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Cannes 2012 : une Palme d’Or attendue et un palmarès décevant

Par Étienne Sorin - Le 27/05/2012

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Cannes 2012 : une Palme d’Or attendue et un palmarès décevant

Ce devait être la fête des auteurs. La pluie, mais surtout la qualité moyenne de la compétition, a douché l’enthousiasme des festivaliers. Seul 'Amour', de Michael Haneke, faisait l’unanimité. Moretti met tout le monde d’accord en lui remettant sa deuxième Palme d’Or, trois ans après 'Le Ruban Blanc'. Décryptage d’un palmarès du niveau de la sélection : peu excitant.

On attendait une finale Audiard-Haneke, dans un remake de Cannes 2009 qui avait vu le réalisateur du  Ruban blanc décrocher la Palme d’Or à la barbe d’Un prophète (Grand Prix). Et cette année encore, l’Autrichien fait la nique au Français avec Amour. Le Français repart bredouille, sans prix de consolation, victime, entre autres, du succès public de  De rouille et d’os, déjà en salles - le festival vitrine-tremplin n’aime pas arriver après la bataille – et d’un scénario bourré jusqu’à la gueule (handicap, lutte des classes, filiation, n’en jetez plus) qui n’a pas dû être du goût de Nanni Moretti.

Le temps de l'Amour

© Les films du LosangeMichael Haneke et ses comédiens Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant, © Les films du LosangeAmour, de Haneke, pouvait compter sur ses deux interprètes principaux : les magnifiques Jean-Louis Trintigant et Emmanuelle Riva. Et un sujet moins plombant, sinon plus tendre, que les lubies habituelles du cinéaste autrichien : racines du nazisme dans Le Ruban blanc, séquelles du colonialisme dans Caché.... Ici, dans le huis-clos d’un appartement bourgeois, Haneke filme l’amour. Comme c’est Haneke, c’est l’amour à l’agonie, le couple à l’épreuve de la maladie et de la mort. L’amour dans ses derniers soubresauts, dans ce qu’il a de plus pur et de plus absolu. Et, une fois n’est pas coutume, la rigueur et la sécheresse de la mise en scène n’empêchent pas l’émotion, la douceur, absentes des œuvres du Haneke spécialiste de la violence de l’Histoire. "Pas de sentimentalité", c’était la clé de cet Amour selon Emmanuelle Riva.

On aurait voulu que Léos Carax vienne jouer les trouble-fêtes, tant son Holy Motors reste ce que l’on a vu de plus incandescent et de vibrant à Cannes. En réussissant à lui seul ce que Resnais et Cronenberg foirent en beauté, l’enfant terrible du cinéma français prouve qu'il en a encore sous le capot avec ce poème libertaire et crépusculaire. Un hommage morbide et ardent au cinéma, à une vie dans et par le cinéma.

Ils sont de retour

Dans la catégorie des ex-petits prodiges adoubés par Cannes, le Roumain Cristian Mungiu tire son épingle du jeu. Palme d’Or en 2007 avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours, il revenait sur la Croisette avec une vision toujours aussi riante de la Roumanie. Avec Au-delà des collines, il met en scène 2h30 d’exorcisme digne du Moyen-Âge dans un couvent au milieu de nulle part. Que les deux actrices (Cosmina Stratan et Cristina Flutur) remportent le Prix d’interprétation féminine, on n’a rien contre. Pour le Prix du scénario, on est plus dubitatifs, vu qu’on enlèverait bien une heure à ce chemin de croix interminable. 

© Nordisk FilmMads Mikkelsen, prix d'interprétation masculine, © Nordisk FilmQuant à Thomas Vinterberg, adulé autrefois à Cannes avec Festen, Prix spécial du Jury en 1998, il doit une fière chandelle à son acteur principal Mads Mikkelsen, justement récompensé du Prix d’interprétation masculine. À lui seul, l’acteur évite à La Chasse de sombrer complètement dans le téléfilm de prestige et à thèse (la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants, la pédophilie rend hystérique et n’importe quel groupe humain peut se transformer en foule haineuse prête à lyncher un innocent).

