-
08/05/2012 01h48 salut Monsieur Rodney moi c'est Boussou Kassi je suis un Acteur résident en Côte d'Ivoire, je viens de voir cet article sur ce...
Voir tous les avis
INTERVIEW DE NATALIE DESSAY Quand la diva divague...
Etienne Billault pour Evene.fr - Novembre 2006 - Le 06/11/2006
A l’occasion de la sortie de son dernier disque accompagné d’un DVD, retraçant son fulgurant parcours de soprano colorature, la célèbre cantatrice française se confie à nous à un tournant de sa carrière. Elle s’apprête désormais à aborder le registre de soprano lyrique avec une conviction et une foi inébranlables en son travail de comédienne lyrique.
Vous avez une voix qui vous a naturellement portée à exécuter, à vos débuts, des airs vertigineux, êtes-vous en accord avec le tempérament des rôles traditionnellement dédiés à cette voix ?
Eh bien non, justement. Je l’ai fait pendant quinze ans parce que c’était ma voix, j’y ai pris du plaisir par ailleurs, mais la voix ayant changé… c’est tant mieux ! Les choses ont évolué et je peux désormais me tourner vers un répertoire qui me correspond davantage. C’est pour cela que je souhaitais faire un DVD, reflétant tout ce que j’ai fait pendant quinze ans, afin de tourner une page. Sur les treize extraits qui composent le DVD, je ne vais conserver qu’un seul des rôles à mon répertoire, celui d’Ophélie (‘Hamlet’, d’Ambroise Thomas).
Ce DVD fait donc office de “testament” en quelque sorte dans votre carrière. Il marque un tournant.
J’appellerais plutôt cela un “album photo” ! (rires)
En regardant le DVD justement, on remarque une évidente agilité et un réel plaisir à évoluer dans les aigus, est-ce toujours le cas ? Comment conciliez-vous ce trait naturel de votre voix avec la maturité de celle-ci ? Comment allez-vous gérer le changement de registre ?
La voix a évolué dans le sens où elle est devenue plus grande et plus ronde. Rassurez-vous, jusqu’au contre-mi tout va bien ! Je peux donc me servir des suraigus comme avant. C’est seulement la couleur qui a changé. Elle est désormais plus ronde et me permet d’aborder un autre répertoire. Mais je n’abandonne pas les aigus pour autant !!! Je vais dans un répertoire qui nécessite de la virtuosité et de l’aigu à la fois, c’est juste plus beau maintenant (rires).
On n’a jamais la voix que l’on aurait aimé avoir. Quelle voix auriez-vous rêvé d’avoir ?
Si j’avais eu le choix, j’aurais aimé être un grand soprano dramatique, pour pouvoir chanter Tosca, Salomé, Brunehilde… J’aurais adoré chanter Puccini : ‘Manon Lescaut’, ‘Mme Butterfly’… Oui, j’ai un petit regret quand même. J’espère bien, toutefois, pouvoir un jour chanter Mimi (‘La Bohème’ de Puccini). Leontina Vadova et Ileana Cotrubas l’ont bien fait, magnifiquement d’ailleurs. Ce sont deux sopranos roumaines que j’admire énormément, comme Angela Gheorghiu, j’aime leur tempérament de feu et leur côté latin à la fois.
Qu’attendez-vous d’un rôle à l’opéra ? Qu’il vous révèle ? Qu’il vous fasse travailler dans une direction inattendue ?
Qu’il soit nouveau ! J’attends de ne pas pouvoir faire ce que je sais déjà faire. Donc, effectivement, j’attends qu’il me révèle quelque chose de moi que je ne connaissais pas.
Y a-t-il un domaine artistique ou un univers culturel auquel vous vous intéressez en dehors du chant ?
Le théâtre.
Ce sont en effet vos premières amours. Vous aimeriez y revenir un jour ?
J’ai un rêve dans ma vie. Ce serait de monter ‘L’Ignorant et le fou’ de Thomas Bernhard. Car dans cette pièce, il y a un rôle qui parle de moi : il s’agit d’une fille qui chante ‘La Reine de la nuit’ pour la 527e fois et qui en a ras-le-bol. Je pense sincèrement que ce rôle a été écrit pour moi, qu’il y a là un véritable appel ! (rires)
Cependant, faire du théâtre pour faire du théâtre ne m’intéresse pas. Je considère le métier d’acteur comme un véritable travail, et ce n’est pas parce que l’on chante que l’on sait jouer pour autant. Cela n’a rien à voir. Jouer à l’opéra est plus facile que jouer au théâtre, car la musique est déjà écrite, alors qu’au théâtre il faut composer sa partition soi-même.
Cela dit, pour vous avoir vu récemment dans ‘Lucia di Lammermoor’ à Bastille, lorsque vous arrivez sur scène avant “l’air de la folie” dans cette robe ensanglantée, sans chanter ni même dire un mot, vous avez une présence terrifiante… On a vraiment l’impression que vous êtes dans l’état de la folie plutôt que de vous voir mimer cet état ?
