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INTERVIEW DE SERGE MOATI L'empathie comme subjectivité
Propos recueillis par Thomas Yadan pour Evene.frPhotos (c) Sébastien Dolidon - Janvier 2008 - Le 14/02/2008
Serge Moati, producteur, réalisateur, animateur sur France 5 a accepté de nous recevoir sur son lieu de travail afin de répondre aux questions d'Evene autour de la télévision, de l'image et de sa carrière. Interview dans les locaux de sa maison de production Image et Compagnie.
Une rencontre avec Serge Moati contribue à définir à la fois l'homme et le professionnel des médias par un seul mot : l'empathie. Car, même lorsqu'il est interviewé, l'animateur de 'Ripostes' vous interpelle sans jugement ni agressivité mais avec le souci sincère de comprendre qui vous êtes. Il serait en quelque sorte un paradoxe dans l'altérité. Soucieux d'identifier l'autre afin d'éclairer ses discours et d'interpréter ses actes, il ne tente, malgré tout, jamais de le réduire, de le figer. Ainsi, un dialogue avec lui devient inéluctablement une espèce de confession pudique sur fond humaniste. Peut-être doit-il cette singularité au fait de n'être pas journaliste mais à ce principe qu'il revendique lui-même : "Mon métier, c'est d'écouter l'autre."

Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir producteur, réalisateur ou écrivain ?
L'instinct de survie. J'ai perdu mes parents quand j'avais 11 ans en Tunisie et quand je suis arrivé à Paris, je n'avais plus rien, ni repère ni argent. Je me suis mis alors à travailler très tôt, à 17 ans. Depuis longtemps je voulais faire des films, me raconter des histoires. Je me suis donc acharné. Une petite annonce cherchant un réalisateur pour une télévision scolaire en Afrique m'a permis de commencer. Je leur ai montré des petits courts métrages que j'avais réalisés auparavant. J'ai pu partir au Niger où j'ai réalisé des films très importants pour moi et qui m'ont permis d'intégrer l'ORTF à l'âge de 21 ans.
Vous avez une vraie fascination pour l'image ?
C'est ma culture. Les nombreux films que j'ai vus, enfant, au cinéma de Tunis, m'ont marqué. Je n'ai jamais cessé de les regarder, je dévorais également Ciné-Revue et Cinémonde. Quand je suis arrivé à Paris, j'ai eu cette rencontre primordiale avec François Truffaut qui m'a traité comme un petit frère en m'emmenant au cinéma, en me faisant lire des scénarios. J'ai une fascination pour le fait non pas de raconter des histoires mais de les "montrer".
Quelle différence entre fiction et documentaire ?
Je n'ai jamais hiérarchisé mes passions. J'ai toujours fait les deux et ça ne me paraît pas être différent. Je raconte en images des choses réelles ou tirées de l'imaginaire. Mais en définitive, que veut dire "fiction" ? Vous filmez toujours de la réalité, les comédiens sont en chair et en os. D'ailleurs, quand vous faites des documentaires, c'est quelquefois tellement romanesque que le réel semble fictionnel, inconcevable. Aujourd'hui, j'ai surtout la chance de pouvoir faire les deux.
L'image peut-elle répondre aux exigences de la réflexion ? Par exemple, pensez-vous que votre documentaire 'La Haine antisémite' a permis au spectateur de dépasser le stade de l'émotion ?
C'est vrai que ce documentaire s'adresse plus à l'émotion, par le choc qu'il produit, qu'à la réflexion. Mais je ne crois pas, pour prendre votre exemple, au combat contre l'antisémitisme par la médiation d'un documentaire. Je crois au ridicule de la situation, au ridicule de ce qu'est la haine. Tout mon travail consiste à dénuder, c'est-à-dire à rendre pitoyable le discours. J'ai été voir les chefs nazis à travers le monde et je leur ai demandé : pourquoi vous me détestez autant ? Ils étaient étonnés de me voir tout seul avec ma petite caméra. Un gars qui se revendique juif, qui vient les interviewer dans leur antre, ça étonne. Ils se méfiaient les quinze premières secondes, puis rapidement, leur haine était tellement forte, qu'ils en oubliaient la caméra et le fait que je sois juif. Ce qui m'intéressait, c'était la brutalité du rapport. C'est curieux de filmer la haine, de la voir aussi incandescente.
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