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08/05/2012 01h48 salut Monsieur Rodney moi c'est Boussou Kassi je suis un Acteur résident en Côte d'Ivoire, je viens de voir cet article sur ce...
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PORTRAIT DE RAYMOND DEVOS Devos et des mots
Thomas Yadan pour Evene.fr - Juin 2007 - Le 14/06/2007
Déjà un an que l’inoubliable Raymond Devos nous a quittés dans son domicile de Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Portrait d’un comique, d’un clown, d’un homme de lettres et plus simplement d’un artiste amoureux de la langue française.
La vie de Raymond Devos artiste est une histoire d’amour. Epris d’une étrange maîtresse qui se définit au masculin mais qui, pour lui, se lit, s’écoute, se déclame au féminin : les mots. Et cette romance qui, habituellement, aurait dû se vivre, comme toute romance, dans l’intimité d’une relation singulière, est devenue publique. Cette complicité du clown et des mots n’est pas sans fondement, chacun y trouvant un peu de réconfort, d’affection et d’exaltation. Petite histoire d’un couple devenu légendaire.
Les mots aiment Devos
Pas de philtre d’amour ni d’événement héroïque, juste une manière de dire, de raconter sur scène. La rencontre aurait pu vaciller, ne pas se faire. Mais les mots ont vite craqué sous le charme bientôt irrésistible du jeune homme admiratif des forains, du cirque et des spectacles de rue. Plus tard, à Bobino ou à l’Olympia, la bedaine rassurante, le costume bleu irrémédiablement attendrissant, les bretelles un peu clown et surtout les nuances subtiles dans la voix ont consolidé cette union. Une voix qui pouvait chuchoter sa fiancée - les mots - ou hurler avec hilarité sa passion. Cette manière aussi de se mouvoir sur scène, arrachant l’artiste à sa solitude, faisant du vide une occasion de réaliser le mouvement qui accompagne intelligemment le discours. Devos a eu le désir pour les mots et eux ont accepté son amour déclamé de mille façons.
Une maîtresse insaisissable
Et cet amour est absolu parce qu’infini. La singularité d’une bien-aimée telle que le Mot réside dans l’incapacité à la saisir, à la réduire, à la consommer. Son sens n’est jamais figé, ses harmonies insatiablement renouvelées. L’artiste belge aimait cette multitude d’identités alors il gâtait sa chérie, lui donnait tous les sens possibles, jouait des homonymes, des paradoxes et des subtilités syntaxiques. Rarement les mots ont été aussi scrutés, aussi dépecés sans pour autant être épuisés. Il les cajolait en multipliant les jongleries et les caresses sémantiques. Pour leur prouver sa reconnaissance, il pouvait leur dire : “Mon immeuble est sens dessus dessous. Tous les locataires du dessous voudraient habiter au dessus.” Quand “une crise de foi devient une crise de foie” ou que “le bout du bout” devient problématique, la quête de sens devient esthétique et également, pour notre plus grand plaisir, poétique. Rien d’étonnant, en réalité, pour un homme qui admirait Bachelard, Tristan Bernard ou Marcel Aymé.
Des histoires…
Mais l’artiste avait un secret. Pour séduire sa compagne lexicale, il lui racontait des histoires. Pas n’importe lesquelles. Des histoires absurdes avec des situations aussi improbables que comiques (un hommage à Alfred Jarry). Il inscrivait les mots dans un contexte déconcertant qui leur permettait d’exister pleinement, de s’épanouir. A la parole s’accordait le mouvement du corps. Devos travaillait au sein du théâtre du Vieux-Colombier ou de la compagnie Jacques Fabbri. Des significations nouvelles apparaissaient. Un visage tout neuf avec des mots très simples. Cette absurdité était source d’une grande intensité et d’une grande profondeur (‘Mon chien c’est quelqu’un’ ou ‘L’Homme qui fait la valise’) car paradoxalement, comme il aimait le préciser, “la mécanique de l’absurde est celle de la raison. L’absurdité, c’est obligatoirement logique, c’est ça qui est inquiétant.” Ainsi devenait-il philosophe et quelquefois moraliste (sans “moraline”), dénonçant à sa manière l’absurdité du racisme ou de la guerre (‘Faites l’amour pas la guerre’, ‘Racisme’, etc.). Son complice de toujours, le pianiste Hervé Guido avait un rôle fondamental pour la mise en scène de ses sketches. Une belle complémentarité où le réalisme et le calme olympien du pianiste s’accordaient avec finesse à la naïveté et à l’excentricité de Devos. La simplicité de la situation devenait l’occasion d’une remise en question de l’absurdité tautologique (‘Xénophobie’), d’un renversement dans l’interrogation. Du type “Que Dieu existe, la question ne se pose pas. Mais que quelqu’un l’ait rencontré avant moi, voilà qui me surprend.”
