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« Ainsi soient-ils » : une série pavée de bonnes intentions

Par Étienne Sorin - Le 11/10/2012

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« Ainsi soient-ils » : une série pavée de bonnes intentions

En racontant les premiers pas de jeunes séminaristes, la nouvelle fiction d’Arte se distingue et vise le niveau des meilleures séries US. Sans être un chemin de croix, la route est encore longue.

 

Le 11 octobre 1962 débute à Rome Vatican II, un concile qui marque un avant et un après. En substance, l’Église s’ouvre au monde : fin de la liturgie d’un autre âge (messe en latin et prêtre dos aux fidèles), incitation faite aux croyants de s’emparer de l’étude de la Bible, nouveaux rapports avec le judaïsme… Bref, un vent de modernité souffle sur le catholicisme. Main de Dieu, heureux hasard, ou génie marketing, le 11 octobre 2012 démarre la diffusion sur Arte d’Ainsi soient-ils. La série télé s’ouvre à la religion, et le premier mérite de cette nouvelle fiction en huit épisodes est de nous épargner les flics, avocats, médecins ou anges gardiennes (de petite taille) qui pullulent sur le PAF.

 

Des Capucins au Vatican

© ArteJean-Luc Bideau, © ArteÀ l’heure où l’Église se mêle avec plus ou moins d’intelligence du débat anthropologique sur le mariage homosexuel, les héros de cette série, futurs hommes de Dieu, tombent à pic. Quelle parole les catholiques veulent-ils et peuvent-ils faire entendre dans le monde moderne ?  Comment vit-on une vocation de prêtre dans une société déchristianisée ? Ces questions, les cinq jeunes candidats à la prêtrise d’Ainsi soient-ils les incarnent chacun à sa façon. Yann, débarqué de sa Bretagne natale, guitare et candeur en bandoulière avant de se faire dépuceler sous MDMA par une simili-rockeuse. Guillaume, humaniste coincé entre une mère irresponsable et une sœur cadette livrée à elle-même. Raphaël, fils de bonne famille moins respectable qu’elle n’en a l’air, fuyant la corruption de l’argent. Emmanuel, renonçant à une prometteuse carrière d’archéologue pour lutter contre ses tendances homosexuelles. Et enfin José, entré en religion durant ses années en prison pour avoir tué « un Russe. » Pour les accompagner dans leur foi, ils peuvent compter sur le père Étienne Fromenger (Jean-Luc Bideau, héros jadis de Et la tendresse ? Bordel !), supérieur du séminaire des Capucins, homme de culture (sinophile) et de tolérance, entouré de prêtres plus ou moins bienveillants. Le même Fromanger s’oppose à monseigneur Roman (le regretté Michel Duchaussoy), président de la Conférence des évêques de France machiavélique, égocentrique, moins métaphysique que matérialiste. La réfection du toit de la chapelle du séminaire est le premier point de discorde entre les deux. Leur conflit remontera jusqu’au Vatican, où le Pape semble plus occupé à boire de la verveine qu’à traiter d’affaires diplomatiques avec la Chine. 

Drama « à la française »

© Arte© ArteOn l’aura compris, la série lorgne plus du côté de Six feet under, la superbe série de HBO sur une famille névrosée de croque-morts, que du côté de Scènes de ménages. L’ambition est claire, annoncée dès la campagne d’affichage du métro et le générique : faire un drama de qualité « à la française ». Et ce microcosme clérical permet aux scénaristes d’aborder tous les sujets qu’on attend d’une bonne série : la famille, la mort, le pouvoir, l’amour… Rodolphe Tissot, réalisateur et directeur artistique, ne cite pas par hasard The Wire ou The Social Network, réalisé par David Fincher et surtout écrit par Aaron Sorkin, à qui l’on doit le scénario d’À la Maison Blanche. Sauf qu’on est loin de la tension du modèle américain. Et le principal défaut d’Ainsi soient-ils reste son rythme. C’est mou du genou. Il faut attendre quatre épisodes pour que les intrigues se corsent, pour que les enjeux apparaissent clairement. Avant cela, les scénaristes ont une fâcheuse tendance à désamorcer les conflits. Ainsi, quand la sœur de Guillaume lui annonce qu’elle est enceinte et lui demande de l’aide pour se faire avorter, son séminariste de frère émet juste quelques réserves (« Je ne peux pas m’arranger avec le dogme, sinon ce ne serait pas un dogme ») et le dilemme est expédié en deux scènes. Pourtant quoi de pire pour un apprenti curé qu’une IVG ? Le sexe reste pourtant le thème le plus fécond du récit, car il y a un homme sous la robe et la chair est faible. De la difficulté de renoncer à toute vie sexuelle aux amours homosexuelles, les apprentis prêtres de la série ne semblent pas au bout de leur peine. La saison 2 sera-t-elle celle de la pénitence ?

 

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