-
Comédie dramatique
The Paperboy
-
Documentaire
Woody Allen : a documentary
-
Film dramatique
Cosmopolis
PORTRAIT D'AGNES VARDA Amoureuse méthodique
Alexandre Prouvèze pour Evene.fr - Mai 2010 - Le 11/05/2010
A bientôt 82 ans, la réalisatrice Agnès Varda est une petite fille espiègle, un puits de souvenirs et un auteur incomparable. Elle pourrait donc bien aussi être un de nos derniers monstres sacrés, honorée comme tel, ce 13 mai à Cannes, en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs.
Succédant à Clint Eastwood, Nanni Moretti, Jim Jarmusch ou Naomi Kawase, Agnès Varda s'apprête à recevoir, en ouverture de la 42e Quinzaine des réalisateurs, le prix du Carrosse d'or : récompense de ses pairs "pour les qualités novatrices de ses films, son audace et son intransigeance dans la mise en scène et la production". Seulement, si la silhouette et la voix d'Agnès Varda semblent désormais largement familières, la diversité de ses registres, présents et passés, continue d'étonner : mêlant littérature et documentaire, peinture et urbanisme, autobiographie et formalisme, improvisation et précision d'écriture, son oeuvre témoigne d'une indépendance et d'une liberté rares. Très tôt chantre de l'autoproduction (via sa société Ciné-Tamaris), Varda n'a en effet eu de cesse d'explorer les formats, courts, longs, moyens, seule ou en équipe. Mais toujours avec une même générosité, à la fois patiente et désinvolte, et un désir de l'autre profondément humaniste. Aussi, le sens de l'amour qui traverse cette oeuvre fonde sa particularité : davantage enclin à la légèreté qu'à la passion ; sobre, humble, exprimé à demi-mots, plutôt que criard ou pathétique. Car l'amour de Varda n'est pas un romantisme fiévreux : c'est une méthode, une éthique, qui engage l'intimité sur les plans sensibles et politiques. Sérieux sans se prendre au sérieux, le ton d'Agnès confère ainsi une très forte unité à son oeuvre polymorphe, comme un regard porté sur la vie et la société, sans message ou généralisation. Mais plutôt comme les multiples fragments d'un discours amoureux.
"Cinécriture"
Lorsqu'elle réalise son premier long métrage, 'La Pointe courte', Agnès Varda, jeune photographe de 26 ans, ne connaît rien, ou presque, au cinéma. Au montage, son ami Alain Resnais lui fait remarquer que certains plans du film rappellent 'La Terre tremble' de Visconti, ou les paysages contemplatifs d'Antonioni. "Qui sont-ils ?", demande-t-elle. Ceci dit, bien qu'elle n'ait alors vu qu'une petite vingtaine de films, Varda a déjà une conscience aiguë de la modernité, et des nouveaux modes de narration qu'elle exige. Troquant son Rolleiflex pour une caméra, Agnès aborde en effet le cinéma comme un moyen d'écriture vierge, neuf, visant à explorer la fragmentation de la conscience à la manière de l''Ulysse' de Joyce, ou des romans de Virginia Woolf. Ce qu'André Bazin décrira bientôt comme l'acte de naissance d'un "cinéma libre et pur". Car Varda ambitionne avec son film de hisser le cinéma au rang de littérature. Voire d'en faire la somme de tous les autres arts : conjuguant dialogues littéraires (Truffaut dira d'ailleurs qu'il s'agit d'un "film à lire"), mise en scène picturale et rythme musical… Ce qu'elle range alors dans le mot-valise de "cinécriture" : "Le découpage, les mouvements, les points de vue, le rythme du tournage et du montage ont été choisis et pensés comme les choix d'un écrivain, phrases denses ou pas, type de mots, fréquence des adverbes, alinéas, parenthèses, chapitres continuant le sens du récit ou le contrariant, etc. En écriture c'est le style. Au cinéma, le style, c'est la cinécriture." (1)
