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INTERVIEW DE ARASH T. RIAHI Souffle de liberté

Propos recueillis par Adriana Dimitrova pour Evene.fr - Janvier 2009 - Le 27/01/2009

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INTERVIEW DE ARASH T. RIAHI

Après le documentaire 'Exile Family Movie' en 2006, Arash T. Riahi poursuit son oeuvre sur le thème lancinant de l'exil. 'Pour un instant, la liberté', film poétique et universel sur l'espoir et la recherche d'une vie meilleure sort le 28 janvier.

Enfant de réfugiés politiques, Arash T. Riahi quitte l'Iran à l'âge de 9 ans mais n'a rien oublié de la douceur et des saveurs de son pays. Contrairement au 'Persépolis' de Marjane Satrapi, Arash T. Riahi ne concentre pas son histoire sur l'Iran et son expérience personnelle. Il dépeint avec sensibilité et humour le sort des réfugiés après leur fuite, en Turquie. Cristallisant ainsi les espérances - et déceptions - d'une liberté enfin à leur portée. Rencontre avec un jeune réalisateur certes nerveux mais habité par son propos. Epris de liberté, il souhaite rendre hommage à ceux qui ont tant abandonné pour y accéder.

Le thème de l'exil, qui vous est proche, était-il une évidence pour votre premier film ?

Mon expérience de réfugié m'a permis de réaliser un film authentique mais il y a également six ans de recherche dans cette histoire : six séjours en Turquie, de nombreuses rencontres avec des réfugiés, des organisations humanitaires, des passeurs, l'UNHCR (1)… Mes parents sont des réfugiés politiques et je crois en leurs idéaux. Pour ma part, je souhaitais seulement réaliser un plaidoyer pour la liberté.

Vous avez choisi de raconter non pas une histoire mais trois. Pourquoi une telle diversité de personnages ?

Je voulais écrire trois histoires avec des personnages de passés et d'âges différents se retrouvant dans la même situation pour faire un film universel sur la fuite et le statut de réfugié. La particularité avec l'Iran, c'est que tous les réfugiés sont en quelque sorte "politiques", j'ai donc choisi des personnages qui ont différents degrés d'engagement, qui se rejoignent dans la poursuite de leurs rêves. Vous savez, j'ai rencontré des Indiens d'Amazonie à un festival du film au Brésil et ils sont venus m'embrasser parce qu'ils s'étaient reconnus dans le film. Je suis très fier de ce caractère universel.

L'action se situe en Turquie, après la fuite d'Iran et avant la destination finale des réfugiés. Filmer cet état de transition était-il un parti pris ?

Je voulais raconter ce passage intermédiaire dans la vie des réfugiés : entre leur pays d'origine et le pays d'accueil. Comme pour montrer aux Européens qui accusent les étrangers de leur voler leurs emplois qu'ils ne sont pas si différents, qu'ils sont aussi animés par l'espoir d'une vie meilleure, comme tout un chacun. Si on regarde de près, ils ont beaucoup de ressemblances avec les Européens. Je souhaitais mettre en valeur leur humanité.

On est forcément déçu par le pays d'accueil, dans lequel on sera toujours traité comme un étranger. La liberté est-elle à ce prix ?

Sans l'aborder, le film laisse imaginer la difficulté de leur situation, qui les pousse à fuir dans des conditions si difficiles. La liberté est ce qu'il y a de plus important dans la vie, il faut se battre pour cela. Les gens en Iran manquent des libertés les plus basiques. Ils ne voient l'extérieur qu'à travers la télévision satellite et ont une vision faussée du monde occidental. Moi-même, je me souviens avec effroi qu'en arrivant en Autriche, j'ai été choqué par le fait que les toilettes soient sur le palier et je n'osais pas y aller la nuit !

La quête d'identité fait partie intégrante de l'exil. Que vous reste-t-il de l'Iran ?

Les Iraniens sont amoureux de leur pays. Ils ne le quittent qu'à regret. Je me sens iranien mais je vis à l'européenne. Je me souviens de mon enfance heureuse malgré l'emprisonnement de mon père pendant cinq ans. Je parle encore la langue avec mes parents, j'adore la nourriture et la culture. Ce sont des liens précieux avec mon pays.

Vous mettez en scène l'impuissance de l'UNHCR, victime de sa bureaucratie et tributaire de la bonne volonté des Etats. Est-il possible de rester une organisation humaine devant l'afflux sans cesse croissant de réfugiés ?

C'est un sujet épineux. Si les pays européens souhaitaient enrayer le flux de réfugiés, ils devraient modifier leur politique extérieure : boycotter certains régimes, ne pas se laisser guider par le profit ou le pétrole. A quoi bon faire du commerce avec ces régimes totalitaires puisqu'ils doivent ensuite le réinvestir pour s'occuper des réfugiés ? J'ai essayé de ne pas en faire une caricature. Dans l'histoire, l'employé de l'ONU fait de son mieux, sauve les enfants. Evidemment, les pays souverains, avec leurs quotas de réfugiés et leur politique intérieure, fixent les limites de l'UNHCR. Je pense que l'ONU est une institution formidable mais on a malheureusement l'impression qu'elle est utilisée comme alibi par un certain nombre de pays développés - comme les Etats-Unis - qui n'y mettent pas du leur.

Vous abordez les exactions des services secrets iraniens dans les pays étrangers. Cette dimension politique vous tenait-elle à coeur ?

Les gouvernements étrangers ont beaucoup d'intérêts communs avec l'Iran et ses pays limitrophes. Lors de mes recherches, beaucoup de réfugiés m'ont exprimé leurs craintes de se rendre dans les rues par peur d'être capturés par les services secrets. Le célèbre procès de Mykonos, en 1997, a établi que l'Iran avait commandité l'assassinat d'opposants kurdes à Berlin. Ce cas n'est pas une exception : il existe sur Internet des listes entières d'opposants assassinés en Allemagne, en Autriche, en France... C'est une réalité. C'est la raison pour laquelle la Turquie n'est pas considérée comme un pays sûr par les réfugiés iraniens. Pour ce qui est de la dimension politique, je pense que d'autres films que le mien sont beaucoup plus explicites. Mon film est un plaidoyer pour la liberté, pas seulement en Iran.

Votre film flirte avec le burlesque de Kusturica. Etait-il important d'égayer un propos si tragique ?

Oui. C'était très important de ne pas seulement me concentrer sur le côté dramatique des choses. Comme on dit souvent dans mon pays, "on peut pleurer avec un oeil et sourire avec l'autre" ! Parfois, dans des situations extrêmes, l'humour peut nous sauver du désespoir.

(1) Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

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