Hollywood à l’Ouest

© Studio CanalAprès "Moonrise Kingdom", Wes Anderson peut retourner jouer à la poupée, © Studio CanalOn comptait sur les grosses productions américaines pour remettre les auteurs à leur place et nous divertir un peu. C’est raté pour l’Australien John Hillcoat dont Des hommes sans loi, sur un scénario de Nick Cave, est un pastiche poussiéreux de film noir. Quant à Cogan : la mort en douce, autre film de genre signé d’un autre Australien, Andrew Dominik, on n’a toujours pas compris l’intérêt de cette tarantinade neurasthénique dans laquelle Brad Pitt, en simili Johnny Hallyday, s’ennuie autant que le spectateur. Moretti non plus qui déclarait en conférence de presse d’après cérémonie : "Je ne suis pas contre le glamour mais il faut que ce soit dans des films qui plaisent."

Le gay et noir Lee Daniels a lui excité deux minutes la Croisette avec The Paperboy, pochade poisseuse désormais culte pour la golden shower de Nicole Kidman en pute nympho sur Zac Efron. Du coup, Jeff Nichols était attendu comme le Messie. Malheureusement, Mud, dernier film de la compétition, n’est pas la surprise espérée. Mais un film honnête, bien joué et bien mis en scène, qui manque de souffle et d’originalité pour prétendre au chef d’œuvre. Enfin,  Moonrise Kingdom, présenté en ouverture, tout le monde l’a déjà oublié. Le dandy triste Wes Anderson peut retourner jouer à la poupée.

La comédie récompensée

© Le PacteKen Loach repart avec le Prix du Jury, © Le PacteKen Loach avait une bonne carte à jouer. Rare comédie de la compétition, sa Part des anges, sans transcender les foules, a donné le sourire aux festivaliers. Scénario malin de Paul Laverty, personnages attachants, comédiens séduisants et bons sentiments sur fond de misère sociale font du Loach 2012 un objet sympathique. Pas de quoi prétendre à une Palme d’Or, comme en 2006 avec Le Vent se lève, mais de quoi pouvoir rentrer à la maison avec le Prix du Jury. C’est fait. 

En revanche, que le très mauvais Reality de l’Italien Matteo Garrone (satire poussive et datée de la télé-réalité) récolte le Grand Prix, ça sent l’arnaque. Ou le copinage à plein nez de la part du Président Nanni Morretti. Ce qui revient à peu près au même.

Avec son diable fluo, sa partouze en français et ses séquences out of the blue, le Mexicain Carlos Reygadas porte lui aussi haut les couleurs de la comédie dans ce palmarès. Sauf que Post Tenebras Lux ne prétend pas en être une, se voulant plus sûrement un film radical abscons gentiment hué par les festivaliers. Qu’il obtienne le Prix de la mise en scène au détriment du superbe  L’Ivresse de l’argent du Coréen Im Sang-Soo ou de  Dans la brume de l’Ukrainien Sergei Loznitsa est la meilleure blague du Jury.

Les loosers qui ne l’ont pas volé

© Studio CanalArditi-Azéma : le pire duo du cinéma français ?, © Studio CanalParmi les ratages en beauté, trois films se distinguent. Il est très louable qu’Alain Resnais, plutôt que d’être planqué au chaud hors compétition, insiste pour être dans la bagarre avec  Vous n’avez encore rien vu. Malheureusement on a encore pas compris son film. Ou alors on l’a trop bien compris. En guise de chef d’œuvre testamentaire (la mort, même pas peur) en forme de mise en abyme pénible (film dans le film, jeu dans le jeu…), on a vu une croûte numérique soporifique avec les pires acteurs du cinéma français (Arditi, Azéma…).

Walter Salles, lui, a mis huit ans à monter l’adaptation de Sur la route. Il a mis 2h15 à confirmer nos craintes. Le roman de Kerouac devient un chromo sans queue ni tête, la beat generation un groupe folklorique (bitume, biture…). D’un ennui sans fin, malgré son casting sexy et son marketing massu, la route vue par Salles est une impasse tragique.

Enfin, David Cronenberg signe son plus mauvais film. Tiré du roman de Don Dellilo, Cosmopolis trimballe le vampire Robert Pattinson en limousine dans New York, le temps de nous infliger un pensum philosophico-économique sur le capitalisme. La plus belle panne d’inspiration d’un festival.

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