Absolument. C’est cela qui est intéressant justement, rechercher l’état. Mais cela reste, par ailleurs, toujours ludique. Auparavant, je me mettais dans des états extrêmes sans prendre de distance. Maintenant, ce que j’aime au contraire, c’est m’imposer une distance très grande qui me permette, paradoxalement, d’aller beaucoup plus loin dans l’état recherché. Et c’est véritablement une démarche de théâtre, de théâtre pur, j’aimerais dire.
Vous aimez les rôles extrêmes ?
J’adore cela ! Plus c’est intenable, mieux c’est ! Car ce sont des choses que l’on n’a pas l’occasion de vivre tous les jours. La scène vous donne alors l’occasion de vivre des moments extraordinaires, paroxystiques que je n’ai par ailleurs pas du tout envie de vivre dans ma vie. Je préfère le faire sur scène, car je suis quelqu’un de vraiment calme dans la vie, qui aspire à la sérénité (rires). Désespérément !
C’est votre métier qui vous a appris une telle sagesse ?
C’est une recherche en tout cas. Une recherche entamée depuis longtemps sur le travail de comédien et le jeu de l’acteur notamment. Evidemment, le fait que ce soit à l’opéra cela change un peu la donne, mais au fond la démarche reste la même.
C’est également tout un travail sur le corps, sur la distanciation par rapport aux “états” justement. La démarche du jeu d’acteur est quelque chose qui m’intéresse beaucoup : ce que c’est que le jeu d’acteur, ce que c’est que d’écouter l’autre, de se mettre dans un état ou un personnage… Cela se travaille en scène lors des répétitions ou avec le metteur en scène, mais aussi par soi-même. Je lis beaucoup sur la question par exemple. Tout ce que je trouve sur le théâtre, je le lis. J’ai lu, bien entendu, tous les Stanislavski et les théories classiques sur le théâtre... Dernièrement, j’ai lu, entre autres, ‘L’Acteur et la cible’ de Declan Donnellan. De manière générale, j’aime bien savoir comment l’acteur fait sur scène pour faire ce qu’il arrive à faire.
On vous sent d’autant plus à l’aise quand vous êtes en mouvement sur scène que lorsque vous êtes statique...
Exactement. Cela m’aide à oublier que je chante. Car chanter est tellement difficile… Lorsque je fais autre chose je n’y pense pas et alors je peux me concentrer sur le jeu.
Il faut s’oublier parfois sur scène, en chantant ?
Oui, mais pas trop. Car, inversement, si l’on s’oublie trop, on ne peut plus chanter. Chanter vous rappelle toujours à l’ordre, il faut rester technique. J’avais un professeur qui disait toujours qu’en scène elle était partagée en deux, en séparant son visage en deux avec sa main pour exprimer cette idée. Je parlerai plutôt, moi, d’un tourbillon où, d’un côté, on est complètement dans le personnage et, de l’autre, on est à l’extérieur en train de se contrôler et de contrôler comment on chante.
Je compare souvent notre métier au sport, bien que je ne pratique aucun sport. Mais j’imagine que lorsqu’on fait une course, c’est la même chose. On doit être à la fois relâché pour pouvoir courir vite et attentif à gérer techniquement sa course. Pour moi c’est exactement la même chose sur scène : il faut lier ce relâchement physique et cette gestion mentale de l’épreuve.
Avez-vous l’impression d’avoir choisi votre carrière, d’avoir eu une emprise dessus, ou au contraire, d’avoir été dirigée malgré vous par des pressions extérieures, le succès, l’image que l’on a voulu faire de vous ?
Je n’ai pas choisi mon métier, il m’est tombé dessus. Je ne voulais pas être chanteuse, je voulais être comédienne à l’origine. C’est arrivé un peu par hasard, certes. Mais par la suite, j’ai travaillé dur et je continue à travailler très dur pour faire ce que j’ai envie de faire et le faire comme j’ai envie qu’il soit fait.
Lorsque l’on est chanteur on est conditionné par sa voix, et une voix correspond à tant de rôles prédéfinis. A vous, par la suite, de profiter au maximum de ce potentiel qui vous est offert. Je ne choisis pas mes rôles, c’est eux qui me choisissent presque.
C’est dur à accepter parfois ?
Pas du tout. C’est la règle du jeu, tout simplement.
En regardant votre discographie, on constate un net engouement pour le répertoire lyrique français et le chant français. Face à ce goût prononcé pourquoi avoir délaissé jusqu’à présent le genre de la “mélodie française” ?
A part quelques exceptions, la mélodie française ne m’inspire pas. Il y a de très belles choses, mais je n’ai jamais trouvé, pour l’instant - il faut dire aussi que je n’ai jamais vraiment cherché - de quoi me nourrir. Je concentre aussi mon travail sur l’opéra parce que j’adore cela. Je n’ai pas le temps de me consacrer au récital, au lied ou à la mélodie. Il faut faire un choix. J’ai choisi, pour l’instant, l’opéra et… la famille. Mais j’adore le répertoire de récital et le répertoire allemand, notamment.