L'espace féminin
Corinne Marchand dans 'Cléo de 5 à 7'Ainsi pensé en termes de dispositif littéraire (et influencé dans sa structure par 'Les Palmiers sauvages' de Faulkner), 'La Pointe courte' fait alterner, sur une plage de Sète, le dialogue d'un couple au bord de l'implosion (Silvia Monfort et Philippe Noiret) et différentes scènes de la vie quotidienne des pêcheurs alentour. Les tensions qui en résultent, entre fiction et documentaire, intimité et social, marquent d'emblée les fondements du style Varda… qui se retrouve, avant 'Les 400 Coups' ou 'A bout de souffle', propulsé manifeste stylistique de la Nouvelle Vague ! Surprise de son succès, Varda s'enferme à la Cinémathèque, se nourrit de Dreyer, Visconti, de néoréalisme italien… Gagnant en savoir et en maîtrise formelle, elle n'y perd pourtant rien en spontanéité ou en fraîcheur : d'où l'éclatante réussite de son long métrage suivant, 'Cléo de 5 à 7', en 1962. Enregistrant les déambulations d'une jeune femme rongée par le cancer, pendant les deux heures où celle-ci attend ses résultats d'analyse, Varda interroge fondamentalement les notions de féminité et de lieu, qui resteront deux thèmes récurrents de toute son oeuvre à venir. En effet, cette double question de l'appropriation de l'espace par le corps féminin traverse sa carrière sous des formes diverses, jusqu'à en constituer un leitmotiv : à travers des ciné-tracts ('Réponses de femmes'), des fictions ('Sans toit ni loi'), des courts métrages ('Les Dites-Cariatides') ou des documentaires ('Quelques veuves de Noirmoutier', 'Les Plages d'Agnès'…). Seulement, mettre son corps – et son âme – de femme, en rapport avec son environnement, appelle nécessairement une question sociale, pour laquelle Varda invente alors une forme hybride, à la fois politique et créative : celle du "documenteur".
"Documenteurs"
Sandrine Bonnaire et Agnès Varda sur le tournage de 'Sans toit ni loi' Les meilleures fictions tendent au documentaire, comme les meilleurs documentaires à la fiction : d'où ce nouveau mot-valise, revendiquant une approche à mi-chemin entre captation du réel et imagination, "flirt continuel entre documentaire et fiction" (2), que Varda met en pratique dès les années 1960, entre ses voyages à Cuba ('Salut les Cubains') et Los Angeles ('Mur, murs', 'Lion's Love'…). Mais il faudra attendre quelques années pour que Varda propose de cette démarche les exemples les plus significatifs. D'abord en 1984, avec 'Sans toit ni loi', long métrage inspiré de la découverte, dans un fossé de campagne, du cadavre d'une jeune vagabonde, Mona – là encore : un corps de femme, et un lieu. Devant la violence du fait divers, Varda se prend à imaginer la vie errante de cette adolescente morte de froid, dont elle confie l'interprétation à Sandrine Bonnaire (césar de la Meilleure actrice pour ce rôle). La fiction a alors pour objet, non d'inventer ou de juger, mais de comprendre le réel, de lui rendre son épaisseur, en creusant son empathie, son désir pour cette inconnue. Plus tard, en 2000, dans 'Les Glaneurs et la glaneuse', Varda suit, caméra au point, la débrouillardise de chiffonniers modernes, récupérant objets et denrées alimentaires, dans les poubelles ou dans les rues. Le mouvement se fait alors plus intime encore, la cinéaste s'identifiant à ces glaneurs, dans le sens où elle-même va prélever ses images dans le trivial, dans le laissé-pour-compte. Aussi, au fil des ans, la démarche d'Agnès Varda, amoureuse des sans-amours, oscillant entre fiction et réel, trouve-t-elle dans l'authenticité vécue son troisième terme : celui de l'autobiographie.
