-
Comédie dramatique
The Paperboy
-
Documentaire
Woody Allen : a documentary
-
Film dramatique
Cosmopolis
INTERVIEW DE BRUNO PODALYDES Le manège désenchanté
Propos recueillis par Anne-Claire Cieutat pour Evene.fr - Juillet 2009 - Le 03/07/2009
Bruno Podalydès filme la ronde à contretemps de personnages claudicants. Entre ciel et terre, innocence et désenchantement, ces séduisants 'Bancs publics' offrent à voir leurs rouages défaillants dans une symphonie poético-absurde en mode mineur.
Le petit monde que Bruno Podalydès échafaude depuis son moyen métrage 'Versailles rive gauche', en passant par 'Dieu seul me voit (Versailles chantiers)', le délectable 'Liberté-Oléron' ou l'adaptation des romans de Gaston Leroux 'Le Mystère de la chambre jaune' et 'Le Parfum de la dame en noir', distille au fil du temps sa mutine fragrance, sous un soleil versaillais ou iodé. On y trébuche, bégaye, se relève et poursuit sa route, à cloche-pied, l'air hébété, mais le sourire aux lèvres. On y traque aussi, inlassablement et souvent inconsciemment, un état d'enfance enfoui, tremplin à de burlesques situations qui trouvent le plus souvent leur issue aux portes de l'acidité. 'Bancs publics (Versailles rive droite)' adopte cette même ligne claire pour mieux la faire dévier vers de plus opaques contrées. Entre ciel et terre, folles envolées et mélancolie latente, chaque protagoniste y dévoile sa faille, le temps d'un tour de piste à la trompeuse indolence. Conversation avec le chorégraphe de ce chaos poético-absurde aux accents doux-amers.
Lire la critique de 'Bancs publics'
De tous vos films, 'Bancs publics' semble être celui le plus volontairement boitillant, celui dont la matière même est pétrie de fêlures…
Ma démarche est un peu masochiste. J'ai pour habitude de vouloir que les spectateurs soient accrochés, tenus, mais là je remets les pendules à zéro à chaque scène, comme si je donnais effectivement l'impression de buter dans quelque chose en permanence, pendant tout le film et au sein même des scènes. Au fond, rien de ne fonctionne, ni les objets, ni les gens.
Le dysfonctionnement est d'une façon générale au centre de votre cinéma et peut-être dans ce film plus encore que dans les autres…
Oui, j'aurais du mal à vous dire pourquoi, mais je constate juste cette récurrence, effectivement. C'est inconscient de ma part. Je suis très preneur des contretemps, des anges qui passent, de la sortie de champ qui n'en est pas une, j'adore ça. J'ai d'ailleurs du mal à obtenir le confort, le sur-mesure, le coup de billard que j'aime tant voir au cinéma en tant que spectateur, moi j'ai beaucoup de mal avec ça, en tant que réalisateur. En vous écoutant, un mot me vient, c'est "système". Ce qui me fait rire, c'est l'illusion du système, celui du monde clos qui arrive à fonctionner en autarcie, comme une horloge, et cette naïveté de croire qu'on n'a même pas besoin de puiser de l'énergie à l'extérieur pour faire tourner le système. Or c'est toujours la panne qui nous permet d'en sortir. Un de mes personnages dit "les choses ne nous veulent ni bien, ni mal", puis "il n'y a rien de meilleur pour l'homme que l'homme". Je n'ai pas été élevé dans cette idée-là, or j'aime que les pannes engendrent un rassemblement d'humains. Mon plan de fin qui donne à voir le square vu du ciel est pour moi la vision d'un rouage, d'une mécanique humaine et non d'une fourmilière.
A l'image de ce plan final aérien, l'ensemble de 'Bancs publics' donne le sentiment d'être en apesanteur…
Dans 'Le Parfum de la dame en noir', j'avais déjà tenté des prises d'air par rapport à la trame policière, une espèce de ventilation, mais j'étais tenu à un récit relativement policier. J'ai été désappointé par l'accueil du film à l'époque et au lieu de corriger le soi-disant défaut pointé, je l'accentue, car je pense qu'il n'y a que comme ça qu'on peut affirmer quelque chose. Du coup, j'ai beaucoup aéré le film : il n'y a plus du tout de trame, comme si je m'étais affranchi du problème du fil conducteur. Cela dit, on retrouve des récurrences d'une séquence à l'autre, comme celle du poisson rouge, mais ces petits liens-là se sont imposés d'eux-mêmes, au coup par coup, sans qu'ils soient le fruit d'une construction au préalable. J'adore que quelque chose émane indépendamment de ma volonté.