L’amour des clowns
Devos prenait soin des mots en les faisant rire. Un humour de clown. Fasciné dans son enfance par Footit et Chocolat, les Fratellini ou Chaplin, le comique belge avait la passion de ce jeu de scène très particulier. Il s’était ainsi réapproprié, en intériorisant le nez rouge, cette spécificité clownesque de mélanger le rire et le tragique, provoquant chez le spectateur des sentiments contradictoires comme l’hilarité et la gêne, la joie et la mélancolie. Ce choix d’humour était très contraignant. Il imposait surtout une humilité sincère car, comme le pensait Devos, le clown exprime la condition humaine, la difficulté de vivre, le pathétique de l’existence et les travers de l’esprit de sérieux. Ainsi les mots aiment-ils Devos pour son intégrité. En acceptant la filiation de ces hommes aux pantalons trop longs et aux chaussures cocasses, il refusait de faire rire aux dépens des autres. “Moquons-nous de nous mais pas de quelqu’un”, répétait-il en interview. D’ailleurs, comment ne pas voir dans son affection pour le mime, qu’il a peaufiné à l’école d’Etienne Decroux où il côtoya Marcel Marceau, la symbolique même d’un humour sans méchanceté, sans ressentiment ?
En 1965, Devos interprète dans le film ‘Pierrot le fou’ de Godard un homme mélancolique ou fou, assis dans un port. Il incarne alors avec un talent éblouissant l’harmonie de la joie et de la tristesse à travers un dialogue chanté d’une rare intensité sur le thème de : “Est-ce que vous m’aimez ?”
Une séduction mélodique
Tout amoureux se doit de combler sa partenaire en lui chantant des chansons. Mais comme Devos ne faisait rien comme les autres, il utilisait des instruments oubliés ou en inventait certains pour charmer les mots. Elevé dans une atmosphère musicale (son père était pianiste et sa mère violoniste), l’artiste a tout de suite ressenti l’intérêt de la musique ainsi que le besoin de le révéler sur scène. De la clarinette au piano, en passant par la guitare, la harpe, la trompette et le moins célèbre bandonéon, les mots ont souvent vibré sous le charme indicible de ces sons originaux et magiques. En effet, comment oublier le maniement esthétique et délicat de la scie musicale plein d’une poésie et d’une grâce incroyables ?
La musique représentait, tout comme le mime, un partenaire indispensable aux mots. Devos connaissait les difficultés du discours à exprimer l’inexprimable, à créer une atmosphère teintée de lyrisme et de mélancolie. Et pour ne pas vexer sa bien-aimée, il lui jouait un morceau de clarinette. La cajolait d’une mélodie douce-amère afin de pallier ses défauts si attendrissants.
Le livre comme présent
L’artiste aimait raconter les mots mais aussi les écrire. Probablement pour mieux les voir, pour mieux les assimiler. Similitude de la scène et du livre, si ce dernier peut être considéré comme un cadeau fait à un ami que je ne connais pas encore. Nombreux sont les sketches publiés sous forme de recueils et nombreux sont les romans édités par le Cherche-Midi, (‘Les Quarantièmes Délirants’ ). Car Devos, au-delà du comique, était un véritable homme de lettres. Sa présence répétée à l’émission ‘Apostrophes’ de Bernard Pivot n’est pas anecdotique ni incongrue. Amoureux et admiratif de cette compagne de toujours, la langue française, Devos ajoutait toujours un silence après un jeu de mots difficile afin de laisser le temps au public de se l’approprier. Il semble alors évident que la lecture ne prive en rien les performances de Raymond Devos de leur saveur et de leur subtilité.
Finalement, comment pourrait-on définir Raymond Devos ? Probablement par cette humilité évoquée précédemment au sujet des clowns. S’il disait avec humour “Pour moi les grands hommes ne sont pas prétentieux. Est-ce que je suis prétentieux moi ?”, il faudrait garder de cet artiste complet, en plus du talent, une bienveillance singulière et authentique. Bienveillance vis-à-vis des mots évidemment, mais également pour le public, à qui il faisait le don, à chaque apparition sur scène ou à l’écran (au ‘Grand Echiquier’), de deux choses irrémédiablement indispensables : le rire et l’intelligence.
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