Pouvoirs de la mémoire
Au fond, la mémoire elle-même tient lieu de "documenteur" : étant la trace d'une réalité passée, soumise aux fantasmes, aux hésitations de l'imaginaire. Alors, en filmant son autobiographie dans 'Les Plages d'Agnès', ou en évoquant à plusieurs reprises son compagnon défunt ('L'Univers de Jacques Demy', 'Jacquot de Nantes', 'Les demoiselles ont eu 25 ans'), Varda prolonge sans doute ses interrogations initiales, mais sous un jour plus intime. Improvisant ses commentaires, elle y laisse libre cours aux associations d'idées qui la traversent, entre redécouverte de soi et quête du souvenir. Son personnage public, affable et sincère sans jamais verser dans l'impudeur, n'hésite pas non plus à évoquer la présence de ses fantômes : ceux d'hier (Warhol ou Jim Morrison, côtoyés dans les années 1960), ou celui de toujours (Demy, évidemment). Au final, cette écriture de soi, offerte comme un geste d'humanité incompressible, définit sans doute profondément le regard amoureux de Varda sur le monde. Sa légèreté et sa douceur, souverain mélange de lyrisme et de bricolage, d'humour sans cruauté et d'affection sans pathos, fait ainsi de la cinéaste, davantage qu'un monument à honorer, une des figures les plus émouvantes du cinéma français. Qu'on voudrait saluer sans cérémonie, mais avec complicité, comme une preuve d'amour toute simple. En musique, il existe une note (la seconde mineure) qu'on appelle "la sensible". Sans doute pourrait-on alors la rebaptiser Agnès Varda.
(1) 'Varda par Agnès', éditions Cahiers du cinéma et Ciné-Tamaris, 1994.
(2) Entretien avec Laurent Brunet, revue Lisières n°13, février 2001.
vos commentaires
Pour aller plus loin
Les livres associés
Biographies
Varda par Agnès
de Agnès Varda
Dans cet ouvrage, Agnès Varda mêle ses réflexions et anecdotes aux photographies en noir et blanc...
Plus sur Varda par Agnès Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuiteLes films associés
Documentaire
Réponses de femmes
de Agnès Varda
A la question "qu'est-ce qu'être femme ?" posée par une chaîne de télévision, quelques femmes répondent en parlant de leur corps et de leur sexe.
- Plus sur Réponses de femmes
Film dramatique
Sans toit ni loi
de Agnès Varda
Une jeune fille est trouvée dans un fossé, morte de froid. Qui était-elle? Aventures et solitude d'une jeune vagabonde (ni frileuse, ni bavarde) racontée par ceux qui ont croisé sa route,...
- Plus sur Sans toit ni loi
Documentaire
Les Plages d'Agnès
de Agnès Varda
En revenant sur les plages qui ont marqué sa vie, Varda invente une forme d'autodocumentaire. Agnès se met en scène au milieu d'extraits de ses films, d'images et de reportages. Une femme...
- Plus sur Les Plages d'Agnès
« Les Plages d'Agnès »
1 personne a déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez
Documentaire
Les Dites-Cariatides
de Agnès Varda
Femmes-statues, colonnes humaines, les Cariatides de Paris.
- Plus sur Les Dites-Cariatides
Documentaire
Salut les Cubains
de Agnès Varda
Agnès Varda ramène de Cuba 1.800 photos et en fait un documentaire didactique et divertissant.
- Plus sur Salut les Cubains
Documentaire
Mur, murs
de Agnès Varda
Les murs peints de Los Angeles reflètent toute une civilisation. « En 1980, j'ai fait 'Mur, murs', un vrai documentaire, pour découvrir une ville et ses habitudes, ses couleurs et leurs...
- Plus sur Mur, murs
Documentaire
Les Glaneurs et la glaneuse
de Agnès Varda
Un peu partout en France, Agnès a rencontré des glaneurs et glaneuses, récupéreurs, ramasseurs et trouvailleurs. Par nécessité, hasard ou choix, ils sont en contact avec les restes des...
- Plus sur Les Glaneurs et la glaneuse
Documentaire
L'Univers de Jacques Demy
de Agnès Varda
Evocation de la vie et de la carrière de Jacques Demy.
- Plus sur L'Univers de Jacques Demy
Comédie dramatique
Jacquot de Nantes
de Agnès Varda
Evocation de l'enfance de Jacques Demy entre 1939 et 1949 à Nantes où, élevé dans un garage, il rêvait de devenir cinéaste.
- Plus sur Jacquot de Nantes
Film dramatique
Cléo de 5 à 7
de Agnès Varda
La dérive d'une jeune chanteuse qui apprend tout à coup qu'elle est atteinte d'un cancer.
- Plus sur Cléo de 5 à 7
- Voir les séances
Comédie dramatique
La Pointe courte
de Agnès Varda
Chronique néo-réaliste d'un village de pêcheurs et dialogue d'un couple qui a fait le point.
