à sa chambre, il dit : « Au fond, je n'ai jamais beaucoup aimé les hommes. Les êtres vivants que je préfère, ce sont les bergers allemands. » M'annoncerait-il que le monde ayant commencé sans l'homme, il serait normal qu'il s'achevât sans lui, que je ne serais pas étonné. Il me tire par la manche car la voix se fatigue, et murmure à l'oreille ce qui s'annonçait comme un secret : « je suis vraiment confus de ne pouvoir vous raccompagner à la porte comme autrefois, chez moi... »
Dans ces moments-là, il n'y a rien à dire; il faut surtout se taire et laisser les silences s'exprimer, autant dire les regards ou les mains, la mienne posée sur la sienne. Il se sent vraiment partir depuis que son état ne l'autorise plus à être un civilisé selon son goût. Ce n'est rien pour les autres mais tout pour lui. C'est à cette sourde émeute de détails que se mesure son désespoir pour ceux qui se donnent la peine de l'entendre. C'est peu dire qu'il m'émeut. Il me touche tellement que l'envie me prend de l'embrasser. Dans ma maladresse, je ne fais qu'effleurer sa main de mes lèvres. Un sourire, mais d'une impitoyable lucidité. On ne la lui fait pas, pas plus maintenant qu'avant.
À voir comment il s'accroche à son corps, du moins à ce qu'il en reste, un nouvel éclair d'Antonin Artaud me rattrape, un mot échappé de sa conférence au Vieux-Colombier : "Mon corps est à moi, je ne veux pas qu'on en dispose. Dans mon esprit cridulent bien des choses, dans mon corps ne circule que moi. C'est tout ce qui me reste de tout ce que j'avais." Ce-jour-là, il a parlé pour tant d'humains. "
Lire : 'Vies de Job', Pierre Assouline, éd. Gallimard, 496 p., 21,50 €. Extraits des pages 35, 36, 40.© Gallimard.
Voir aussi : l'hommage de Pierre Assouline sur
.
vos commentaires
Pour aller plus loin
Les livres associés
Roman Français
Vies de Job
de Pierre Assouline, François Nourissier
Job est l'un des personnages les plus fascinants et énigmatiques de la Bible. Couché nu sur son...
Plus sur Vies de Job Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite
Roman Français
Eau-de-feu
de François Nourissier
'A ses débuts, un couple se vit comme stable et durable. Les partenaires ne guettent aucun...
Plus sur Eau-de-feu Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite« Eau-de-feu »
2 personnes ont déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
RéagissezLes stars & célébrités associées
-
François Nourissier
Homme de lettres françaisNé à Paris Né le 18 Mai 1927Après des études universitaires chaotiques à Sciences-Po, à la Sorbonne et en Droit, François Nourissier vit de petits boulots et se consacre à l'action humanitaire avec le Secours...
- Plus sur François Nourissier
-
Pierre Assouline
Journaliste et écrivain françaisPassant son enfance à Casablanca, Pierre Assouline entreprend des études à l'université de Nanterre et à l'Ecole des langues orientales. Il travaille pour divers agences - Apei, Asa Press,...
- Plus sur Pierre Assouline
« Pierre Assouline »
1 personne a déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez1
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez21/05 Le record d'Audiard -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez21/05 Les Bee Gees perdent l'un des leurs -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez20/05 Du boulot pour Bejo -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez20/05 Cannes: réponse du Conseil à la...
les Avis des membres
citation du jour
« Je crois que la vérité fait toujours scandale. »
de Henri-Georges Clouzot
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (16)
privilèges
agenda
EN CE MOMENT
Expos & manifestations
Hommage à Marilyn, par André de Dienes et Bert Stern
Dates : du 05/05/2012 au 14/07/2012