Maintenant que la voix a changé, il est vrai que je pourrai aborder un répertoire que je n’osais même pas aborder auparavant.
La diction, l’articulation de la langue chantée, c’est pour vous quelque chose d’important ?
Enormément. Pour moi il n’y a pas de grand chanteur sans grand diseur. Ce n’est peut-être pas parfait chez moi, mais en tout cas c’est primordial. L’idée qui nous guide, c’est de raconter une histoire. Nous sommes là pour cela, pas seulement pour chanter. C’est comme un acteur, là encore. Supposez un acteur parfaitement maître de son corps et de son jeu, mais que l’on ne comprendrait pas !
Vous avez également collaboré à des bandes originales de films, le monde de l’audiovisuel vous attire particulièrement ?
J’aimerais beaucoup faire des voix de dessins animés. Avis aux amateurs ! Parallèlement à mon activité de chanteuse, je tourne d’ailleurs un “journal filmé” avec une artiste nommée Esti (qui a déjà collaboré au DVD). Nous en sommes à notre cinquième film et nous continuerons à tourner ainsi pendant les dix prochaines années, afin d’avoir un “work in progress” de ma carrière.
Quels sont les grands rôles qui vous attendent demain ?
Du bel canto encore et toujours avec Lucia, Maria Stuarda, la Somnambule… Encore beaucoup de Manon, une Mélisande, une Marguerite de ‘Faust’. J’aimerais bien faire les quatre rôles des ‘Contes d’Hoffmann’ ; j’aimerais aussi faire du Mozart : Ilia dans ‘Idomeneo’, Donna Anna dans ‘Don Giovanni’. Pourquoi pas des incursions dans des opéras plus contemporains comme le ‘Rake’s Progress’ de Stravinsky, ou chez Britten…
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
VICTOIRES DE LA MUSIQUE CLASSIQUE 2007
Panorama sur l’opéraA l’heure où les Victoires de la musique classique approchent, où l’Opéra de Paris affiche des mises en scène plus contemporaines, où en sommes-nous des liens qui unissent la musique...
Plus sur VICTOIRES DE LA MUSIQUE CLASSIQUE 2007
Les albums associés
Classique et Opéra
Le Miracle d'une voix
Ses plus grands rôles sur scèneNatalie Dessay commence sa carrière scénique en tant que comédienne. Elle se tourne vers le chant en pensant que ce serait un moyen plus évident de gagner sa vie. Après avoir étudié au...
Plus sur Le Miracle d'une voix Commandez ou téléchargez sur Fnac.comLes événements associés
Classique
Lucia Di Lammermoor
Donizetti transpose le roman de Walter Scott dans l’univers romantique du bel canto italien. En italien Opéra en trois actes de Gaetano Donizettu Livret de Salvatore Cammarano d'après 'La...
Plus sur Lucia Di Lammermoor Réservez vos places sur fnac.com
Classique
Natalie Dessay
Natalie Dessay commence sa carrière scénique en tant que comédienne. Elle se tourne vers le chant en pensant que ce serait un moyen plus évident de gagner sa vie. Après avoir étudié au...
Plus sur Natalie Dessay Réservez vos places sur fnac.com
Classique
Natalie Dessay
Après ses triomphes à l'Opéra de Paris où elle interprétait Donizetti, à Londres ou encore au Metropolitan Opera de New York, la soprano française Natalie Dessay revient en France. Son...
Plus sur Natalie Dessay Réservez vos places sur fnac.com
Classique
Chorégies d'Orange
En 2010, les Chorégies d'Orange proposeront une édition "millésime" avec quatre rendez-vous déjà annoncés : 'La Tosca', opéra emblématique de l'oeuvre de Puccini dirigé par le chef finnois...
Plus sur Chorégies d'Orange Réservez vos places sur fnac.comLes stars & célébrités associées
-
Natalie Dessay
Cantatrice françaiseNé à Lyon Né le 19 Mai 1965Soprano aux yeux lagon ayant la rare maîtrise du messa di voce, Natalie Dessay dénote agréablement dans l’opéra français. Pratiquant la danse et le piano dès l’enfance, ayant dans sa sphère...
- Plus sur Natalie Dessay
« Natalie Dessay »
2 personnes ont déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez2
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez21/05 Le record d'Audiard -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez21/05 Les Bee Gees perdent l'un des leurs -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez20/05 Du boulot pour Bejo -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez20/05 Cannes: réponse du Conseil à la...
les Avis des membres
citation du jour
« Je crois que la vérité fait toujours scandale. »
de Henri-Georges Clouzot
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (16)
privilèges
agenda
EN CE MOMENT
Expos & manifestations
Hommage à Marilyn, par André de Dienes et Bert Stern
Dates : du 05/05/2012 au 14/07/2012