Quelle était cette volonté au départ ?
Il y avait plusieurs pistes. Le titre d'abord, 'Bancs publics' qui renvoie à un questionnement : quel est notre bien commun, que partage-t-on ? Un banc, lieu possible de la faiblesse, est une chose qui me touche beaucoup. Puis la question du lien aujourd'hui où tout le monde feint d'être relié les uns aux autres, alors qu'on sait bien qu'il s'agit de solitudes qui se côtoient plus ou moins ouvertement. A cet égard, quelqu'un qui se déclare "homme seul" avant de se reperdre immédiatement dans la foule était pour moi un bon point de départ.
Un point de départ et un prétexte à une ronde volontairement chaotique qui nous entraîne dans un espace-temps à la fois balisé et dissous…
J'avais inconsciemment le désir de perdre le spectateur tout le temps, alors que d'ordinaire, j'aime que l'on s'oriente dans mes décors. Mais là, j'ai fait en sorte d'avoir trois labyrinthes. Les bureaux ne sont faits que de baies vitrées, le square est un labyrinthe à la française, et le magasin Bricodream, n'en parlons pas ! On bougeait les allées au besoin et je me fichais qu'on s'y retrouve. Pour autant, 'Bancs publics' est pour moi très construit, avec un vrai cheminement, mais c'est l'instant présent qui compte dans ce film. J'ai voulu radicaliser le présent de chaque scène et je souhaite que le spectateur puisse s'y tenir, ce qui est difficile, puisque les gens ont souvent le réflexe de chercher un sens général à l'affaire. C'est pour cette raison que j'ai adoré 'La Vie mode d'emploi' de Georges Perec et 'Les Ephémères' d'Ariane Mnouchkine pour leur absence de sens général, leur état des lieux, leur histoire écartelée.
Votre film, lui, témoigne d'un certain chaos, mais de façon très ordonnée, où dominent certaines thématiques, comme la solitude - déjà au coeur de 'Montmartre', votre court métrage du film collectif 'Paris je t'aime' - ou l'enfance enfouie qui resurgit…
Ce sont des thèmes qui me bercent personnellement. La part de jeu enfantine revient malgré moi. J'ai beaucoup de tendresse pour les personnages qui pilotent leur petit bateau à distance.
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
LES BANCS
Une histoire de famillesIl a beau assiéger la vie publique depuis l'Antiquité, offrir son hospitalité aux séants les plus distingués, le banc reste inéluctablement l'un des rejetons ingrats de la famille...
Plus sur LES BANCS
-
INTERVIEW DE DENIS PODALYDES
Un avare en orDenis Podalydès joue 'L'Avare' de Molière à la Comédie-Française, mis en scène par Catherine Hiegel, madame le Doyen de la troupe. Une affaire de famille qui donne une comédie féroce sur...
Plus sur INTERVIEW DE DENIS PODALYDES
-
Bruno Podalydès : « Dans ‘Adieu Berthe’, j’assume mes obsessions »
Rayon de soleil sur une Croisette détrempée, le nouveau film de Bruno Podalydès vient d’être présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Une comédie sur la crise de la quarantaine avec Denis...
Plus sur Bruno Podalydès : « Dans ‘Adieu Berthe’, j’assume mes obsessions »
Les films associés
Comédie dramatique
Bancs publics (Versailles rive droite)
de Bruno Podalydès
Une banderole noire accrochée sous une fenêtre : "homme seul". Est-ce un cri du coeur, un appel au secours ? Les employés du bureau d'en face s'interrogent. Ils vont tenter de savoir de...
- Plus sur Bancs publics (Versailles rive droite)
Comédie
Versailles rive gauche
de Bruno Podalydès
Un jeune Versaillais invite une jeune Parisienne à dîner chez lui. Après avoir mis les petits plats dans les grands, Arnaud s'aperçoit alors que Claire, son invitée, est arrivée, et qu'il a...