- Plus sur La Pointe courte
Les événements associés
Festivals
Festival de Cannes
Pour succéder au 'Ruban blanc' de Michael Haneke, 16 films sont (pour l'instant) en compétition. Alors que le France avait marqué la Croisette l'an dernier avec le 'Prophète' de Jacques...
Plus sur Festival de Cannes Réservez vos places sur fnac.com
Festivals
Quinzaine des réalisateurs
Pour cette année encore, la Quinzaine des réalisateurs s'apprête à proposer une sélection de films, indépendante de celle du Festival officiel. Sans compétition, cette section parallèle a...
Plus sur Quinzaine des réalisateurs Réservez vos places sur fnac.comLes stars & célébrités associées
-
Jacques Demy
Réalisateur françaisNé à Ponchâteau Né le 5 Juin 1931 Palme d'or du Festival de Cannes 1964Après quelque temps aux Beaux-Arts, Jacques Demy suit les cours de l’ETPC de Vaugirard. Il y fait son apprentissage et quelques courts métrages plus tard, l’émergence de la Nouvelle Vague...
- Plus sur Jacques Demy
-
Corinne Marchand
Actrice françaiseNé à Paris Né le 4 Décembre 1937Actrice fétiche d’Agnès Varda, Corinne Marchand se destine à la danse avant d’embrasser une carrière de comédienne. Chanteuse et meneuse de revue dans un premier temps, c’est en fréquentant...
- Plus sur Corinne Marchand
-
Agnès Varda
Réalisatrice et actrice françaiseNé à Bruxelles, Belgique Né le 30 Mai 1928D'origine grecque et française, Agnès Varda a passé son enfance à Sète, pays du soleil. Dans les années 1950, elle s'installe dans un grand atelier rue Daguerre. Elle vit toujours dans...
- Plus sur Agnès Varda
« Agnès Varda »
1 personne a déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez1
-
Michelangelo Antonioni
Réalisateur italienNé à Ferrare Né le 29 Septembre 1912 Palme d'or du Festival de Cannes 1967Né en 1912 à Ferrare, Michelangelo Antonioni démarre sa carrière en tant qu'assistant de Marcel Carné sur 'Les Visiteurs du soir'. Il se tourne vers le journalisme et l'écriture de...
- Plus sur Michelangelo Antonioni
-
Luchino Visconti
Réalisateur italienNé à Milan Né le 2 Novembre 1906 Palme d'or du Festival de Cannes 1963Fils de Don Giuseppe Visconti et de Carla Erba, couple de la haute aristocratie milanaise, Luchino reçoit une éducation très religieuse mais tournée vers la pratique des arts. A 30 ans, il...
- Plus sur Luchino Visconti
-
François Truffaut
Réalisateur françaisNé à Paris Né le 6 Février 1932Fervent critique du cinéma académique et défenseur d'un art personnel et sincère, François Truffaut n'a que 15 ans lorsqu'il fonde un ciné-club, mais sa vie de bohème le conduit en maison...
- Plus sur François Truffaut
« François Truffaut »
1 personne a déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez1
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Les lauréats du Prix France... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 François Morel plaide au Rond Point -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Gérard Jugnot sur les planches -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Europacorp mise sur la comédie
nouveautés
les Avis des membres
-
18/05/2012 12h14 presque nul...
Voir tous les avis
VOUS AIMEZ
-
Film Policier - Thriller
01.Sans issue
-
Films divers
02.Fading
-
Film Horreur Epouvante
03.Twixt
-
Film d'aventure
04.Avengers
-
Film Fantastique SF
05.Eva
-
Film dramatique
01.Cosmopolis
-
Film dramatique
02.Confession d'un enfant du siècle
-
Comédie dramatique
03.The Paperboy
-
Film dramatique
04.Holy motors
-
Films divers
05.Amour
citation du jour
« J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire “Guerre et Paix” en vingt minutes. Ca parle de la Russie. »
de Woody Allen
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (7)





Documentaire
01.Palestro, Algérie : histoire d'une...
Film Policier - Thriller
02.Sans issue
Comédie
03.Projet X
Film Fantastique SF
04.Lock Out
Film Policier - Thriller
05.Contrebande