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'BI DUNG SO !' DE PHAN DANG DI La belle aventure
Propos recueillis par Mathieu Menossi pour Evene.fr - Mai 2010 - Le 23/05/2010
En 2008, le réalisateur vietnamien Phan Dang Di venait présenter le projet de son premier long métrage à l'Atelier de la Cinéfondation du Festival de Cannes. Depuis, il a bouclé son film, est venu le présenter à la Semaine de la critique et est reparti doublement primé. Vini, vidi, vici…
Né de et dans la guerre, le 7e art vietnamien est longtemps resté le terrain de jeu exclusif des cameramen de l'armée communiste, à l'origine de toute une série de documentaires de commande, au service du gouvernement. Il faut attendre le milieu des années 1980 pour voir le cinéma vietnamien prendre un réel tournant artistique, en réaction aux profondes mutations que traversent alors la société. Sorti de ses années de lutte et de résistance, le Vietnam prend alors le temps de se regarder, de soigner ses blessures. Emerge alors un cinéma d'auteur et de personnages plus personnel qui, en une trentaine d'années à peine, a su se forger ses premières lettres de noblesse. C'est ce cinéma que le Festival de Cannes récompense en 1993 en décernant la Caméra d'or au film de Tran Anh Hung, 'L'Odeur de la papaye verte'. Et c'est encore ce cinéma que l'on retrouve à travers le premier film de Phan Dang Di, 'Bi dung so !' ("Bi, n'aie pas peur !"), présenté dans le cadre de la Semaine de la critique 2010, et récompensé du prix SACD ainsi que du prix ACID / CCAS. La belle aventure continue...
Lire la critique de 'Bi dung so !'
Le songe d'une nuit d'été
Phan Dang Di, (c) Sébastien DolidonPour Phan Dang Di, la révélation surgit une nuit d'été, il y a dix-sept ans. Le réalisateur Tran Anh Hung reçoit la Caméra d'or pour son film 'L'Odeur de la papaye verte'. "Chez moi, les yeux rivés au petit écran noir et blanc, je suivais la cérémonie de clôture du Festival de Cannes. L'image d'un jeune Vietnamien recevant la Caméra d'or a déclenché une très vive émotion chez le jeune homme que j'étais. Je n'ai rencontré Tran Anh Hung que dix ans plus tard, à Hanoi. Après avoir lu un de mes scénarios, il m'a demandé pourquoi je n'avais pas encore réalisé de films. J'ai commencé à le faire deux ans plus tard, en 2005. Phan Dang Di écrit et réalise alors ses premiers courts métrages. En 2008, c'est avec l'ébauche de son premier long qu'il se présente à l'Atelier de la Cinéfondation du Festival de Cannes. "Présenter soi-même un projet de film dans les festivals internationaux n'est pas dans les habitudes des cinéastes vietnamiens. (…) Heureusement pour moi, ceux qui avaient pris mon scénario à l'Atelier en 2008 m'ont tous répondu par la suite, et certains sont allés plus loin : ils se sont investis dans le projet." La présence de 'Bi dung so !' au 63e Festival de Cannes marque l'aboutissement d'un rêve éveillé entamé il y a longtemps.
Un cinéma de l'intime
'Bi dung so !', de Phan Dang Di, (c) DR'Bi dung so !' est une évocation sensible et sensuelle du désir et de l'amour. Des frustrations et des douleurs qui les accompagnent. "Ma conception du cinéma ne consiste pas tant à raconter des histoires avec des personnages aux profils clairement détourés qu'à retranscrire des univers et des sentiments familiers. A m'immiscer au coeur de foyers modestes pour filmer des gens dans la simplicité de leur quotidien." Un cinéma de l'intime et du non-dit grâce auquel Phan Dang Di s'efforce "de percer les secrets notamment, les secrets liés aux désirs sexuels et au sentiment amoureux." Le cinéaste va au-delà des apparences pour filmer des personnages s'abandonnant à leurs envies inavouées et inavouables, broyés sous le poids de convenances morales.
Un cinéma de mise en scène
'Bi dung so !', de Phan Dang Di, (c) DRRéduits au strict nécessaire, les dialogues s'effacent pour laisser s'installer une sensualité silencieuse – honteuse ? – qui n'ose dire son nom. "A vrai dire, la parole ne m'apparaissait pas nécessaire pour traiter ce genre de sujet", plaisante le jeune réalisateur, qui préfère effeuiller doucement ses personnages, avec délicatesse, à travers leur regard, leur gestuelle, l'expression de leur corps. "Par ailleurs, dans la culture vietnamienne, exprimer son ressenti, ses émotions reste quelque chose d'éminemment délicat, de "tabou". Le personnel doit rester personnel. Mais parfois, cela enfle tellement que ça finit par exploser." C'est cet instant fragile, impalpable que Phan Dang Di s'efforce de saisir, entre solitude et amour, poésie et érotisme.
Et l'homme créa la femme...
'Bi dung so !', de Phan Dang Di, (c) DR... soumise à ses désirs. Dans 'L'Odeur de la papaye verte', Tran Anh Hung évoquait déjà la servitude de la femme au coeur de la société vietnamienne. Une servitude qui, sous couvert de tradition, se perpétue selon un mouvement perpétuel et inéluctable. Tran Anh Hunh en décrit le fonctionnement, depuis son apprentissage jusqu'à son acceptation. Mais un jour, la femme tombe amoureuse… "A vrai dire, c'est une position qui n'a pas beaucoup évolué depuis. Les hommes restent les figures fortes du modèle familial traditionnel. Mais les femmes les perçoivent comme de grands enfants dont il faut s'occuper." Comme dans le film de Tran Anh Hung, 'Bi dung so !' aborde l'amour comme vecteur d'émancipation. Une servitude sociale qui se meut en don de soi. Une aliénation qui devient sacrifice. Une autre forme de servitude finalement… Phan Dang Di oppose hommes et femmes dans un rapport complexe et ambigu. Les premiers apparaissent fragiles et dociles. Les secondes, au contraire, font preuve de patience et de compréhension. "Les femmes et les hommes passent leur vie se chercher sans jamais se trouver. Et finissent très souvent par se séparer naturellement. Les femmes se placent dans une logique plus spirituelle. Elles sont les garantes d'un certain équilibre au sein de la cellule familiale. Garantes d'une force morale. Tandis que les hommes restent dans la satisfaction éphémère d'un plaisir immédiat." Le pouvoir de l'esprit plus fort que le pouvoir du corps… Un cliché, pourrait-on dire, mais qui reste pourtant une réalité culturelle au sein de la société vietnamienne. "C'est ainsi que [les femmes] ont appris à accepter la vie, qui est rarement facile, à accepter les hommes."
Réflexion subtile sur la société vietnamienne contemporaine, 'Bi dung so !' de Phan Dang Li s'inscrit dans un cinéma introspectif, au sens caché. Un cinéma envoûtant, troublant qui nous confronte à d'autres réalités et, finalement, nous élève.
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07/02/2012 04h00 ai bien aimé ce film ...que je ne trouve pas trop manichéen copte tenu du sujet Pilou1930
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