- Plus sur Versailles rive gauche
Comédie
Dieu seul me voit
de Bruno Podalydès
Albert est un indécis. Il hésite aussi bien devant un menu au restaurant que dans ses choix politiques, y réfléchissant avant, et après. Entre deux tours d'élections municipales, il...
- Plus sur Dieu seul me voit
Comédie
Liberté-Oléron
de Bruno Podalydès
En vacances sur l'île d'Oléron, Jacques, trente-huit ans, père de quatre jeunes garçons, en a assez des jeux de plage. Un jour enfin, avec ses économies, espérant rassembler tout son petit...
- Plus sur Liberté-Oléron
Comédie
Le Mystère de la chambre jaune
de Bruno Podalydès
Pour une raison mystérieuse, on a tenté d'assassiner la belle Mathilde, fille du célèbre professeur Stangerson. Le reporter Rouletabille et son ami photographe Sainclair se rendent au...
- Plus sur Le Mystère de la chambre jaune
Film Policier - Thriller
Le Parfum de la dame en noir
de Bruno Podalydès
Pour les vacances, Mathilde Stangerson et Robert Darzac, récemment mariés, se rendent chez leurs amis Edith et Arthur Rance au château d'Hercule. Mais Larsan réapparaît sur leur chemin et...
- Plus sur Le Parfum de la dame en noir
Les événements associés
Festivals
Ciné-Citoyen
Créé en 2008 par la Ligue de l’enseignement – Fédération de Paris, en partenariat avec l’association Belleville en vue(s), le Ciné-Citoyen organise dans le 19e et 20e arrondissement de...
Plus sur Ciné-Citoyen Réservez vos places sur fnac.com
Festivals
Versailles fait son cinéma
A l'occasion de la sortie du dernier film de Bruno Podalydès, la ville de Versailles rend hommage au cinéaste et plus particulièrement à sa "trilogie versaillaise" : 'Versailles rive...
Plus sur Versailles fait son cinéma Réservez vos places sur fnac.com
Séances spéciales
Cycle 'Les Pères'
“Le vrai père, c’est celui qui ouvre les chemins par sa parole” selon l'écrivain Christian Bobin et, en cette époque de transformations radicales du modèle familial classique, la paternité...
Plus sur Cycle 'Les Pères' Réservez vos places sur fnac.comLes stars & célébrités associées
-
Bruno Podalydès
Réalisateur, scénariste, producteur, monteur et acteur françaisPassionné depuis sa plus tendre enfance par tous les projets audiovisuels, Bruno Podalydès entraîne son frère Denis dans ses aventures artistiques, aussi bien dans des pièces de théâtre...
- Plus sur Bruno Podalydès
-
Denis Podalydès
Acteur et scénariste françaisNé à Versailles Né le 22 Avril 1963A la fois acteur de cinéma et de théâtre, Denis Podalydès impose son image malicieuse dans des rôles souvent fantaisistes. Comique ou touchant, lunaire ou naïf, Denis Podalydès incarne la...
- Plus sur Denis Podalydès
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Le livre de poche a son Festival -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Les lauréats du Prix France... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 François Morel plaide au Rond Point -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Gérard Jugnot sur les planches
nouveautés
les Avis des membres
-
18/05/2012 12h14 presque nul...
Voir tous les avis
VOUS AIMEZ
-
Film Policier - Thriller
01.Sans issue
-
Films divers
02.Fading
-
Film Horreur Epouvante
03.Twixt
-
Film d'aventure
04.Avengers
-
Film dramatique
05.De rouille et d'os
-
Films divers
01.Amour
-
Film dramatique
02.Cosmopolis
-
Film dramatique
03.Confession d'un enfant du siècle
-
Comédie dramatique
04.The Paperboy
-
Film dramatique
05.Holy motors
citation du jour
« J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire “Guerre et Paix” en vingt minutes. Ca parle de la Russie. »
de Woody Allen
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (7)





Documentaire
01.Palestro, Algérie : histoire d'une...
Film Policier - Thriller
02.Sans issue
Film Fantastique SF
03.Lock Out
Film Policier - Thriller
04.Contrebande
Films divers
05.Fading